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L’UE fait pression sur les pays en développement pour qu’ils réduisent leurs émissions [FR][en][de

Publié: jeudi 29 janvier 2009   

Hier (28 janvier), la Commission européenne a présenté des propositions pour un  accord international visant à remplacer le protocole de Kyoto sur le changement climatique. Elle a en outre appelé les pays se développant rapidement, comme la Chine et l’Inde, de prendre leurs responsabilités quant à la réduction des gaz à effet de serre.

Contexte:

En décembre prochain, à Copenhague, la communauté internationale devra se mettre d’accord sur un nouvel accord international sur le climat en remplacement du protocole de Kyoto, lequel arrive à échéance en 2012.

Un certain nombre de fondations ont été mises en place lors de la conférence de l’ONU à Poznań en décembre dernier, ouvrant la voie à des négociations difficiles qui doivent avoir lieu en 2009. Des propositions concrètes devraient être présentées en février et un document de négociation devrait être mis en avant d’ici au mois de juin. 

Une proposition de la Commission européenne, présenté hier (28 janvier), devra être approuvée par les chefs d’Etats et de gouvernements lors du prochain sommet du mois de mars. La stratégie propose un investissement global de près 175 milliards d’euros par an d’ici à 2020, ce qui représente plus de la moitié du montant qui doit être dépensé dans les pays en développement (EurActiv 26/01/09).

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Présentant la propositionexternal à Bruxelles, le commissaire européen à l’Environnement, Stavros Dimas, a clairement indiqué que le majeure partie du financement destiné aux pays en développement devra provenir du secteur privé ainsi que du marché du carbone. 

Pas d’argent, pas d’accord, a indiqué M. Dimas, ajoutant que la Commission a tout à fait conscience que les chances de conclure un accord international dépend largement des responsabilités communes, mais différenciées, des pays dans la lutte contre le changement climatique. 

Selon l’exécutif européen, l’action des économies développées de l’OCDE de suffira pas en elle-même, étant donné que les émissions des pays en développement augmentent rapidement et menacent de l’emporter sur leurs efforts. 

Selon l’UE,  les pays en développement, notamment la Chine et l’Inde, à l’exception toutefois des pays les moins développés de l’Afrique, devraient par conséquent ralentir l’augmentation de leurs émissions de 15 à 30 % d’ici à 2020 par rapport aux niveaux habituels. 

M. Dimas propose que les pays en développement adoptent de vastes stratégies à faibles émissions de CO2 en utilisant des ressources nationales et en réglementant. Ces mesures pourraient stimuler progressivement les investissements du secteur privé dans le domaine des technologies propres. Les financements publics seront fournis par la communauté internationale pour couvrir les investissements qui ne peuvent pas être financés par le biais des ressources nationales, a expliqué la Commission. 

Vers un marché du carbone à l’échelle de l’OCDE ?

Selon la Commission, les pays développés doivent continuer de montrer l’exemple et de réduire leurs émissions de 30 % d’ici à 2020 par rapport aux niveaux de 1990. Alors que l’Australie et la Nouvelle-Zélande adoptent des systèmes de plafonnement et que les Etats-Unis tiennent à élaborer un système national similaire, l’UE propose de construire un marché du carbone à l’échelle de l’OCDE. Au fur et à mesure, le système pourrait être élargi aux pays en développement. Nous devrions aller de l’avant avec un accord, que les Etats-Unis ait ou non un système de plafonnement d’ici à Copenhague, a indiqué M. Dimas.

Positions:

Les eurodéputés ont salué dans l’ensemble l’initiative de la Commission. Le président du Parlement européenHans Gert Pöttering (PPE-DE), a réservé un bon accueil aux propositions. Le document stratégique d’aujourd’hui est une étape importante qui vise également à associer nos partenaires internationaux, a relevé le président du Parlement, soulignant que la lutte contre le changement climatique ne sera couronnée de succès que si les principaux pays industrialisés, notamment les Etats-Unis, la Chine et l’Inde, et les pays en développement travaillent main dans la main. M. Pöttering considère qu’il s’agit d’un signe supplémentaire qui montre à quel point la question est sérieuse pour l’Union européenne. 

Selon le porte-parole en charge de l’environnement pour les conservateurs britanniques, l’eurodéputé John Bowis, l’Europe dispose d’une opportunité sans précédent d’obtenir un accord international ambitieux sur la réduction des émissions.

La Commission européenne a raison, selon lui, de souligner qu’un marché du carbone fonctionnant à plein doit être élargi aux autres pays pour être pleinement efficace. M. Bowis soutient que les dirigeants européens devraient former un front uni pour que l’administration Obama commence à agir. Pour lui, la bataille des mots entre l’Europe et les Etats-Unis sur le changement climatique est désormais terminée ; la bataille pour la planète doit maintenant commencer.

Selon Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti des socialistes européens, l’Europe doit saisir l’opportunité qu’offre le changement d’attitude aux Etats-Unis à l’égard du réchauffement climatique, et travailler en lien étroit avec les Etats-Unis, afin d’obtenir le meilleur accord international possible. Bien sûr, il ne s’agit pas seulement de parler avec l’administration Obama, a-t-il indiqué, soulignant que les récentes déclarations du président sur le changement climatique peuvent néanmoins donner un véritable élan aux préparatifs de Copenhague. Selon lui, l’Europe doit soutenir cet élan et cet optimisme.

M. Rasmussen admet que la proposition constituait un bon début. Il estime qu’il est vital qu’elle ne soit pas assouplie dans les semaines et les mois à venir par les conservateurs qui tentent habituellement de retarder et d’ébranler les meilleures normes sociales et environnementales. Nous avons besoin d’élaborer une vision et nous devons également être déterminés à servir les intérêts des personnes et de la planète, et non faire pression au nom de telle ou telle industrie, a-t-il déclaré. 

Les verts ont été plus critiques, déclarant que la proposition de la Commission laissait des vides fondamentaux dans le puzzle mondial du climat. Ils ont déclaré que l’UE devrait s’efforcer de conclure un accord international ambitieux sur la réduction des émissions des pays industrialisés, c'est-à-dire une réduction collective et nationale de 40-45 % d’ici à 2020 basée sur les niveaux de 1990. Ils ajoutent que l’UE et les autres pays développés doivent s’engager à financer au moins la moitié des efforts de réduction qui devront être effectués par les pays en développement. A cet égard, ils regrettent que la communication de la Commission ne fixe pas de vision ambitieuse et ne fasse que remanier des objectifs existants.

Les ONG environnementales et de développement ont vivement critiqué l’exécutif européen pour n’avoir pas su prendre le leadership et se montrer ambitieux en présentant des moyens financiers pour aider les pays en développement à élaborer une réponse adaptée au changement climatique, et enfin, pour n’avoir pas réussi à préparer le terrain pour des négociations réussies à Copenhague. 

Il y a quelques bonnes idées mais la Commission européenne revoit ses ambitions à la baisse à un moment où le monde devrait intensifier ses efforts pour endiguer le changement climatique, a indiqué Tom Sharman, chef de la section changement climatique chez Action Aid. La Commission européenne propose de vagues engagements pour des fonds publics supplémentaires mais ne donne pas de chiffres, poursuit-il. 

A moins que les pays en développement ne « voient l’argent sur la table », il y a un réel danger qu’ils finissent simplement par fuir, selon Elise Ford d’Oxfam. Elle soutient que la Commission cède à l’opposition présumée des Etats membres à fournir des fonds en temps de sévère récession. 

Les ONG se sont plaintes que les chiffres du financement, contenus dans les précédents projets de la Commission, aient été retirés. Selon un projet publié lundi par EurActivPdf lundi (26 janvier), la Commission prévoyait de dépenser 30 milliards d’euros par an dans les pays en développement d’ici à 2020.

Des engagements financiers concrets sont nécessaires pour établir la confiance et pour planifier soigneusement les options de migration et d’adaptation dans les pays en développement, selon Joris den Blanken, directeur des politiques en matière d’énergie et de climat de Greenpeace Europe. Il ajoute que les pays industrialisés doivent s’engager au moins à hauteur de 110 milliards d’euros annuels de fonds publics avant 2020 pour l’énergie propre, la protection de la forêt et l’adaptation. 

Au cours des prochains mois, les dirigeants européens doivent sérieusement s’atteler à la tâche de trouver les fonds qui permettront de conclure un accord a indiqué Tom Sharman d’Action Aid. Ainsi, il sera possible de lutter ensemble contre la pauvreté et le changement climatique, a-t-il ajouté. 

Le fait que l’Europe n’a pas réussi à adopter de position sur la question financière est la raison principale pour laquelle les négociations climatiques de l’année précédente ont abouti à une impasse, a indiqué M. Sharman. Selon lui, les propositions de la Commission diminuent la position de l’Europe plutôt qu’elles ne la renforcent. 

L’Europe doit arrêter d’anticiper ce que le reste du monde sera susceptible de faire et se concentrer sur ce que l’Europe devrait faire si elle souhaite regagner sa réputation de meneuse dans la lutte contre le changement climatique, a indiqué Kim Carstensen, directrice de l’initiative du WWF « New Global Deal on Climate ».

Prochaines étapes:

  • 19-20 mars : le sommet de l’UE doit discuter de la proposition de la Commission. 

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