Après quelques hésitations, le président américain Barack Obama, qui avait prévu de participer aux premiers jours de la conférence, a finalement décidé de venir à Copenhague à la fin des négociations, a déclaré vendredi (4 décembre) la Maison Blanche, attribuant ce changement à l’impulsion grandissante en faveur d’un nouvel accord.
M. Obama rejoindra les 98 dirigeants mondiaux qui ont déjà confirmé leur participation à la conférence. La plupart des participants sont attendus pour les deux derniers jours, lorsque la rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement devrait avoir lieu (16-18 décembre).
La route reste longue
Toutefois, après deux ans de travail préparatoire, une seule chose semble certaine : Copenhague ne marquera pas la fin du processus, mais devrait déboucher sur un cadre juridique pour des négociations plus détaillées qui devront avoir lieu courant 2010 (EurActiv 18/11/09).
Les optimistes affirment que de tels retards n’ont rien de nouveau dans les négociations internationales et que cela ne constitue pas nécessairement un échec. Après tout, ce n’est que quatre ans après la conclusion d’un accord sur le Protocole de Kyoto que les détails furent finalisés pour permettre la ratification, ont-ils mis en avant.
Les négociateurs espèrent travailler plus rapidement cette fois-ci, laissant les détails juridiques pour 2010. Fondamentalement, Copenhague devrait déboucher sur un plan d’action clair et un calendrier pour parvenir à un accord juridiquement contraignant, ont déclaré les dirigeants européens (EurActiv 30/10/09).
Le responsable du climat pour l’ONU Yvo de Boer a souligné les éléments requis pour faire de Copenhague un succès en termes de chiffres concrets et de mesures sur l’atténuation et le financement.
Ainsi, les pays développés doivent-ils s’accorder sur des objectifs contraignants pour des réductions significatives de leurs émissions d’ ici 2020, tandis que les pays en développement doivent mettre en avant des mesures pour stopper la croissance de leurs émissions en dessous du scénario habituel, a déclaré M. Boer. De plus, les pays riches devront apporter une assistance financière de long terme aux pays les plus pauvres et rassembler une enveloppe de 10 milliards d’euros de financement climatique pour les aider à s’adapter aux impacts immédiats du changement climatique, a-t-il ajouté.
Au final, les négociateurs doivent se mettre d’accord pour établir une structure de gouvernance capable d’atteindre ces objectifs, a déclaré M. de Boer.
Faites vos jeux
Cependant, au moment où la tant attendue conférence ouvre ses portes, les promesses faites jusqu’ici ne sont pas suffisantes pour stopper le changement climatique en dessous de 2°C, chiffre que les scientifiques estiment nécessaire pour éviter un changement climatique catastrophique. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), un organe scientifique de l’ONU, estime que pour respecter cet objectif, les nations développées doivent réduire leurs émissions de 25-40 % d’ici 2020.
Si vous examinez le type d’offres qui sont sur la table, elles sont justes insuffisantes de quelques milliards de tonnes par année en comparaison avec les réductions d’émissions nécessaires pour parvenir à l’objectif 2020, a déclaré Nicolas Stern à Bruxelles la semaine dernière. Le Lord britannique, auteur du très influent Rapport Stern sur l’économie du changement climatique, a souligné qu’un effort significatif allait être nécessaire pour limiter les émissions et il a déclaré qu’il était toujours possible de parvenir à un accord sur des objectifs forts.
Je pense que l’effort nécessaire qu’il faut consentir va nécessiter une élévation des engagements de la part des pays qui ont déjà indiqué leurs intentions et va demander également une intensification de la lutte contre la déforestation, a déclaré M. Stern.
Néanmoins, les environnementalistes ont prévenu : les réductions réelles pourraient être beaucoup moins importantes que celles promises, en raison des nombreuses failles dans les objectifs. Le résultat final va dépendre du nombre de dérogations autorisées et de la manière dont les pays vont pouvoir reporter les surplus de crédits de la période Kyoto, a mis en garde WWF, groupe mondial de préservation de la nature.
Les économies en développement ont également mis des projets de réduction du carbone sur la table, mais ces derniers ne sont pas comparables puisqu’ils ne sont pas liés à des réductions absolues d’émissions. L’UE et les Etats-Unis maintiennent une position dure concernant les économies émergentes, et elles devront prendre des actions décisives, expliquent l’UE et les Etats-Unis.
Le mois dernier, la Chine s’est engagée à réduire son intensité carbone – quantité de carbone émise par unité de PIB – de 40-45 % par rapport aux niveaux de 1995 (EurActiv 26/11/09). D’autre part, l’Inde a révélé son objectif d’augmentation de la production d’énergie solaire de quasiment rien à 20 gigawatts d’ici 2022, espérant une assistance financière et technologique internationale pour mener à bien ce projet.
L’UE, qui sera un contributeur majeur à l’aide financière future, a souligné que les promesses actuelles n’étaient pas suffisantes pour parvenir à un accord à Copenhague (EurActiv 30/11/09). L’Union est prête à faire pression sur d’autres pays pour un relèvement de ses promesses, promettant de relever son propre objectif à 30 % si les autres font des engagements similaires.
Les ambitions américaines ont provoqué de nombreuses critiques pour leur insuffisance, alors que la promesse du président Obama de réduire les émissions de 17 % par rapport aux niveaux de 2005 revient plus ou moins à une stabilisation des émissions aux niveaux de 1990.
Sur le financement, un accord paraît encore plus difficile à atteindre, alors que l’UE est la seule à avoir mis des chiffres sur la table. L’Union affirme que les pays en développement vont avoir besoin de 100 milliards d’euros par an d’ici 2020 pour combattre le changement climatique, sans pour autant spécifier sa propre contribution, en attente des propositions des autres d’abord.
Le Sénat américain examine une proposition visant à fournir de l’aide internationale pour la préservation de la forêt et le déploiement de technologies énergétiques nouvelles pauvres en émissions dans les pays en développement (EurActiv 04/12/09). Ce projet est considéré comme la base des engagements financiers internationaux des Américains qui seront proposés à Copenhague.
Toutefois, le financement des pays en développement est une question cruciale, puisque le nouveau slogan des négociateurs internationaux est désormais « pas d’argent, pas d’accord ».
Le monde sur le chemin d’un réchauffement de 3,5°
Actuellement, l’accord de Copenhague se dirige vers un réchauffement mondial de 3,5°, a mis en garde la semaine dernière (4 décembre) une nouvelle analyse d’Ecofys, de Climate Analytics et de l’Institut Potsdam pour la recherche des effets du climat (PIK).
L’analyse des engagements pris jusqu’ici par un nouveau système en réseau a montré que les émissions ne connaîtront pas leur pic avant 2040. Le GIEC prétend que cela doit arriver en 2015 pour éviter un changement climatique dangereux.
Après avoir pris en compte la nouvelle position de la Russie, l’annonce du président M. Obama d’une promesse de réduction d’émission des Etats-Unis pour Copenhague, les réductions d’émissions des pays développés sont actuellement autour de 13-19 % en dessous des niveaux de 1990 d’ici 2020, a déclaré le Dr Michiel Schaeffer de Climate Analytics. Toutefois, les crédits forêts proposés pour ces pays diminueraient ces efforts, qui atteindraient au final 8-14 %, a-t-il ajouté.
Un objectif faible de réduction est sans condition pour la plupart des pays, mais un objectif plus important de 14 % a été rendu conditionnel par la plupart des pays pour la conclusion d’un accord fort à Copenhague, a déclaré M. Schaeffer.
Alors que la Norvège, le Japon et le Brésil figurent dans le haut du tableau, l’UE et les Etats-Unis font beaucoup moins bien, selon les chercheurs. Cependant, si l’UE décidait de passer d’un objectif de 20 % à celui de 30 % de réductions comme promis si les autres pays développés s’engagent de manière similaire, alors elle figurerait dans le milieu de tableau, ont-ils dit.



