Jeudi (17 décembre) la secrétaire d’Etat des Etats-Unis a dit que les Etats-Unis contribueraient à un financement de 100 milliards de dollars par an (69, 8 milliards d’euros) jusqu’à 2020 pour aider les pays les plus pauvres à lutter contre le changement climatique et adopter des énergies plus propres.
Mais elle a insisté sur le fait que l’aide serait conditionnée à l’imposition de contrôles, rapports et vérification des critères de la Chine et des autres grands pays en développement sur leurs réductions d’émissions. La Chine a résisté à ces demandes, prétendant qu’elles atteignaient sa souveraineté.
Une proposition de déclaration pour le sommet de Copenhague engage les pays riches à injecter à l’aide climatique 100 milliards de dollars tous les ans jusqu’à 2020 pour les pays en développement, selon Reuters. Elle déclare également que la hausse des températures mondiales ne doit pas excéder deux degrés Celsius.
Pendant ce temps, l’Union européenne et le Japon se sont déjà engagés sur un financement, qui commencera rapidement, de 10 et 15 milliards d’euros respectivement pour aider les pays en développement pour la période 2010-2012 (EurActiv 11/12/09).
Le ministre suédois de l’Environnement Andreas Carlgren a commenté l’engagement des Etats-Unis et salué le pas en avant mais a ajouté que le travail n’était pas encore terminé. Nous allons avoir besoin d’autres avancées pour s’assurer que nous pouvons créer l’impulsion politique nécessaire, a-t-il affirmé, arguant que les Etats-Unis et la Chine -les deux plus gros pollueurs du monde- devaient trouver des engagements légalement contraignants pour réduire leurs émissions.
Tout repose sur eux. Si les Etats-Unis et la Chine ne sont pas prêts à tenir des engagements légalement contraignants, la moitié des émissions de la terre ne seront pas régies par un accord légal. Sans eux nous ne pouvons pas résoudre le problème du climat, a dit M. Carlgren.
José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a dit jeudi (17 décembre) qu’il s’attendait à ce que les Etats-Unis élèvent leur offre de réduction des émissions qui réchauffent le climat. J’espère vraiment annoncer quelque chose de plus, a dit M. Barroso aux journalistes. Le président Obama ne vient pas juste pour réitérer ce qui est dans son projet législatif.
Garder Kyoto en vie
A Copenhague, les dirigeants du monde vont décider soit de conserver le protocole de Kyoto de 1997 soit d’édicter un nouveau traité international.
Ricardo Lagos, ancien président du Chili et conseiller spécial sur le changement climatique pour le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, a dit que le protocole de Kyoto de 1997 contenait la clé des discussions de Copenhague.
Mais les nations en développement, dont la Chine est en première place, ont mis en garde contre les tentatives de tuer le traité, qui n’a jamais été ratifié par les Etats-Unis, le principal émetteur du monde industrialisé. Ils insistent sur le maintien d’un résultat à deux voies, dans lequel Kyoto serait un élément essentiel (EurActiv 17/12/09).
L’an dernier, le fait que les principes de Kyoto et les responsabilités qu’il engendre pour les pays développés et en développement ne pouvaient pas être modifiés est devenu évident, a insisté M. Lagos, ajoutant qu’il n’y a pas d’accord possible sans implication des plus grands émetteurs comme les Etats-Unis et la Chine.
L’UE et le Japon ont présenté des programmes ambitieux. Il est évident que Kyoto va perdurer, a-t-il dit.
Néanmoins, les choses ont changé depuis l’adoption du protocole de Kyoto, a admis M. Lagos. Il y a 20 ans, il n’y avait pas le G 20. La Chine et l’Inde en font partie et elles devraient désormais partager les responsabilités. La question est de savoir de quelle manière, et sans violer les principes du protocole de Kyoto, a-t-il ajouté, soulignant que les responsabilités historiques des pays industrialisés ne devraient pas être maintenues.
Pousser la Chine à s’engager légalement
Selon M. Lagos, la question est maintenant de savoir comment faire en sorte que les engagements de réduction volontaires par les pays en développement soient légalement contraignants dans le temps.
Depuis deux semaines, les envoyés des 193 pays qui se rencontrent à Copenhague essaie de trouver un terrain d’entente aux obstacles persistants avant qu’un accord post-Kyoto puisse être garanti. Mais ils ont échoué en raison des divisions sur le montant de l’aide financière pour les pays pauvres et sur la question de savoir si la Chine et l’Inde devaient mesurer leurs promesses de réduction d’émissions et les faire contrôler par des vérificateurs internationaux.
Je pense que le seul moyen est de les autoriser à s’engager sur une base volontaire d’actions d'atténuation menées au niveau national, a dit M. Lagos, soulignant que toutefois ces projets pouvaient devenir légalement contraignants par la suite, rendant les engagements donnés par les pays en développement comparables à ceux des pays développés.
Si un nombre substantiel d’actions d’atténuation est proposé par les économies rapidement émergentes et les pays à revenus intermédiaires, il est possible que les engagements deviennent contraignants, a-t-il dit, expliquant que cela pourrait arriver une fois que les projets collectifs auront atteint un niveau suffisant d’émissions.
Le plan d’action de la Chine pour dynamiser l’efficacité énergétique et augmenter le partage des énergies renouvelables dans son paquet énergétique de 15 % est une proposition qui pourrait être avancée. Même les Etats-Unis, qui n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto, pourraient être autorisés à prendre des engagements volontaires, a dit l’ancien président chilien.
Si vous considérez que la législation actuellement discutée au Congrès américain est une action d’atténuation menée au niveau national, alors elle deviendrait légalement contraignante si d’autres rendent le même type de proposition, a ajouté M. Lagos.
Beaucoup de pays émergeant rapidement et pays à revenus intermédiaires ne sont pas éligibles à l’aide étrangère, y compris le Brésil, le Chili, le Pérou et la Colombie, a-t-il dit. Selon les projets actuels, l’aide climatique et le transfert technologique seraient autorisés seulement à la condition que les projets d’atténuation financés par les sources extérieures soient soumis à un mécanisme de vérification par la communauté internationale.
L’argent des Etats-Unis n’arrive pas sans conditions
C’était aussi le message délivré hier par la secrétaire d’Etat des Etats-Unis Hillary Clinton, qui a promis que les Etats-Unis procureraient une aide d’un montant de 100 milliards de dollars tous les ans d’ici 2020 pour aider les pays pauvres à s’accommoder au changement climatique du moment que les pays autorisent un examen précis de la communauté internationale sur la façon dont l’argent est dépensé.
La Chine et l’Inde sont opposées à cela, et disent qu’une telle règle contrevient à leur souveraineté. Mais les Etats-Unis mettent la pression aux deux plus grands émetteurs pour qu’ils acceptent des engagements contraignants qui sont ouverts à la vérification et l’inspection internationale.
Il faut qu’il y ait une volonté de transparence. S’il n’y en a pas, la possibilité de parvenir à un accord est morte. Nous l’avons dit à plusieurs reprises, a dit Mme Clinton.
En même temps, Mme Clinton répète l’opinion des Etats-Unis selon laquelle la Chine ne peut pas se cacher derrière son statut de pays en développement. La Chine, affirme Mme Clinton, est le plus gros émetteur de CO2 du monde et deviendra un jour l’économie la plus puissante, ce qui justifie des demandes d’objectifs clairs et vérifiables sur les réductions d’émissions de gaz à effet de serre.
Cependant, Mme Clinton est restée vague sur le financement qui débuterait bientôt visant à aider les pays en développement jusqu’à 2012. L’envoyé des Etats-Unis Todd Stern a dit que l’Amérique accepterait de le partager équitablement si un accord est trouvé.
Un tour gratuit pour les pays africains
Sur la question de ce qui serait acceptable pour les pays africains, M. Lagos a affirmé qu’ils n’étaient considérés ni comme des pays émergeants ni comme des pays à revenu moyen, et étaient donc tous éligibles à l’aide extérieure.
Tout cela signifie que l’Afrique aura un tour gratuit.
Les Etats-Unis en retard à la fête
L’envoyé spécial des Nations unies a approuvé la décision de Barack Obama d’arriver tard à l’événement, remarquant que le pays a totalement changé de position par rapport au climat. Mais il est toujours dans une période de transition.
M. Obama pense ne pas pouvoir atteindre d’objectifs ambitieux d’ici 2020, mais il est résolu à se rattraper d’ici 2030, et être sur un pied d’égalité avec l’Union européenne, a dit l’ancien président chilien, soulignant que les pays en développement étaient également en phase de transition. Mais tout le monde sait qu’après 2020, nous devrons tous combattre les émissions, a-t-il dit.
Restant confiant sur la conclusion d’un accord à la fermeture de la conférence aujourd’hui (18 décembre), M. Lagos et son collègue Festus Mogae, ancien président du Botwana et également envoyé spécial des Nations unies pour le changement climatique, a dit à EurActiv que les dirigeants du monde ne pouvaient pas rentrer chez eux les mains vides.
S’ils veulent quelque chose, je crois qu’ils doivent aussi donner quelque chose, a dit M. Lagos.



