Les ministres ont reconnu l’importance du financement à la fois bilatéral et multilatéral de la lutte contre le changement climatique. Ils ont en outre examiné les deux options de financement suivantes : les recettes provenant des enchères des permis d’émission et un engagement financier annuel attribuant l’argent selon les émissions par pays et les évaluations de la puissance économique.
Néanmoins, il n’y a pas eu d’engagements portant sur des chiffres concrets, et ce sont les ministres de l’Economie et des finances qui ont écopé du problème. Des décisions ne devraient pas être prises avant le sommet européen des 19 et 20 mars.
A la place, le Conseil Environnement a pleinement approuvé l’appel de la Commission européenne aux pays en développement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 15 à 30 % d’ici à 2020 par rapport aux niveaux que l’on attend d’eux à la même date (EurActiv 29/01/09). Il a demandé à tous les pays en développement d’élaborer des plans de développement à faible teneur de carbone d’ici à 2012. Quant aux pays les plus avancés du point de vue économique, le Conseil les a appelé à développer au plus tôt des systèmes de plafonnement et d’échange.
De nombreux Etats membres estiment qu’il est trop tôt pour signer un engagement financier quel qu’il soit, considérant que l’UE ne devrait pas abattre ses cartes tout de suite, selon des sources gouvernementales.
Même les leaders en matière de climat, comme la Suède ou le Royaume-Uni, cherchent à éviter toute référence à des chiffres et à des engagements précis dans la déclaration des ministres de l’Environnement, a déploré avant le Conseil Tom Sharman, responsable du dossier changement climatique chez ActionAid.
Selon le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (IPCC), pour mettre un terme au réchauffement climatique avant qu’il ne devienne irréversible, l’investissement total destiné à la lutte contre le changement climatique devra atteindre 175 milliards d’euros avant 2020, sans compter les mesures d’adaptation.
La proposition de la Commission a adopté l’évaluation de l’IPCC, déclarant que plus de la moitié de la somme devait aller aux pays en développement. Elle n’a toutefois pas pu présenter de chiffres auxquels devait s’engager l’UE. Greenpeace a critiqué le chiffre de 175 millions d’euros, le considérant comme hors sujet. En effet, il ne fixe pas d’objectif pour l’UE dans son ensemble, mais se réfère aux efforts de tous les nations en matière de climat et inclut des sources de financement public et privé, a déclaré le groupe environnemental.
Pas d’argent, pas d’accord
Le commissaire à l’Environnement, Stavros Dimas, a clairement fait comprendre que le financement de la réduction des émissions dans les pays en développement constituera un point de désaccord à Copenhague, indiquant qu’il n’y aurait pas d’accord sans argent. Les ONG environnementales et développementalistes se sont également empressées de relever ce point.
La question du financement sera le point clé de l’accord de Copenhague, a indiqué le WWF dans une déclaration parue avant la réunion des ministres de l’Environnement. L’organisation a laissé entendre que les objectifs de réduction des émissions de 30 % d’ici à 2020 – par rapport aux niveaux habituels des pays en développement – sont satisfaisants, mais qu’ils doivent être soutenus par un financement substantiel de la part des pays industrialisés.
L’ONG est d’avis que l’Europe devrait consacrer 35 milliards d’euros par an au développement de technologies propres et à la réduction de la déforestation dans les pays en développement, en plus des 0,7 % du PIB pour l’aide au développement. Elle a déploré par ailleurs le fait que la Commission n’a pas réussi à aborder la question des économies potentielles d’énergie. Enfin, l’organisation a appelé l’UE à multiplier par dix, par rapport aux niveaux actuels, le financement européen dédié au développement et à la recherche technologiques.
Une déclaration de Greenpeace a indiqué que le soutien européen aux efforts des pays en développement n’était pas pure charité mais constituait un remboursement de la dette historique. L’organisation a demandé aux pays développés, y compris les nouveaux pays industrialisés, d’engager au moins 40 millions d’euros par an avant 2020 pour les technologies propres dans les pays en développement. 30 milliards d’euros supplémentaires seront nécessaires pour mettre un terme à la déforestation et au moins 40 autres pour financer des mesures d’adaptation dans les pays pauvres, a-t-elle déclaré.
L’accord de Copenhague devrait par conséquent canaliser au moins 110 milliards annuels au soutien des pays en développement d’ici à 2020, selon Greenpeace. L’association abonde dans le sens du WWF quant au fait que l’UE devrait verser une part équitable de quelque 35 milliards.
Oxfam a mis en garde l’UE contre le fait d’utiliser la vie des plus pauvres comme un outil de négociations, enjoignant les gouvernements de mettre de l’argent sur la table.



