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Le marché du carbone européen s’empare des signes de reprise économique [FR]

Publié 15 mai 2009
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Le marché européen du carbone, tout comme ses homologues dans les domaines de l’énergie et des marchandises, semble faire reposer ses espoirs sur une vue d’ensemble de la reprise économique et ignorer les perspectives de demande faible juste à sa porte.

Le prix des permis dans le cadre du système d’échange d’émission de l’Union européenne a presque doublé après avoir atteint le plancher de 8 euros en février.

Les permis, appelés des quotas d’émissions européens, ont atteint un nouveau sommet de 16 euros cette semaine, qui n’avait plus été atteint depuis quatre mois.  Il s’est replié autour de 15 euros mercredi.

Le président de la Banque centrale curopéenne, Jean-Claude Trichet, a déclaré cette semaine que la croissance économique européenne était à un tournant et que certains pays connaissent une amélioration du produit intérieur brut.

Les prix du pétrole et du CO2 déconnectés des bases

Les analystes disent que le marché du carbone a reflété les hausses des titres financiers et du pétrole en réaction à certains signes de reprise économique mondiale, mais les éléments sous jacents affectant l’équilibre entre l’offre et la demande de carbone sont encore baissiers.

Un économie mondiale revigorée impliquerait une consommation d’énergie accrue et davantage de débouchés industriels, et de ce fait des émissions de gaz à effet de serre plus importantes et donc plus de demande pour les permis de carbone tels que les quotas d’émission.

Nous sommes un peu perplexes sur la raison qui a fait que les quotas d’émission aient tellement rebondi, a déclaré à Reuters Emmanuel Fages, analyste à SocGen/Orbeo.

Pour le pétrole, comme pour le carbone, le niveau des prix semblent de plus en plus déconnectés des données fondamentales, a-t-il écrit dans une analyse cette semaine. 

Le pétrole brut américain a atteint mardi 60,08 dollars le baril, son pic le plus important depuis 6 mois, en raison de la focalisation des traders sur des attentes de reprise économique plutôt que sur les niveaux des stocks qui sont historiquement très haut.

De nombreux analystes du carbone prévoit un surplus de marché des quotas d’émission en 2009 et 2010 puisque la récession mondiale a paralysé la production industrielle européenne, les incitant à réévaluer la demande de quotas d’émission.

Un surplus dans la première phase du système (2005-2007) avait entraîné une chute vertigineuse des prix des quotas d’émission jusqu’à ce qu’ils ne valent plus rien. Des données publiées par la Commission européenne publiées en avril montraient que les entreprises émettaient  en 2008 plus de CO2 que leur quota alloué.

Des données fondamentales toujours fragiles

D’un point de vue fondamentalement macroéconomique, les nouvelles ont continué à être inexorablement négatives ces trois derniers mois, a expliqué Mark. C. Lewis, analyste à la Deutshe Bank, dans un rapport.

Lewis précise que les services publics et les spéculateurs peuvent commencer à acheter des quotas avant le milieu de l’année prochaine pour anticiper un marché plus tendu dans sa troisième phase (2013-2020), quand de nombreuses installations auront à acheter la majorité de leurs permis aux enchères.

Nous pensons que les quotas ne commenceront à refléter les fondamentaux qu’avec le début de la phase 3 de l’achat de mise en conformité pour les générateurs pour de bon (mi-2010 à fin 2010), a-t-il déclaré.

Le prix des quotas n’a pas réagi comme cela était prévu aux nouvelles informations baissières, et cela peut affecter une vision européenne d’un marché mondial intégré.

Cela pourrait être la nouvelle pièce maitresse d’un nouveau traité climatique international pour remplacer le Protocole de Kyoto après 2012 ; la conclusion d’un accord, à Copenhague en décembre, doit faire face à une date limite serrée.

Nous avons eu quelques mauvaises nouvelles comme le retard de l’Australie et la faible production de ciment et d ‘acier, mais le marché n’y a pas prêté attention, explique Jean-François Cauvet, un trader à la Sagacarbon en France.

L’Australie a annoncé la semaine dernière qu’elle allait repousser le début de son propre système d’échange à juillet 2011 pour réduire le fardeau de l’industrie pendant la récession.

Je pense que la plupart des analystes n’ont pas compris pourquoi nous sommes montés vers ces niveaux. Nous pourrions voir quelques consolidations, et un repli vers les 13 ou 14 euros n’est pas impossible, a ajouté M. Fages.

Dans un rapport récent, les analystes de Point Carbone expliquent que les prix peuvent vraisemblablement baisser de nouveau puisque les activités de réserve des services publics décroissent. Il prévoit un prix moyen des quotas de 12 euros en 2009.

(EurActiv avec Reuters. Cet article a été traduit de l’anglais par EurActiv)

Contexte : 

Depuis 2005, on a exigé de quelque 10 000 grandes usines industrielles d’acheter et vendre des permis pour relâcher du dioxyde de carbone dans l’atmosphère.

Ce « Système d’échange d’émission » (EU ETS ; voir EurActiv LinksDossier) permet aux entreprises qui dépassent les objectifs individuels de pollution au CO2 d’acheter des quotas aux entreprises plus vertes et aide l’UE à respecter les engagements souscrits avec le Protocole de Kyoto sur le changement climatique.

Au départ, les crédits de pollution étaient extrêmement accordés en excès, ce qui a entraîné une chute des prix du carbone à la fin de la première phase d’échange (2005-2007). Dans un tentative d’éviter un autre effondrement du marché du carbone, la Commission européenne a mis en place un plafond d’émission pour toute l’Europe de 2,08 milliards de tonnes pour 2008-2012, donnant aux Etats membres 10 % de quotas de CO2 de moins que requis pour la seconde phase d’échange (EurActiv 29/10/07).

Néanmoins, le début de 2009 a vu des baisses substantielles des prix du fait de la baisse des émissions industrielles en raison du ralentissement économique, laissant les entreprises avec un surplus de quotas. 

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