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La promesse du G8 sur le climat ne convainc pas [FR]

Publié 10 juillet 2009
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L’accord « historique » du G8 de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre avant 2050, conclu cette semaine à L'Aquila (Italie), a été immédiatement condamné par les groupes verts et qualifié de « vague » et d’insuffisant pour stopper le réchauffement mondial, en l’absence d’un objectif concluant de mi-terme.

Pour la première fois, les huit plus grandes économies industrielles du monde ont reconnu que l’augmentation de la température moyenne mondiale  devrait être limitée à 2°C. Selon un large consensus scientifique, c’est la limite supérieure à respecter si le monde veut échapper à un changement climatique catastrophique. 

En conséquence, les dirigeants du G8 ont juré de soutenir un objectif mondial de réduction des émissions de 50 % avant 2050. De plus, ils ont donné leur soutien à un objectif ambitieux, à long terme, de 80 % ou plus pour les pays industrialisés.

Mais l’année de référence pour le calcul des réductions d’émissions est restée dans le flou, les déclarations se limitant à dire que les réductions devraient se rapporter à 1990 ou des années plus récentes. Cette formulation pourrait annoncer une opposition frontale entre les nations, qui n’est pas sans rappeler celle qui s’est déroulée lors des négociations internes à l’UE, quand l’UE des 15 a largement préconisé 1990 comme point de référence alors que des nombreux pays de l’Est plaidaient pour 2005.

Les conclusions du G8 sur le sujet sont les plus avancées jamais vues, a déclaré un officiel de la Commission européenne. Puisque la définition d’un objectif intermédiaire n’était pas au programme de la réunion, toutes les attentes ont été satisfaites, sauf un accord sur l’année de référence, a-t-elle dit.

Mais les défenseurs de l’environnement se sont montrés beaucoup plus sceptiques, affirmant que le seuil des 2°C serait dépassé en l’absence d’un accord collectif sur un objectif pour 2020.

Les leaders mondiaux sont redescendus sur terre ; nous les accueillons avec plaisir, mais pourquoi ont-ils manqué à nous dire comment ils comptent réussir ce qu’ils promettent ?, s’est demandé Kim Carstensen, le responsable de l’Initiative  Climat de WWF.

Selon le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (IPCC), un prestigieux organisme scientifique, les pays industrialisés devront réduire leurs émissions de 25 à 40 % avant 2020 afin d’éviter un changement climatique désastreux.

Promesse d’investir dans l’énergie verte

Les dirigeants du G8 ont reçu une évaluation plus positive pour leur insistance sur l’efficacité énergétique et les énergies vertes en tant que stratégie pour sortir de la dépression.

Le G8 a reconnu le besoin d’un investissement supplémentaire dans l’énergie pour stimuler l’emploi et assurer la reprise de la croissance économique, en s’assurant d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre et un approvisionnement plus sûr en énergie, a déclaré Nobuo Tanaka, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

A une époque d’incertitude généralisée, les gouvernements peuvent et doivent montrer le chemin à suivre, par le biais d’une diversification de l’énergie et surtout de l’efficacité énergétique : ces deux derniers points peuvent réduire la contraction du marché du pétrole et sa volatilité, selon M. Tanaka.

Les pays du G8 ont attiré l’attention sur la dimension verte de leurs paquets de relance fiscale, y compris des mesures d’efficacité énergétique, et soutiennent les technologies d’énergie renouvelable et de charbon propre, et ont juré un engagement continu. 

Ils ont soutenu que les subventions qui encouragent une consommation énergétique intensive en carbone devraient recevoir le coup de grâce, tout en mettant en place des cadres réglementaires pour soutenir une transition vers une économie pauvre en carbone.

La réunion a aussi reconnu que les marchés d’échange du carbone sont un contributeur central à la réduction des émissions. Les dirigeants du G8 ont affirmé que l’échange d’émissions est l’un des moyens les plus efficaces pour encourager l’investissement dans l’efficacité énergétique, l’énergie renouvelable et les technologies propres, complété par d’autres incitants tels que des taxes sur les émissions.

La proposition de l’UE pour un mécanisme sectoriel de crédit par lequel les pays développés pourraient gagner des crédits d’échange en dépassant les objectifs de réduction d’émission dans un secteur particulier, a été traduite dans le document final du sommet. Celui-ci appelle une réforme du Mécanisme de développement propre (MDP) du Protocole de Kyoto : ce mécanisme est basé sur des projets qui ont été de plus en plus critiqués pour leur échec à atteindre leurs objectifs climatiques.

Une promesse d’aider les économies émergentes 

Après que les pays développés présents aux discussions sur le climat aient refusé de s’engager spécifiquement à réduire leurs production de gaz à effet de serre, les économies riches de la planète ont juré d’aider les économies émergentes à supporter les coûts relatifs à la réduction de leurs émissions industrielles de carbone.

Dans un geste vers les toujours plus influentes nations indienne et chinoise, le président américain Barack Obama a demandé aux ministres internationaux des finances de faire part de leurs idées pour aider à financer la réforme des économies émergentes. Ils en feront rapport lors d’une réunion du G20 à Pittsburgh en septembre.  Les nations développées ont de véritables et réelles inquiétudes sur le rôle qu’ils auront à jouer dans ces efforts, a déclaré M. Obama. 

Ils veulent s’assurer qu’ils n’ont pas à sacrifier leurs aspirations au développement et à un niveau de vie plus élevé. Tout de même, comme la majeure partie de la croissance des émissions prévues provient de ces pays, leur participation est indispensable à une solution.

Du G8 au G14 ou au G20? 

Les mots de M. Obama indiquent clairement l’incapacité croissante du club très privé du G8 de l’élite de l’économie à résoudre les problèmes de leur propre chef ; le G8 est forcé de partager son influence avec les autres pays pour pouvoir vraiment réaliser quelque chose. 

Nombre de ces délibérations du G8 ont inclus d’autres groupes, les dernières années.  La Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique et l’Afrique du Sud ont participé aux sommets du Groupe des Huit comme invités depuis 2007. Comme leur présence est devenue un fait acquis, on n’a fait qu’approfondir les divisions en échouant à leur donner un plein statut de membre.  

La réunion d’hier sur le changement climatique a compris tous les pays cités plus haut, ainsi que d’autres comme l’Australie, la Corée du Sud et l’Indonésie. Et à l’automne, de nombreuses nations, plus d’autres, se réuniront pour le G20. 

Certains dirigeants nationaux veulent remplacer le Groupe des Huit par le Groupe des Vingt, ce qui comprend des pays comme l’Argentine et l’Arabie Saoudite et représenterait collectivement trois quarts de la population mondiale.

Selon moi, nous nous dirigeons vers un G20, a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel à des journalistes à Berlin, mardi.  

Le président français Nicolas Sarkozy, qui avait qualifié d’ « obsolète » l’année passée le Groupe des Huit, a affirmé que le club devait s’ouvrir à de nouveaux membres. Il a cependant averti qu’un groupe de 20 membres pourrait être trop peu manoeuvrable et préfère opter pour un G14, a-t-il dit hier lors d’une conférence de presse.

Réactions : 

Le président de la Commission européenneJosé Manuel Barroso, a affirmé que les pays développées portent une responsabilité spéciale, dans le contexte de la réduction des émissions. Mais cela ne suffira pas, a-t-il précisé. Les économies émergentes, par exemple, où les émissions montent en flèche, doivent aussi rejoindre cet effort généralisé. Nous devons tous faire notre part, en accord avec le principe de responsabilité commune mais partagée et de capacité différentiées, a-t-il ajouté.

La co-présidente du groupe des Verts européens/EFA au Parlement européen, Rebecca Harms, a affirmé que le sommet n’avait pas répondu aux attentes sur l’avancée des discussions des Nations unies. Une vague déclaration sur des objectifs lointains ne peut remplacer une action urgemment nécessaire. Des objectifs de réduction des émissions mal définis et non obligatoires définis 41 ans à l’avance sont totalement insuffisants pour ce qui est nécessaire en ce moment, a-t-elle dit.

WWF a salué cet engagement à réduire les émissions des pays développés de 80 % à long terme, mais a rappelé l’objectif d’au moins 40 % avant 2020. Sans fixer de chemin pour la réduction des émissions, les obligations exactes des pays seront édulcorées, et rester sous le seuil des 2 degrés sera impossible, a affirmé Kim Carstensen, dirigeante de l’Initiative Climat du WWF.

William Ramsay, directeur du programme énergétique à l’institut français Ifri, a affirmé que les défis de l’énergie et du climat resteront les mêmes même après la crise économique. 

L’année 2009 pourrait être un tournant de notre effort collectif, avec la conclusion de la première phase du Protocole de Kyoto et notre réunion à Copenhague pour tracer la marche à suivre. Les participants au sommet ont à nouveau l’occasion de communiquer le message à leurs citoyens que la seule manière de réussir ces défis est de développer l’interdépendance de chaque acteur du marché énergétique mondial, ainsi que leur sens d’intervulnérabilité, a-t-il soutenu.

Prochaines étapes : 
  • Du 10 au 14 août : Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) à Bonn. 
  • Du 28 sept. au 9 oct. : sommet de la CNUCC à Bangkok. 
  • Du 2 au 6 nov. : réunion de la CNUCC. 
  • Du 7 au 19 déc. : conférence des Nations unies sur le changement climatique à Copenhague. 
Contexte : 

Les négociations internationales avancent à toute vapeur afin de trouver un accord sur le remplaçant du Protocole de Kyoto qui expire en 2012.

Les premières discussions sur la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC) de Bonn (29 mars – 8 avril) ont sonné le début des négociations pour un projet d’accord en vue de la conférence finale de Copenhague à la fin de l’année (EurActiv 09/04/09).

Le projet de texte de négociation, préparé avant le second cycle de négociations climatiques de juin, a révélé un profond fossé entre les pays riches et pauvres. Les pays en développement demandent à leurs homologues industrialisés de s’engager à des réductions non négligeables de réduction du CO2 et à proposer une aide financière pour aider les pays défavorisés dans leurs efforts. Mais les pays développées n’ont pas pris d’engagements fermes sur le financement, et seule l’UE s’est fixé l’objectif de réduction de CO2, ce qui échoue néanmoins à répondre aux exigences des pays en voie de développement (EurActiv 29/04/09).

Entretemps, le texte de négociation a gonflé jusqu’à atteindre des centaines de pages puisque toutes les parties ont réagi avec des amendements. Aucun accord n’a été trouvé lors des discussions de juin pour le financement pour l’atténuation et l’adaptation au réchauffement planétaire des pays en développement (EurActiv 15/06/09).

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