Le monde se porte encore moins bien que ce qu’a pu prédire le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), a indiqué Johan Rockström, directeur exécutif du Stockholm Environment Institute lors d’une conférence sur le changement climatique qui a eu lieu hier 11 novembre à Bruxelles.
Les océans, les forêts et d’autres systèmes naturels perdent leur capacité à absorber le CO2, selon M. Rockström. Nous ne pouvons pas exclure des points de basculement désastreux même aujourd’hui, a-t-il prévenu.
Les commentaires de M. Rockström ont été appuyés par Lord Nicholas Stern, professeur à la London School of Economics et auteur du Rapport Stern de 2006, une étude cruciale dans laquelle il a calculé les coûts de l’inaction en matière de changement climatique en termes de réduction de PIB (EurActiv 31/10/06).
Nous sous-estimons les coûts de l’inaction parce que les émissions augmentent plus que nous ne l’avions pensé et la planète se dégrade plus vite, a admis M. Stern au cours de la conférence.
Les conférenciers se sont mis d’accord sur le fait que l’UE, qui a fixé un objectif de 20 % de réduction du CO2 d’ici 2020, ne peut pas se permettre de faire marche arrière par rapport à ses engagements. Certains participants ont exprimé leur préoccupation quant au fait que quelques nouveaux Etats membres de l’UE et l’Italie bloquent l’accord sur le paquet énergie et climat de l’UE parce qu’ils ont peur que les mesures vont s’avérer trop coûteuses pour leur industries nationales.
Mais même si un accord est conclu et que les pays de l’UE ainsi que d’autres pays développés sont d’accord de réduire sensiblement leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), les spécialistes admettent généralement que le fardeau des futures réductions d’émissions de GHG sera porté par les Etats se développant rapidement comme la Chine et l’Inde, qui dépendent fortement du charbon pour la production d’électricité.
La Chine indique qu’elle tient à réduire ses propres émissions et à contribuer à un accord international pour répondre au changement climatique. Mais la coopération de Pékin dépend de transferts financiers et technologiques de la part des Etats développés. Des appels à de tels transferts ont été répétés lors d’une conférence organisée du 7 au 9 novembre à Pékin par le Premier ministre chinois Wen Jiabao, qui estime que les pays riches devraient abandonner leurs modes de vie non durables et aider davantage les nations pauvres à s’adapter aux effets du changement climatique.
La crise financière mondiale et les craintes d’une récession économique sévère suscitent des doutes quant aux modalités de transfert de fonds et de technologies propres à large échelle à destination des pays en développement. Des taxes sur les transactions financières internationales et des restrictions sur les paradis fiscaux pourraient débloquer l’argent nécessaire. C’est ce que Franz Josef Radermacher, de l’Université allemande d’Ulm, a déclaré lors de la conférence.
M. Stern et d’autres participants à la conférence – notamment l’ancien commissaire européen à l’Agriculture Franz Fischler –, espèrent que la nouvelle administration américaine du président élu Barack Obama fera la différence en assumant le leadership nécessaire à décrocher un accord international pour remplacer le protocole de Kyoto. Cependant, certains experts avertissent que le soutien américain à l’accord est incertain car il dépend de plusieurs facteurs, notamment la coopération de la Chine (EurActiv 31/10/08).



