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En plein ralentissement de l’économie mondiale, les dirigeants de l’UE ont affirmé qu’ils décrocheraient un accord sur des lois ambitieuses de réduction du CO2 avant janvier 2009. Mais ces règles pourraient être sensiblement assouplies afin de répondre à certaines exigences des Etats membres hésitants.
Le 23 janvier 2008, la Commission a présenté un paquet de quatre propositions destinées à transformer en loi l’engagement politique pris par les Etats membres de l’UE en mars 2007 en vue de réduire les émissions européennes de CO2 et de gaz à effets de serre (GES) de 20 % d’ici 2020 tout en faisant passer à 20 % la part des énergies renouvelables.
Le paquet « énergie et climat » se concentre essentiellement sur deux propositions. L’une destinée à réviser et à renforcer le système européen d’échange de quotas d’émission (ETS) – le pilier de la politique européenne de lutte contre le changement climatique –, l’autre soulignant comment les Etats membres devraient diviser l’effort en matière de partage des réductions d’émissions de CO2 dans des secteurs non touchés par le système ETS.
Une proposition destinée à stimuler les énergies renouvelables ainsi que des plans exposant un cadre juridique pour réguler le stockage souterrain du CO2 capturé durant la génération d’énergie constituent les troisième et quatrième volets du paquet.
« On va trouver un compromis » sur le paquet, a déclaré le président français Nicolas Sarkozy hier 15 octobre à Bruxelles au sortir du dîner des 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE organisé dans le cadre du sommet européen des 15 et 16 octobre.
« La question environnementale, c'est une question essentielle, une responsabilité historique », a indiqué M. Sarkozy, dont le pays occupe actuellement pendant six mois la présidence tournante de l’UE. Paris a d’ailleurs fait de l’accord sur le paquet climatique une des principales priorités de sa présidence chargée.
Etouffer la rébellion
Mais un accord sur ce paquet considérable au cours des six prochaines semaines devrait probablement impliquer des concessions et des compromis significatifs en vue de garantir le soutien des Etats membres inquiets des coûts additionnels pour leur économie et leur industrie, tout particulièrement dans une période de récession.
Un groupe de 8 Etats membres d’Europe de l’Est – la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie – souhaitent obtenir davantage de reconnaissance pour leurs efforts en matière de réduction des émissions de CO2.
Le groupe a indiqué dans un communiqué distribué au cours du sommet que la plus grande part des réductions des émissions de gaz à effet de serre de l’UE des 27 a été réalisée par des Etats membres moins riches, et ce à un coût économique et social très élevé. Il a estimé que ces efforts devraient être reconnus. Selon le groupe, tout accord européen sur le climat devrait respecter les différences de potentiel économique des Etats membres.
Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi s’est également opposé à plusieurs reprises aux plans de l’UE sur le climat en invoquant le fait qu’ils pourraient étouffer encore plus l’économie de son pays, dont l’industrie nationale traditionnelle a été profondément touchée par la concurrence des pays tiers.
Un mot d’ordre : flexibilité
Alors que il est difficile à déterminer quel accord pourrait être adopté pour obtenir le soutien de ces Etats membres, la présidence française de l’UE a mentionné à plusieurs reprises le besoin de flexibilité comme une mesure pour arriver à un consensus.
Les transferts financiers des Etats membres riches aux Etats membres pauvres en échange de réductions d’émissions pourraient être utilisés par certains des 15 Etats membres de l’UE pour « acheter » des réductions de CO2 tout en garantissant la solidarité des Etats faisant partie de l’ancien bloc soviétique.
Afin de faciliter la réalisation des objectifs nationaux en partageant les efforts de réduction des émissions, les Etats membres devront recevoir l’autorisation de reporter d’une année à l’autre une proportion suffisante des réductions prévues annuellement et de s’échanger les droits d’émission entre eux. C’est ce qu’indiquent les directives
sur la politique en matière d’énergie et de climat incluses dans le projet de conclusions du sommet
préparé par le présidence française de l’UE.
Les pays développés achètent déjà des crédits de réduction des émissions dans les pays tiers par le biais des mécanismes de mise en application conjointe et de développement propre consacrés par le protocole de Kyoto. En outre, la plupart des Etats membres soutiennent un élargissement significatif de ce système dans le cadre du paquet climatique. Toutefois, les eurodéputés et les groupes écologistes sont prudents par rapport au fait qu’une utilisation excessive de crédits externes pourrait miner les efforts nationaux tout en produisant peu de réductions d’émissions vérifiables à l’étranger.
Parallèlement, il est également probable que les exemptions au système ETS pour certains secteurs industriels fassent partie du compromis. Cependant, la question des critères qui permettraient de définir les secteurs pouvant recevoir des permis d’émission 100 % gratuits reste un sujet de débat entre la Commission, le Parlement et le Conseil. Les Etats membres veulent que ces critères soient établis en 2009 alors que la Commission et le Parlement affirment qu’il faut attendre la fin des négociations internationales sur le climat avant de définir les secteurs.
Le sommet comporte un débat sous-jacent par rapport à la compatibilité entre la croissance économique et les réductions des émissions de CO2 de l’industrie.
Le président français Nicolas Sarkozy a exprimé sa conviction sur le fait que l’objectif du développement durable n’est pas incompatible avec la croissance et le redressement économiques. « On va démontrer que la croissance propre est une possibilité de rebond de la croissance », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse du 15 octobre.
Stavros Dimas, commissaire européen à l’Environnement, a exprimé des opinions similaires, enjoignant les dirigeants mondiaux à aboutir à un accord sur le changement climatique en décembre 2009 à Copenhague. Il s’agit selon lui de la dernière chance de maîtriser le changement climatique. Nous ne pouvons nous permettre ni d’attendre, ni d’échouer, a-t-il affirmé.
Mais BusinessEurope, la confédération des entreprises européennes, a indiqué dans un communiqué que la mise en œuvre du paquet législatif sur le climat et l’énergie inquiète fortement les entreprises. En effet, ces mesures se concentrent principalement sur l’écologie et les énergies renouvelables, alors que les engagements sur le chapitre « compétitivité » du plan sont insuffisants, a affirmé l’organisation.
Selon le communiqué des libéraux au Parlement, la crise financière ne doit pas être utilisée comme excuse pour assouplir les réformes climatiques. Cette opinion a reçu l’aval du leader du groupe, l’eurodéputé britannique Graham Watson, dans un communiqué distinct. Selon lui, ceux qui cherchent à torpiller le paquet sur le changement climatique ne devraient pas se défiler en mettant en avant les préoccupations liées à la crise financière.
L’eurodéputé écologiste luxembourgeois Claude Turmes appelle à une nouvelle série de règles pour garantir que les secteurs irresponsables ne surexploitent pas en fin de compte les ressources naturelles limitées et les écosystèmes qui en dépendent dans une optique de profits à court terme.