L’ « accord qui sauve la face », surnom de « l’accord de Copenhague », a échoué à parvenir à un texte contraignant sur la lutte contre le changement climatique, que les européens attendaient avant l’ouverture de la conférence des Nations unies.
Le texte qui a résulté des discussions, conclu le 19 décembre en fin de matinée après des heures de négociations, dispose que de fortes réductions d’émissions seront exigées et que les pays devront agir pour maintenir la baisse des températures mondiales en dessous de 2 degrés Celsius.
Mais le texte final ne fait pas part d’une vision à long terme sur les réductions d’émissions pour 2050 ou à moyen terme pour 2020.
S’exprimant depuis Copenhague, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a dit que l’accord étant bien en dessous des objectifs de l’UE. Je ne cacherai pas ma déception, a-t-il affirmé.
La chancelière allemande Angela Merkel a rebondi sur ses propos, et déclaré : le chemin vers un nouvel accord sera encore très long.
Elle a ajouté que l’accord n’était pas assez ambitieux pour que l’UE augmente son engagement de réduire les émissions de carbone de 20 à 30 % d’ici 2020.
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a fait bonne figure, saluant l’accord et le qualifiant de début indispensable. Beaucoup diront qu’il manque d’ambition, a-t-il affirmé. Néanmoins, vous êtes parvenus à faire beaucoup, a-t-il dit aux délégués.
L’accord de Copenhague est basé sur une proposition émise par un groupe de cinq nations mené par les Etats-Unis, qui inclut la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, que le président Barack Obama qualifie de « significatif ».
Les négociations de ce groupe fermé ont déclenché des protestations de la part des représentants qui se sont sentis exclus du processus et n’étaient pas d’accord avec la lecture du document. L’accord, ont-ils déclaré, ne va pas suffisamment loin dans la réduction des gaz à effet de serre qui sont la cause du réchauffement planétaire.
Les objectifs de réduction d’émissions sur la touche
Jusqu’aux dernières heures de la conférence, les pays sont restés sur leurs positions initiales. La Chine et l’Inde ont refusé de s’engager à contribuer aux efforts de réduction du réchauffement planétaire de 50 % d’ici 2050, alors que certains pays pauvres – en particulier ceux qui sont les plus vulnérables au changement climatique comme les petits pays insulaires- ont fait pression pour limiter l’augmentation des températures globales à 2 degrés Celsius, préconisant un plafond à 1,5 degré.
Leurs opinions vont de pair avec les propres contraintes du président des Etats-Unis Barack Obama. Tiraillé par les conflits internes sur la note climatique à payer au Sénat américain, M. Obama n’est pas parvenu à proposer des objectifs plus ambitieux et a réitéré sa proposition initiale de réduire les émissions de 17 % par rapport à 2005 d’ici 2020, une réduction de 4 % environ par rapport aux niveaux de 1990 (voir le Linksdossier d’EurActiv).
La Chine et les Etats-Unis sont les principaux responsables du faible résultat de la conférence de Copenhague. Les Etats-Unis ont échoué à adapter leurs objectifs aux besoins mondiaux. La Chine a refusé de signer un traité contenant des obligations internationales, a dit l’eurodéputé socialiste allemand Jo Leinen, qui a présidé la délégation du Parlement européen à Copenhague.
Livraison du financement climatique
L’accord engage les pays développés à procurer un financement nouveau et additionnel qui s’élève à 30 milliards de dollars pour la période 2010-2012 dans le but d’aider les nations pauvres à lutter contre le réchauffement planétaire.
Le soit disant argent à « démarrage rapide » sera alloué aux pays pauvres qui ont besoin de s’adapter au changement climatique, mais servira également à réduire leurs émissions et se diriger vers la voie du développement pauvre en carbone. Le financement à court terme servira aussi à empêcher la déforestation.
Les pays développés se sont également accordés pour établir un objectif de mobilisation ensemble de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour aider à combler les besoins des pays en développement.
L’accord était basé sur l’annonce, le 17 décembre, selon laquelle les Etats-Unis contribueraient au financement à hauteur de 100 milliards de dollars par an (69,8 milliards d’euros) jusqu’à 2020 pour aider les pays les plus pauvres à combattre le changement climatique et adopter des technologies plus propres.
Contrôle des actions d’atténuation
Cependant, M. Obama a mis l’accent sur le fait que l’aide serait soumise à la condition que soient imposés un contrôle, un rapport et une surveillance des exigences de la Chine et d’autres grands pays en développement sur leurs réductions d’émissions. La Chine a refusé une telle demande, la considérant comme intrusive et violatrice de sa souveraineté (EurActiv 18/12/09).
L’accord final prend en compte ces tensions et prévoit que les actions d’atténuations effectuées par les pays en développement seront soumises à des mesures et systèmes de vérification internes.
Mais il prévoit également que les actions qui nécessitent un soutien financier international seront contrôlées par des instruments internationaux.
La lutte contre la déforestation obtient le feu vert
S’il y a un point sur lequel tous les pays ont été d’accord, c’est l’importance cruciale de mettre fin à la déforestation car elle est responsable à 15 % des émissions qui réchauffent la planète.
Cet accord appelle à dynamiser les actions dans le domaine de la mobilisation des ressources financières des pays développés.
Dans l’accord, un fonds appelé le « Copenhagen Green Climate Fund » a également été proposé. L’argent sera acheminé par ce fonds pour soutenir différentes initiatives d’adaptation, de réduction d’émissions et de développement technologique. Un mécanisme sera également mis en place pour intensifier les transferts technologiques entre les pays développés et les pays en développement.
La gouvernance internationale : grande perdante
Cependant, l’absence d’accord contraignant à Copenhague a endommagé la crédibilité des Nations unies et sapé sa légitimité sur la lutte contre le changement climatique, consacrée par le traité sur le climat de 1992.
La Convention des Nations unies sur le climat est l’accord phare du réchauffement planétaire et ses résultats doivent être négociés entre toutes les parties. Mais l’accord final a été présenté sur une base « à prendre ou à laisser » par un petit groupe d’acteurs puissants aux autres dirigeants du monde. On peut désormais se demander si la convention des Nations unies pourra se redonner une valeur nouvelle alors qu’elle essaie de retomber sur ses pieds.
Et après ?
L’accord prévoit une date limite fin janvier 2010 pour que toutes les nations soumettent leurs projets de réductions d’émissions aux Nations unies. Un texte séparé propose une date limite fin 2010 pour faire un bilan, mais a laissé tomber l’idée d’insister sur un accord légalement contraignant.


