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L’UE dévoile ses plans de réforme du système d’échange de carbone [FR][en][de

Publié: mercredi 23 janvier 2008   

Les plans pour un nouveau système européen de réduction des gaz à effet de serre impliqueraient que l’industrie aurait à payer pour le droit de polluer, ce qui pourrait entraîner une hausse des prix de l’électricité jusqu’à 15%. Des mesures de sauvegarde destinées à empêcher la fermeture d’usines et les pertes d’emploi en Europe ont été reportées jusqu’à l’issue des négociations pour un pacte international sur le climat.

Contexte:

En mars 2007, les dirigeants européens sont parvenus à un accord sur un objectif contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % d’ici 2020, comparé aux niveaux de 1990. Ils ont également convenu que cet objectif devrait être élevé à 30 %, si les pays industrialisés, notamment les Etats-Unis, prennaient des mesures similaires.

Le mécanisme clé pour atteindre cet objectif restera le système européen d’échange de quotas d’émissions (système européen ETS), lancé en 2005 afin de contribuer à atteindre les objectifs européens du protocole de Kyoto pour réduire les gaz à effet de serre de 8 % d’ici 2012, en imposant des limites d’émissions aux industries à forte consommation en énergie, comme l’acier, le ciment et la production d’électricité.

Quelque 10 000 usines consommant énormément d’énergie en Europe – soit près de 40 % de l’ensemble des émissions de CO2 de l’UE – sont actuellement couvertes par ce système, qui leur permet de minimiser les coûts économiques des engagements de Kyoto en achetant ou vendant des permis de carbone entre eux.

Selon la Commission, le système a jusqu’ici été un succès, les dernières données officielles indiquant que les 15 Etats membres qui avaient à l’origine signé le protocole de Kyoto sont parvenus à réduire leurs émissions de CO2 de 2 % en 2005, comparé aux niveaux de 1990. De plus, les estimations montrent que, en se basant uniquement sur les politiques actuelles, ce chiffre devrait passer à 7,4 % d’ici 2012 – soit quasiment l’objectif de Kyoto.

Cependant, le système actuel expire en 2012 et la Commission estime que son successeur devra accélérer le processus de réduction pour atteindre l’objectif de 20 % d’ici 2020.

A lire aussi:

Autres articles:

Le 23 janvier, après des mois d’intenses discussions avec les Etats membres, les entreprises et les groupes écologistes, la Commission a dévoilé ses plans de réforme du système d’échange de quotas d’émission. 

Les principaux éléments de ce nouveau système, qui entrerait en vigueur en 2013 et serait applicable jusqu’en 2020, sont les suivants :

  • l’ensemble des émissions de l’industrie européenne sera limité à 21 % en 2020 par rapport au niveaux de 2005, soit un maximum de 1 720 millions de quotas. Pour atteindre cet objectif européen, qui remplace les 27 objectifs nationaux actuels, le nombre total de quotas d’émissions en circulation à la fin de 2012 sera augmenté de 1,74 % chaque année. 
  • Champ d’application : le système sera étendu à de nouveaux secteurs, notamment l’aviation, la pétrochimie, le secteur de l’ammoniaque et de l’aluminium, ainsi que deux nouveaux gaz (oxyde d’azote et perfluorocarbone). Ainsi, près de 50 % de l’ensemble des émissions européennes seraient couverts. Le transport routier et maritime reste exclu, même si le transport maritime pourrait être inclus à un stade ultérieur. L’agriculture et la sylviculture ne sont pas non plus intégrées dans le champ d’application de la directive, en raison de la difficulté à évaluer précisément les émissions de ces secteurs. 
  • Afin de parvenir, d’ici 2020, à une réduction moyenne de 10 % des émissions de gaz à effet de serre des secteurs non couverts par le système ETS, comme le transport, la construction, l’agriculture et les déchets, la Commission a fixé des objectifs nationaux en fonction du PIB de chaque pays. Les pays les plus riches doivent opérer des réductions plus importantes (jusqu’à 20 % pour le Danemark, l’Irlande et le Luxembourg), tandis que les pays plus pauvres (notamment le Portugal, ainsi que tous les pays ayant adhéré à l’UE après 2004, excepté Chypre) seront en fait autorisés à augmenter leurs émissions de gaz à effet de serre dans ces secteurs – respectivement jusqu’à 19 et 20 % pour la Roumanie et la Bulgarie – afin de prendre en compte les prévisions élevées de croissance de leur PIB. 
  • Les petites installations, émettant moins de 10 000 tonnes de CO2 par an, seront autorisées à sortir du système ETS, à condition de mettre en place d’autres mesures de réduction. 
  • Les émissions industrielles de gaz à effet de serre qui ne seront pas rejetées dans l’atmosphère grâce à l’utilisation des technologies dites de capture et de stockage de carbone (CSC) seront comptabilisées comme non émises dans le cadre du système européen d’échange de quotas d’émissions (EurActiv 16/11/07). 
  • Vente aux enchères : à ce jour, 90 % des quotas d’émissions sont accordés gratuitement aux installations industrielles. Cependant, la proposition prévoit une augmentation considérable des ventes aux enchères dès 2013. D’une manière générale, le texte estime que près de 60 % du nombre total de quotas seront vendus aux enchères en 2013. De plus, la vente aux enchères totale devrait être de rigueur dès 2013 pour le secteur de l’électricité, ce qui devrait conduire à une hausse des prix de l’électricité de 10 à 15 %. Dans d’autres secteurs, les quotas gratuits seront progressivement retirés sur une base annuelle entre 2013 et 2020. Néanmoins, certains secteurs à forte consommation d’énergie pourraient continuer d’obtenir gratuitement tous leurs quotas à long terme, si la Commission identifie un risque significatif de « fuite de carbone », c’est-à-dire un risque de délocalisation dans des pays tiers où les lois relatives à la protection du climat sont moins strictes. Les secteurs concernés par cette mesure n’ont cependant pas encore été déterminés. 
  • La méthode de distribution des quotas gratuits sera établie à un stade ultérieur par un groupe d’experts de la Commission (par la procédure de comitologie). Pourtant, d’après la Commission, les règles pourraient spécifier que l’allocation de quotas devrait reposer sur certains repères, par exemple un certain nombre de quotas en fonction de la production historique. Ces règles récompensent les opérateurs ayant pris des mesures précoces pour réduire les gaz à effet de serre, reflètent mieux le principe du pollueur-payeur et encouragent davantage à réduire les émissions, dans la mesure où les quotas ne dépendent plus des émissions historiques. 
  • Compétitivité : la directive souligne le fait que le risque de fuite de carbone (et donc la nécessité de mesures compensatoires pour les entreprises européennes) dépend de la conclusion ou non d’un accord international contraignant tous les pays à des mesures similaires de compensation du changement climatique. Cela renvoie donc toute décision sur d’éventuelles mesures de compensation à 2011, lorsque la Commission devra présenter une révision de la situation. Néanmoins, le texte ajoute que, si aucun pacte mondial n’est conclu d’ici là, une sorte de système de compensation du carbone sera introduit, soit sous la forme de quotas gratuits supplémentaires, soit en intégrant les producteurs étrangers de marchandises à forte empreinte carbone dans le système ETS pour avoir accès aux marchés européens. 
  • Flexibilité et pays tiers : dans l’hypothèse de la conclusion d’un accord mondial sur le changement climatique, les Etats membres seront toujours autorisés à atteindre leur objectif national en finançant des projets de réduction des émissions dans les pays hors de l’UE, même si l’usage de ces crédits sera limité à 3 % de l’ensemble des émissions des Etats membres en 2005, ou, en d’autres termes, à environ un quart de leurs efforts totaux de réduction.

Positions:

Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a justifié le fait que la directive ne nomme pas les secteurs qui continueront à recevoir des certificats gratuitement en déclarant qu’à ce stade, il était impossible de dresser une liste précise des industries qui seraient concernées par le phénomène de fuite du carbone. Il a expliqué que la Commission avait donc établi des critères pour déterminer, à un stade plus avancé, quels secteurs seraient précisément concernés.

Il a néanmoins souligné que l’UE prendrait des mesures s’il s’avère nécessaire de maintenir la compétitivité entre les entreprises européennes. Selon lui, il existe clairement certains secteurs pour lesquels le coût de la réduction des émissions pourrait avoir de réelles répercussions sur la compétitivité par rapport aux entreprises des pays qui ne prennent aucune mesure. Il est inutile que l’Europe soit forte si cela implique des délocalisations dans des pays qui accordent gratuitement et à tous des certificats d’émissions. Il a ajouté qu’un accord international était le meilleur moyen de lutter contre ce phénomène, mais qu’en l’absence d’accord, il faudrait examiner d’autres options, comme exiger des importateurs qu’ils obtiennent des certificats de la même manière que leurs concurrents européens, si un tel système est compatible avec les exigences de l’OMC.

Le commissaire à l’Energie Andris Piebalgs a ajouté que la Commission ferait tout son possible pour éviter d’avoir à recourir à une telle législation, mais que si le bon sens ne l’emporte pas en 2011, il faudrait évaluer la situation et déterminer si les industries européennes à forte consommation d’énergie seraient indemnisées pour compenser l’absence de mesure de lutte contre le changement climatique dans d’autres pays.

L’industrie est déçue par l’attitude de la Commission qui n’a pas décidé quel secteur bénéficierait de ces certificats gratuits et quelles mesures seraient adoptées pour protéger les entreprises européennes de la concurrence des pays tiers ayant une législation sur le climat moins exigeante.

Folker Franz, haut conseiller en affaires industrielles et en environnement pour l’organisation européenne des employeurs BusinessEurope, déplore que ces mesures n’assurent aucune prédictibilité, ni sécurité pour les entreprises.

Les associations écologistes ont critiqué le fait que les plans pour le nouveau système se basent uniquement sur un objectif de réduction de 20 %, plutôt que 30 %. Le WWF estime que l’Union européenne devrait prévoir des mesures pour le succès, et non l’échec, des négociations internationales destinées à réduire la pollution climatique. Selon l’organisation, l’objectif de 20 % n’est même pas conforme au dernier accord de Bali, selon lequel les pays développés devraient réduire les émissions de 25 à 40 % d’ici 2020. Le Dr Stephan Singer, responsable du département européen Energie et climat au WWF, estime que, dans l’ensemble, s’attaquer à une menace qui pourrait provoquer la fonte de l’Arctique et le déplacement de millions de personnes dans les pays en développement en raison des inondations de plus en plus fréquentes n’est pas un effort considérable.

Prochaines étapes:

  • 23 janv. 2008 : la Commission a dévoilé sa proposition sur le système européen d’échange d’émission pour l’après 2013. La proposition va maintenant être transmise au Conseil et au Parlement européen. 
  • 1er semestre 2009 : date prévue pour l’adoption de la législation.
  • 2010 : la Commission doit déterminer quelles sont les industries à forte consommation d’énergie menacées par la de fuite de carbone et qui devraient recevoir gratuitement jusqu’à 100 % de leurs certificats.
  • 2011 : à la lumière de la conclusion des négociations internationales, la Commission doit déterminer si elle met en place un système de compensation du carbone pour empêcher les répercussions négatives des importations provenant de pays ayant une législation moins stricte sur le climat.

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