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Un groupe d’eurodéputés se rendra la semaine prochaine aux négociations en cours dans la ville polonaise de Poznań pour demander aux dirigeants mondiaux de mettre le développement au cœur de l’accord climatique post-Kyoto en vue de lutter contre la méfiance croissante à cet égard entre les pays développés et ceux en développement.
Chaque année au mois de décembre, les parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se rencontrent dans le cadre d’une conférence des parties (CdP). Ces réunions s’inscrivent dans le cadre du processus diplomatique international en cours destiné à éviter un changement climatique catastrophique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre des pays.
A mi-chemin des négociations internationales lancées en décembre 2007 à Bali, la conférence de Poznań, qui a lieu du 1er au 12 décembre, est la 14e CdP (EurActiv 01/12/08). Lancée en décembre 2007 à Bali, les négociations devraient se conclure à Copenhague en décembre 2009 et aboutir à un successeur au protocole de Kyoto, qui arrive à terme en 2012.
Le défi majeur est de trouver un moyen de partager les réductions des émissions globales entre les pays se développant rapidement comme la Chine et l’Inde et les pays plus industrialisés tels que les Etats-Unis, qui détiennent une responsabilité historique pour la plupart des émissions de CO2.
Une importante délégation de 36 eurodéputés devrait jouer un rôle actif dans les briefings ministériels et les événements en marge de la conférence de Poznań.
S’adressant à EurActiv en marge de la conférence World Future Council
, l’eurodéputé suédois de centre droit Anders Wijkman (PPE-DE), un membre dirigeant de la commission sur le changement climatique du Parlement européen, a souligné qu’en raison du changement climatique, la réduction de la pauvreté serait un objectif de plus en plus difficile à atteindre.
« Il est impossible de répondre au changement climatique à moins d’y intégrer toute la dimension du développement et de la réduction de la pauvreté », a indiqué M. Wijkman, faisant remarquer que la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques a omis depuis quatre ans l’étique et l’égalité des réponses internationales face au changement climatique.
« Nous sommes organisé de manière très verticale : nous nous occupons du changement climatique un jour, du développement et de la réduction de la pauvreté un autre jour ; le développement était traité dans une commission, le climat dans une autre. Les deux questions sont pourtant liées. Nous avons besoin d’une approche plus systémique », a indiqué M. Wijkman, insistant sur le fait que les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) devraient être étroitement liés aux négociations sur la CCNUCC.
Il est peu probable que les OMD, qui ont été adoptés par 190 nations en 2000 et qui visent à lutter contre la pauvreté, la faim, les maladies, l’analphabétisation et la dégradation de l’environnement, soient atteints avant 2015, date objectif pour leur réalisation. Dans un discours récent, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon a indiqué que malgré les progrès récents, il reste encore beaucoup à faire pour atteindre les objectifs adoptés au tournant du millénaire.
Un accès juste aux ressources
Selon l’eurodéputé du centre droit, la réduction de la pauvreté et l’amélioration du niveau de vie sont intrinsèquement liés à l’augmentation de l’utilisation d’énergie et à la croissance économique, qui ne peut pas avoir lieu sans utilisation de carburants fossiles. Un accès juste aux ressources deviendra une question capitale à l’avenir, a-t-il indiqué, prévenant que cette question est déjà à l’origine de la méfiance entre les pays développés et les pays en développement.
Dans une brochure publiée par la Fondation suédoise Tällberg et dont M. Wijkman est le coauteur, l’eurodéputé a indiqué que le principe de l’égalité doit sous-tendre l’accord climatique post-2012, et ce afin de rétablir la confiance entre les pays en développement et les nations industrialisées et pour éviter un futur conflit lié à la pénurie de ressources naturelles.
La brochure appelle à l’adoption d’un modèle de partage des efforts présenté par le cadre Greenhouse Development Rights (GDR), développé par l’Environment Institute de Stockholm, qui fonde les objectifs individuels sur la responsabilité historique pour le changement climatique aux côtés des niveaux du développement économique et de la capacité à payer.
Les individus qui vivent avec moins de 20 dollars par jour ne devraient pas avoir à contribuer à l’effort de réduction des émissions, a ajouté M. Wijkman.
L’Union européenne a l’intention d’aider les pays les moins développés par le biais de l’Alliance mondiale pour la lutte contre le changement climatique et d’autres instruments appropriés, afin d’améliorer le dialogue politique et de promouvoir la coopération en échangeant des expériences. Mais le financement de l’Alliance est loin d’être sûr, a mis en garde l’eurodéputé
Un partage raisonnable des efforts
Outre un mécanisme équitable de partage des efforts, il est généralement accepté qu’il faudra que l’accord post-Kyoto se concentre davantage sur l’adaptation au changement climatique. Les pays en développement sont ceux qui ont le moins contribué au phénomène ; pourtant, ce sont eux qui souffrent le plus de ses répercussions, notamment des sécheresses, de la pénurie d’eau et de la déforestation.
« Nous ne garderons pas le silence à ce propos », a déclaré M. Wijkman, indiquant que les revenus du système européen d’échange d’émissions (ETS ; lire le LinksDossier d’EurActiv) devraient être partiellement alloués aux pays en développement. Si ces pays avaient commencé – avec l’appui résolu des pays industrialisés – à investir dans des technologies à faibles émissions de carbone plus tôt qu’il y a quinze ans, à l’époque où l’idée d’un fonds technologique international avait été soulevée pour la première fois, les perspectives des négociations actuelles sur le climat aurait été fort différentes, indique la brochure de Tällberg.
D’autres eurodéputés comme Rebecca Harms (Allemagne ; écologiste) et Vittorio Prodi (Italie ; ADLE) ont soutenu l’appel de M. Wijkman en faveur d’une approche plus intégrée. Selon Mme Harms, l’Europe ne peut pas se concentrer uniquement sur sa demande en énergie ; elle doit également permettre aux pays en développement d’obtenir les ressources nécessaires à leur développement. Elle a d’ailleurs mentionné la proposition d’installer dans le Sahara d’imposantes centrales d’énergie solaire censées aider l’UE à répondre à sa demande grandissante en énergie par le biais d’un super-réseau.
Des ONG appellent à des mesures d’adaptation responsables
Pendant ce temps à Poznań, des ONG telles qu’Oxfam ont exhorté les négociateurs à donner leur aval à des mécanismes de marché novateurs destinés à réunir suffisamment de fonds pour que les pays en développement puissent s’adapter aux effets actuels du changement climatique qui ne cessent de s’aggraver. Dans un nouveau rapport publié à Poznań et intitulé « Comment transformer le carbone en or », Oxfam indique que les moyens disponibles actuellement, essentiellement liés aux systèmes de réduction des émissions, permettraient de collecter des dizaines de milliards de dollars.
Selon ces mécanismes, les pays qui émettent le plus – et qui peuvent se permettre de payer – se chargeraient de la plupart des obligations. Il faut au moins 50 milliards de dollars par année pour financer l’adaptation dans les pays en développement. Or, il faudrait encore plus de fonds au cas où le nouvel accord climatique s’avère insuffisant pour confiner le réchauffement sous la barre des 2° C.
Les dirigeants africains et européens s’allient contre le réchauffement climatique
De leur côté, l’Afrique et l’UE ont présenté hier 2 décembre leurs inquiétudes communes par rapport au réchauffement climatique et leur intérêt commun à décrocher un accord international ambitieux pour succéder à celui de Kyoto. Les dirigeants des deux continents ont adopté une déclaration conjointe sur le changement climatique.
Les experts ont identifié l’Afrique parmi les régions les plus vulnérables aux incidences du changement climatique. L’imprévisibilité des chutes de pluie, la baisse du rendement des cultures et la diminution des ressources sont exacerbées par la pauvreté généralisée, l’accès limité aux capitaux et aux technologies, la dégradation des écosystèmes, les désastres et les conflits. C’est ce qu’explique une note officielle rattachée à la déclaration. Ces dernières évolutions interviennent juste quelques jours après que 53 pays africains se sont mis d’accord pour négocier d’une seule voix lors des négociations climatiques de Poznań.