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L’UE regarde au-delà du « faible » accord climatique de Copenhague [FR]

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Publié 19 décembre 2009, mis à jour 14 décembre 2012

Après deux semaines de discussions intenses, les dirigeants mondiaux ont rendu un accord à Copenhague qui laisse les européens insatisfaits car il échoue à engager les pays riches et pauvres à une quelconque réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Un reportage d’EurActiv depuis la capitale danoise.

L’ « accord qui sauve la face », surnom de « l’accord de Copenhague », a échoué à parvenir à un texte contraignant sur la lutte contre le changement climatique, que les européens attendaient avant l’ouverture de la conférence des Nations unies.

Le texte qui a résulté des discussions, conclu le 19 décembre en fin de matinée après des heures de négociations, dispose que de fortes réductions d’émissions seront exigées et que les pays devront agir pour maintenir la baisse des températures mondiales en dessous de 2 degrés Celsius.

Mais le texte final ne fait pas part d’une vision à long terme sur les réductions d’émissions pour 2050 ou à moyen terme pour 2020.

S’exprimant depuis Copenhague, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a dit que l’accord étant bien en dessous des objectifs de l’UE. Je ne cacherai pas ma déception, a-t-il affirmé.

La chancelière allemande Angela Merkel a rebondi sur ses propos, et déclaré : le chemin vers un nouvel accord sera encore très long.

Elle a ajouté que l’accord n’était pas assez ambitieux pour que l’UE augmente son engagement de réduire les émissions de carbone de 20 à 30 % d’ici 2020.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a fait bonne figure, saluant l’accord et le qualifiant de début indispensable. Beaucoup diront qu’il manque d’ambition, a-t-il affirmé. Néanmoins, vous êtes parvenus à faire beaucoup, a-t-il dit aux délégués.

L’accord de Copenhague est basé sur une proposition émise par un groupe de cinq nations mené par les Etats-Unis, qui inclut la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, que le président Barack Obama qualifie de « significatif ».

Les négociations de ce groupe fermé ont déclenché des protestations de la part des représentants qui se sont sentis exclus du processus et n’étaient pas d’accord avec la lecture du document. L’accord, ont-ils déclaré, ne va pas suffisamment loin dans la réduction des gaz à effet de serre qui sont la cause du réchauffement planétaire.

Les objectifs de réduction d’émissions sur la touche

Jusqu’aux dernières heures de la conférence, les pays sont restés sur leurs positions initiales. La Chine et l’Inde ont refusé de s’engager à contribuer aux efforts de réduction du réchauffement planétaire de 50 % d’ici 2050, alors que certains pays pauvres – en particulier ceux qui sont les plus vulnérables au changement climatique comme les petits pays insulaires- ont fait pression pour limiter l’augmentation des températures globales à 2 degrés Celsius, préconisant un plafond à 1,5 degré.

Leurs opinions vont de pair avec les propres contraintes du président des Etats-Unis Barack Obama. Tiraillé par les conflits internes sur la note climatique à payer au Sénat américain, M. Obama n’est pas parvenu à proposer des objectifs plus ambitieux et a réitéré sa proposition initiale de réduire les émissions de 17 % par rapport à 2005 d’ici 2020, une réduction de 4 % environ par rapport aux niveaux de 1990 (voir le Linksdossier  d’EurActiv).

La Chine et les Etats-Unis sont les principaux responsables du faible résultat de la conférence de Copenhague. Les Etats-Unis ont échoué à adapter leurs objectifs aux besoins mondiaux. La Chine a refusé de signer un traité contenant des obligations internationales, a dit l’eurodéputé socialiste allemand Jo Leinen, qui a présidé la délégation du Parlement européen à Copenhague.

Livraison du financement climatique

L’accord engage les pays développés à procurer un financement nouveau et additionnel qui s’élève à 30 milliards de dollars pour la période 2010-2012 dans le but d’aider les nations pauvres à lutter contre le réchauffement planétaire.

Le soit disant argent à « démarrage rapide » sera alloué aux pays pauvres qui ont besoin de s’adapter au changement climatique, mais servira également à réduire leurs émissions et se diriger vers la voie du développement pauvre en carbone. Le financement à court terme servira aussi à empêcher la déforestation.

Les pays développés se sont également accordés pour établir un objectif de mobilisation ensemble de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour aider à combler les besoins des pays en développement.

L’accord était basé sur l’annonce, le 17 décembre, selon laquelle les Etats-Unis contribueraient au financement à hauteur de 100 milliards de dollars par an (69,8 milliards d’euros) jusqu’à 2020 pour aider les pays les plus pauvres à combattre le changement climatique et adopter des technologies plus propres.

Contrôle des actions d’atténuation

Cependant, M. Obama a mis l’accent sur le fait que l’aide serait soumise à la condition que soient imposés un contrôle, un rapport et une surveillance des exigences de la Chine et d’autres grands pays en développement sur leurs réductions d’émissions. La Chine a refusé une telle demande, la considérant comme intrusive et violatrice de sa souveraineté (EurActiv 18/12/09).

L’accord final prend en compte ces tensions et prévoit que les actions d’atténuations effectuées par les pays en développement seront soumises à des mesures et systèmes de vérification internes.

Mais il prévoit également que les actions qui nécessitent un soutien financier international seront contrôlées par des instruments internationaux.

La lutte contre la déforestation obtient le feu vert

S’il y a un point sur lequel tous les pays ont été d’accord, c’est l’importance cruciale de mettre fin à la déforestation car elle est responsable à 15 % des émissions qui réchauffent la planète.

Cet accord appelle à dynamiser les actions dans le domaine de la mobilisation des ressources financières des pays développés.

Dans l’accord, un fonds appelé le « Copenhagen Green Climate Fund » a également été proposé. L’argent sera acheminé par ce fonds pour soutenir différentes initiatives d’adaptation, de réduction d’émissions et de développement technologique. Un mécanisme sera également mis en place pour intensifier les transferts technologiques entre les pays développés et les pays en développement.

La gouvernance internationale : grande perdante

Cependant, l’absence d’accord contraignant à Copenhague a endommagé la crédibilité des Nations unies et sapé sa légitimité sur la lutte contre le changement climatique, consacrée par le traité sur le climat de 1992.

La Convention des Nations unies sur le climat est l’accord phare du réchauffement planétaire et ses résultats doivent être négociés entre toutes les parties. Mais l’accord final a été présenté sur une base « à prendre ou à laisser » par un petit groupe d’acteurs puissants aux autres dirigeants du monde. On peut désormais se demander si la convention des Nations unies pourra se redonner une valeur nouvelle alors qu’elle essaie de retomber sur ses pieds.

Et après ?

L’accord prévoit une date limite fin janvier 2010 pour que toutes les nations soumettent leurs projets de réductions d’émissions aux Nations unies. Un texte séparé propose une date limite fin 2010 pour faire un bilan, mais a laissé tomber l’idée d’insister sur un accord légalement contraignant.

Réactions : 

J’aurais aimé en avoir plus. Cela ne va pas résoudre la menace du changement climatique. Mais c’est un premier pas, un pas important, a dit le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt lors d’une conférence de presse vendredi 18 décembre au soir.

Ce que nous voulions lorsque nous sommes venus à Copenhague  c’était nous sortir de l’impasse. Nous devons faire quelque chose ou nous n’arriverons à rien. Et maintenant nous avons vu que les pays font des efforts et définissent des objectifs. Même les pays qui ont dit qu’ils ne prendraient pas d’engagements ont présenté des chiffres, a dit M. Reinfeldt, qui était à la tête de la présidence tournante de l’UE.

Ed Miliband, ministre britannique du Climat, a dit que c’était un premier pas important. Il s’agit d’un moment considérable car il signifie que les pays développés et en développement vont tous accepter l’idée selon laquelle ils devront dire ce qu’ils vont faire en termes de réductions d’émissions de carbone, a-t-il dit à Sky Television. Gordon Brown, premier ministre britannique, a dit : nous avons fait un premier pas. Ce dont nous avons besoin pour avancer rapidement est de s’assurer qu’il y aura un résultat légalement contraignant.

Les délégués du Parlement européen à Copenhague ont qualifié l’accord de « faible » et de « très grande déception ». L’eurodéputé Jo Leinen (S&D, Allemagne), président du comité du parlement sur l’environnement, a dit que le document manquait d’une vision à long terme pour 2050, et n’avait pas non plus d’objectif à moyen terme pour 2020. M. Leinen a mis la responsabilité de cet accord faible sur la Chine et les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont échoué à adapter leurs objectifs de réductions aux besoins du monde, a-t-il dit. La Chine a refusé de signer un traité ayant des contraintes internationales, a-t-il déclaré, ajoutant que la conférence de Copenhague démontrait que la méthode des conférences des Nations unies était extrêmement insatisfaisante et inefficace. Une profonde réforme du processus de prise de décisions dans le cadre des Nations unies est indispensable et urgente.

BusinessEurope, la confédération d’entreprises européennes représentant plus de 20 millions de petites, moyennes et grandes entreprises, a dit être déçue par le résultat médiocre du sommet climatique de Copenhague.

L’accord de Copenhague, selon BusinessEurope, n’a pas donné d’espoir à la perspective d’un réel pied d’égalité à l’avenir pour les entreprises européennes qui sont tenues de réduire leurs émissions en vertu du  système communautaire d'échange de quotas d'émission, alors que d’autres entreprises de pays à faibles revenus tels que la Chine et l’Inde ne sont pas soumises à de telles obligations. Nous regrettons véritablement que nos principaux partenaires économiques aient simplement répété leurs engagements de limitation d’émissions, a dit le groupe, ajoutant que le risque de délocalisation des usines en dehors de l’Europe -fuite du carbone- était aussi élevé qu’avant Copenhague.

Businesseurope n’a cependant pas perdu l’espoir que tous les pays parviennent à un accord légalement contraignant en 2010.

L’accord de Copenhague, selon la confédération, doit maintenant mener rapidement à un accord légalement contraignant car les entreprises ont besoin de prévoir pour développer les nouvelles solutions vertes dont va dépendre la future économie pauvre en carbone.

Jason Anderson, Responsable du WWF  des politiques sur l'énergie et le climat, a dit que l’accord de Copenhague ne représentait rien de plus qu’une déclaration d’intention qui actuellement ne lie personne et échoue à garantir un climat sain pour les futures générations. Dans sa forme actuelle, cet accord faible ne permettra pas de maintenir le réchauffement climatique au-dessous du dangereux niveau de 2 degrés Celsius, a dit M. Anderson.

Cependant, il a déclaré que la partie n’était pas encore finie. Alors que certaines personnes pensent que tout est terminé, cet accord est loin d’être conclu. Alors que les déclarations actuelles des Etats-Unis et d’autres grands blocs de négociation sont très décevantes, les pays industrialisés ont jusqu’à février pour s’engager à réduire leurs émissions. Il est indispensable qu’ils saisissent cette opportunité pour accroître leurs ambitions.

Les gouvernements doivent également agir de toute urgence pour mettre en place un agenda clair pour déterminer à quel moment un accord légalement contraignant sera trouvé -le monde attend toujours le leadership dont il a besoin-, a dit M. Anderson. Les dirigeants de l’UE devraient changer de stratégie et élever les objectifs de réduction des gaz à effet de serre à 30 % d’ici 2020, soit plus de 20 % qu’actuellement.

Le résultat médiocre des négociations montre que la décision de l’Europe de conditionner son engagement à l’action des autres est une stratégie vouée à l’échec. Il en résulte que non seulement l’accord de Copenhague est vide, mais les ambitions de réductions de l’UE restent bloquées à 20 %, c'est-à-dire beaucoup moins que ce qui est nécessaire, envisageable et financièrement raisonnable.

Time Gore, spécialiste des politiques sur le changement climatique chez Oxfam, a dit que les dirigeants de l’UE avaient été exclus de l’accord à Copenhague. L’UE avait une réelle influence à exercer à Copenhague, mais elle a laissé les Etats-Unis et la Chine dominer la partie.

D’après M. Gore, l’UE aurait du proposer un financement à long terme dans le but de parvenir à un accord. Les dirigeants de l’UE auraient du attendre le dernier soir à Copenhague avant de jouer cette carte– s’ils s’étaient comportés ainsi, ils auraient peut-être fait basculer la partie et le résultat. 

Pour M. Gore, l’UE devrait continuer sa course unilatéralement et même augmenter ses objectifs de réduction. Pour faire les choses correctement l’an prochain, ils devraient se préparer à édicter une loi qui aurait un objectif de réduction des émissions à hauteur de 40 %, et garantir que l’argent qu’ils se sont engagés à donner aux pays pauvres ne déroge pas aux exigences demandées par l’aide, a-t-il dit.

Caritas, une alliance d’agences d’aide et de développement, a dit que l’accord de Copenhague était un accord faible et moralement répréhensible qui conduira à un véritable désastre pour des millions de gens dans les pays pauvres. Alors que les pays font part de leur volonté de continuer à travailler sur la question, il a dit que l’accord proposé ne déterminait aucune date pour conclure un traité ambitieux et légalement contraignant dans les mois à venir.

Contexte : 

Les gouvernements de 192 pays ont tenté d’élaborer un successeur au protocole de Kyoto à Copenhague. En parallèle, les scientifiques sont de plus en plus alarmistes quant au fait que le changement climatique pourrait se concrétiser plus rapidement que prévu. 

Au final, il en résulte un accord politique conclu entre un petit groupe de chefs d’Etat et de gouvernements, dont les avis sur les résultats des négociations sont mitigés.

Le plus grand défi était de trouver un moyen de partager les réductions d’émissions mondiales entre les pays qui se développent rapidement, comme la Chine et l’Inde, et les régions plus industrialisées, comme les Etats-Unis et l’Europe, qui sont responsables de la majeure partie des émissions de CO2.

Relayer ces opinions était tout sauf facile, car les décisions de la Conférence des Parties à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques devaient être prises à l’unanimité.

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