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2 décembre 2008
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Le sommet européen devrait équilibrer les objectifs climatiques et l'économie [FR][en][de

Publié: mardi 14 octobre 2008   

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se réuniront demain 15 octobre à Bruxelles en vue d'aboutir à un agenda énergétique et climatique. Ce sommet intervient dans un contexte de dégradation de la crise économique qui accentue les préoccupations de l’industrie quant à la concurrence étrangère et aux coûts liés à la diminution des émissions de CO2. 

Contexte:

Le 23 janvier 2008, la Commission a présenté une série de propositions visant à transformer en lois les engagements politiques pris par les Etats membres en mars 2007 : réduire les émissions de CO2 et de gaz à effet de serre de 20 % d’ici 2020 et faire passer la part des énergies renouvelables à 20 % de la consommation de l’Union dans le même laps de temps.

Le paquet « énergie et climat  » se concentre essentiellement sur deux propositions. L’une destinée à réviser et à renforcer le système européen d’échange de quotas d’émission (ETS) – le pilier de la politique européenne de lutte contre le changement climatique ; l’autre soulignant comment les Etats membres devraient diviser l’effort en matière de partage des réductions d’émissions de CO2 dans des secteurs non touchés par le système ETS. 

Le paquet comporte également une proposition sur le cadre juridique en matière de réglementation du stockage géologique du CO2 émis lors de la production d’électricité. 

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Autres articles:

Dans le précédent projet de conclusions, préparé par la présidence française de l’UE dans l’optique du sommet européen des 15 et 16 octobre, les pays de l’UE réaffirment leur engagement à trouver un accord sur les éléments principaux du paquet climat et énergie avant la fin de l’année. 

Mais les Etats membres veulent également garantir que des solutions appropriées sont en place afin que les coûts liés à la réduction des émissions industrielles de CO2 n’incitent pas les industries lourdes de l’UE à déplacer leurs opérations, leurs emplois et leurs émissions en dehors des frontières de l’UE, où la production et la pollution sont moins chères. Les préoccupations quant à la « fuite de carbone » ont été au centre des discussions au sujet de la meilleure façon de remplir les engagements de réduction des émissions de CO2 de 20 % d’ici 2020.

Alors que la crise financière et les perspectives économiques de l’UE pour 2009 s’aggravent, les Etats membres clé tels que l’Allemagne et la Pologne ont élevé le ton du débat. Ils ont en effet prévenu qu’ils ne soutiendraient peut-être pas les politiques en matière de changement climatique, qui constitueraient une entrave aux principaux intérêts industriels de leurs économies nationales (EurActiv 26/09/08). 

L’énigme de Copenhague

C’est pour ces raisons que dans les conclusions du sommet, les Etats membres font pression sur la Commission pour finaliser en 2009 les critères qui permettront d’identifier les secteurs qui pourraient tirer profit des quotas d’émission 100 % gratuits en raison de leur forte exposition à la « fuite de carbone ». 

La Commission est d’accord sur le fait que les industries européennes ont besoin d’être protégées contre la concurrence déloyale avec les producteurs des pays tiers dans le cas où aucun accord international sur le changement climatique n’est atteint lors du sommet de l’ONU tant attendu qui se tiendra en décembre à Copenhague. 

Alors que l’exécutif européen a déjà commencé à esquisser des critères qui détermineront quelles industries pourraient bénéficier des quotas d’émissions 100 % gratuits si les discussions à l’échelle mondiale échouent, Bruxelles préfère attendre la fin du sommet de Copenhague avant de publier la liste des secteurs qui pourraient potentiellement être exemptés. Cette position, qui se fonde sur l’idée qu’en révélant à l’avance les secteurs, le mandat de négociation de l’UE pourrait être entravé lors des discussions, a reçu récemment le soutien des eurodéputés de la commission Environnement (ENVI) du Parlement (EurActiv 08/10/08). 

Il est probable que la question reste un sujet de discorde entre le Conseil, la Commission et le Parlement. 

Partager les gains

Une autre question qui risque de froisser les législateurs à la fin 2008 est celle concernant les modalités de dépense des montants issus des enchères des permis ETS qui seront conservés dans les coffres nationaux.

Alors que les Etats membres devront donner leur aval aux dépenses prévues pour encourager les efforts de réduction de CO2, les gouvernements nationaux restent catégoriques sur le fait que c’est à eux, et non à Bruxelles, de décider précisément quel montant devrait être dépensé. Le projet de conclusions fait spécifiquement référence à cette question. 

Parallèlement, les eurodéputés veulent que l’argent soit dépensé dans des technologies non polluantes et dans d’autres investissements liés au changement climatique, au moins 50 % des fonds devant être destinés au soutien des pays en développement qui ne sont pas dotés de fonds suffisants pour rattraper les efforts écologiques des pays développés. Les économies à croissance rapide tels que la Chine et l’Inde restent profondément dépendantes au charbon et à d’autres combustibles fossiles pour répondre à la demande liée à l’évolution des transports et à la production d’électricité. 

L’eurodéputée chrétienne démocrate irlandaise Avril Doyle, qui était en charge du dossier ETS devant la commission ENVI, a déclaré s’attendre à une « bataille royale » concernant ce sujet. 

30 % ?

Le Conseil et le Parlement divergent également sur au moins un des éléments fondamentaux de l’agenda climatique de l’UE.

Les Etats membres rechignent à s’engager à augmenter automatiquement l’objectif européen de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 à 30  % d’ici 2020 au cas où un accord international sur le changement climatique est conclu à Copenhague.

Les eurodéputés ont affirmé leur soutien au mécanisme. Mais selon le projet de conclusions du sommet, les gouvernements européens souhaitent qu’une augmentation de ce type soit décidée sur la base d’un débat législatif habituel entre le Conseil et le Parlement selon la procédure de codécision de l’UE. Selon un diplomate européen, certains Etats membres comme la Pologne et l’Italie seraient particulièrement préoccupés par la hausse de l’objectif. Rome se serait en effet rétractée en raison de la crise économique, abandonnant sa position auparavant favorable à un rehaussement de l’objectif.

Se défaire des habitudes

Malgré des désaccords de taille sur les points essentiels du paquet, les législateurs européens semblent partager le même point de vue sur la nécessité d’accroître l’efficacité énergétique de l’économie européenne tout en réfrénant la dépendance aux fournisseurs de carburants fossiles étrangers comme la Russie. 

Le projet de conclusions appelle à des mesures spécifiques pour stimuler l’efficacité énergétique, notamment en utilisant des financements soutenus par la Banque européenne d’investissement (BEI). Les Etats membres veulent également une plus grande diversification de l’approvisionnement énergétique de l’UE par le biais de projet de pipelines mis sur pied en partenariat avec d’autres pays que la Russie. Les infrastructures de gaz naturel liquéfié (GNL) existantes devraient en outre être améliorées puisque le GNL peut être envoyé vers les ports européens en provenance d’une grande variété de pays d’approvisionnement. 

Toutefois, les déclarations officielles sur la nécessité d’une indépendance énergétique accrue seront sans doute critiquées suite à l’accord décroché vendredi 10 octobre par les ministres de l’Energie, qui ont rejeté une proposition de la Commission visant à imposer des conditions strictes de réciprocité aux entreprises des pays tiers, comme la firme russe Gazprom, qui achètent systématiquement des infrastructures de livraison d’énergie au sein de l’UE (EurActiv 13/10/08).

Une seconde révision de la stratégie énergétique de l’UE devrait être présentée par la Commission en novembre. Elle abordera plus en détail les questions liées à la sécurité et à l’efficacité énergétiques. Les Etats membres devraient adopter des conclusions sur cette révision lors du Conseil européen de printemps qui aura lieu en mars 2009 (EurActiv 10/10/08). 

Positions:

Le groupe écologiste WWF a publié une déclaration en prévision du sommet, enjoignant les Etats membres à ne pas laisser la crise financière occulter les ambitions climatiques de l’Union. Selon Delia Villagrasa, conseillère en chef du WWF, ce serait une grande erreur stratégique de rechuter à un moment aussi critique en raison de la crise économique.

Le think tank britannique Open Europe estime quant à lui que le paquet climatique entraînera des coûts économiques énormes pour l’Europe et le Royaume-Uni en termes de pertes d’emploi et de pauvreté énergétique. 

Dans une déclaration du 9 octobre, l’organisation a affirmé que les responsables politiques qui ont accepté cet accord n’occuperont plus leur fonction dans dix ans, mais ce sont les retraités et les pauvres qui devront assumer les factures les plus importantes.

Prochaines étapes:

  • 15-16 oct. 2008 : Conseil européen. 
  • Nov. 2008 : publication prévue de la deuxième révision de la stratégie énergétique de la Commission. 
  • Fin 2008 : la présidence française de l’UE cherche un accord sur le paquet énergie et climat. 
  • Mars 2009 :  
    • Conseil européen de printemps. 
    • Fin de la législature actuelle du Parlement. 
    • Date de rechange pour la finalisation du paquet énergie et climat si aucun accord n’est obtenu avant la fin 2008. 
    • Les Etats membres espèrent parvenir à un accord sur la libéralisation du marché de l’énergie. 
  • Juin 2009 : les Etats membres veulent identifier les secteurs à haut risque de fuite de carbone. 
  • Déc. 2009 : sommet de l’ONU sur le changement climatique à Copenhague. 

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