La conférence de Copenhague entrant maintenant dans sa phase finale, de nouveaux textes ont été présentés dans le but de rapprocher les pays riches et les pays pauvres.
En ce moment même nous balançons entre réussite et échec a dit Connie Hedegaard, la danoise présidente de cette rencontre, lors de l’ouverture de la phase de haut niveau des discussions hier soir.
Les textes, sur l’action coopérative à long terme au titre de la Convention de 1992 et du protocole de Kyoto, cherchent à promouvoir les discussions pour élargir le champ des résultats envisageables avant l’arrivée des membres les plus importants des gouvernements.
Il est également désormais temps de se concentrer sur l’ambition principale, a dit Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la convention climat.
Les textes, a-t-il ajouté, commencent à capter la structure de l’accord auquel on pourrait parvenir à la fin de cette conférence. Il décrit cela comme le signe d’un important changement dans le processus de négociation.
Un groupe de travail spécial (Working Group on Long-term Cooperative Action) au titre de la Convention a également commencé à travailler à Copenhague cette semaine, un pas en avant qui a été salué par le commissaire européen à l’Environnement Stavros Dimas comme un moyen de faciliter la compréhension entre les parties.
Des objectifs « faux » et « non transparents »
Mais alors que les négociateurs redoublent d’efforts pour parvenir à un accord, Jørgen Knud Henningsen, ancien négociateur pour les discussions sur le protocole de Kyoto, a dit que le focus sur les objectifs de réductions d’émissions était trompeur.
Ces objectifs ne sont pas extrêmement transparents, a dit Knud Henningsen à EurActiv lors d’un entretien. Très peu de gens sont capables d’expliquer comment l’Amérique, le Japon, l’Europe ou l’Australie comparent leur objectifs, a-t-il dit, expliquant que l’engagement de l’UE de réduire ses émissions de 20 % d’ici 2020 représentait plus une stabilisation qu’une authentique réduction d’émissions.
Concernant cet engagement de 20 %, M. Knud Henningsen maintient qu’il s’agit d’un faux objectif. Il prétend que la désindustrialisation de l’Europe de l’est et la récente récession ont été les plus grands facteurs ayant conduit à la réduction des émissions. Puis vous avez tous ces projets de mécanisme de développement propre (MDP) qui viennent prendre de la place, et créent une réelle modification artificielle de l’ambition exacte des réductions d’émission, a-t-il ajouté.
Nous ferions mieux de nous concentrer sur des politiques spécifiques, plutôt que d’examiner ces objectifs, qui sont bien trop faciles à remettre en cause.
Cette année, au mois d’octobre, Sandbag, un groupe de campagne britannique, a délivré un rapport déclarant que l’engagement de l’UE de réduire de 20 % ses émissions ne consistait en rien de plus qu’un « calcul intelligent » car la plupart des réductions promises ont déjà eu lieu après la désindustrialisation dans anciens pays communistes.
Difficile de forcer à suivre ces objectifs
Pour Knud Henningsen, l’ancien négociateur pour le climat de l’UE, le débat ne concerne pas seulement des chiffres mais aussi les politiques et mesures acceptables. Il a particulièrement mis en garde contre la question des objectifs contraignants qui pourraient être confrontés à un combat grandissant au congrès des Etats-Unis, qui aurait à ratifier tout accord international.
Selon lui, cela demanderait un plus grand nombre de votes que pour passer une loi nationale. Vous ne pouvez pas mettre le couteau sous la gorge à qui que ce soit dans le but que les objectifs soient respectés. On doit avoir le soutien d’un Sénat plus progressif avec 67 % des votes ou une majorité de 2/3, a mis en avant M. Henningsen.
L’ancien négociateur de l’UE appelle à la place les représentants et ministres présents à Copenhague à mettre de côté les discussions sur les objectifs et se concentrer davantage sur les politiques et mesures à atteindre afin de parvenir à l’objectif de réduction des émissions de 80 % d’ici 2050.
Proposer d’avoir le même objectif, les mêmes réductions dans le même laps de temps n’est pas le bon message à adresser, a dit Warwick McKibbin, un expert en économie internationale au Brookings Institute basé à Washington.
Cela viole les économies de base, car elles ont des dotations différentes, des taux de croissances différents, des structures différentes, des systèmes de protection sociale différents a-t-il ajouté, remarquant qu’au niveau interne il est difficile de demander aux gens de s’engager sur un objectif contraignant sans en connaître le coût.
En juillet cette année, les 8 plus fortes économies mondiales qui se sont retrouvées pour le G8 en Italie ont reconnu pour la première fois que l’augmentation mondiale des températures devait être limitée à 2 degrés. D’après les scientifiques, la température correspond à la limite maximale si le monde doit échapper à un changement climatique catastrophique. Par conséquent, les dirigeants du G8 se sont engagés à soutenir des objectifs mondiaux pour réduire les émissions de 50 % d’ici 2050. Par ailleurs, ils ont soutenu un objectif ambitieux à long terme de 80 % ou plus pour les pays industrialisés.
La Convention de Rio pourrait débloquer les discussions
D’après M. Henningsen, qui a assisté à la naissance des deux précédents accords sur le climat à Rio et à Kyoto, les négociateurs à Copenhague devraient réhabiliter la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) plutôt que le protocole de Kyoto. Il a dit que de manière alternative un accord international complètement nouveau pourrait être mis en place mais les pays en développement s’opposent farouchement à cette solution.
La structure est là, a dit M. Henningsen, soulignant que la CCNUCC avait été ratifiée par les Etats-Unis, ce qui n’est pas le cas du protocole de Kyoto. L’article 4.2.(a) de la Convention, a-t-il expliqué, déclare déjà que tous les pays développés doivent adopter des mesures nationales pour réduire leurs émissions.
Cela montre que déjà les Etats-Unis enfreignent la Convention, comme le font beaucoup d’autres, a-t-il fait remarquer. Le monde ferait mieux de revenir là-dessus et mettre en application l’article 4.2.(a).
Le protocole de Montréal n’est pas une échappatoire
Les experts de l’UE écartent d’autres idées, notamment celle d’utiliser le protocole de Montréal comme modèle.
Le protocole de Montréal, sur des substances comme l’épuisement de la couche d’ozone comme les chlorofluorocarbures ou les hydro fluorocarbures est considéré par certains comme le secret le mieux gardé dans la lutte contre le changement climatique.
Kofi Annan le décrit comme étant probablement l’accord international le mieux réussi à ce jour, et même Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la convention climat, considère le protocole de Montréal comme une référence pour développer le mécanisme de partage des charges.
M. Henningsen, en revanche, a remarqué que l’accord ne couvrait qu’un champ restreint. Il est important de prendre connaissance du protocole de Montréal, et des domaines dans lesquels il a fonctionné. Mais il est loin d’être suffisant pour apporter la réponse au changement climatique, a-t-il dit.
M. Henningsen s’est confié à Daniela Vincenti-Mitchener.
Pour lire l’entretien avec M. Henningsen dans son intégralité, cliquez ici.



