A l’approche de la conclusion des négociations qui auront duré deux semaines, vendredi (12 juin), le texte de l’accord a enflé jusqu’à atteindre des centaines de pages avec les multiples amendements ajoutés par toutes les parties. Par contre, aucun progrès n’a été constaté vers un accord sur le financement des efforts d’atténuation et d’adaptation climatique dans les pays en développement, reconnus comme un préalable pour tout accord à Copenhague en décembre prochain.
L’Union européenne a essuyé le feu des critiques pour avoir envoyé de mauvais signaux, alors que les ministres européens des Finances, lors de leur réunion du 9 juin, n’ont pas mis en avant de chiffres concrets mais ont simplement convenu de critères de partage du financement entre les pays développés (EurActiv 09/06/09). Les Etats-Unis ont également été critiqué pour leur manque de leadership.
Les USA sont restés très calmes cette fois-ci, selon Tim Gore, le conseiller d’Oxfam International sur le changement climatique, qui esquissait une comparaison avec le premier cycle de négociations, il y a deux mois. A cette époque, la communauté mondiale avait largement salué l’engagement de l’administration du Président Barack Obama, après des années d’inaction sous le Président Bush.
Il est loin d’être certain que les USA pourront faire adopter par le Congrès leur projet de loi sur le climat avant la fin de l’année, ce qui pourrait cimenter le mandat du gouvernement pour souscrire aux objectifs de réduction des émissions. Des inquiétudes se font jour : l’autorité américain tant attendue sur des engagements ambitieux de réduction des émissions se matérialisera-t-elle face aux réalités nationales?
En effet, les pays riches n’ont pas progressé vers un accord sur un objectif collectif de réduction des émissions. Ils ont fait l’objet de lourdes critiques, le dernier jour de la conférence de Bonn, quand quarante pays en développement du G-77 ont demandé spécifiquement un objectif de réduction des émissions à 40 % sous les niveaux de 1990 pour les pays industrialisés.
Ni la proposition européenne de 30 % dans le cas où d’autres pays développées s’engagent à des efforts comparables, ni l’objectif de revenir aux niveaux de 1990 du projet de loi américain sur le climat ne s’en approchent. De plus, la Russie, la Nouvelle Zélande, la Suisse, la Biélorussie, et l’Ukraine ont même refusé de définir un objectif initial.
Un objectif japonais « pathétique »
Le dévoilement tant attendu des objectifs japonais à moyen terme pour les réductions d’émissions s’est finalement révélé comme une des plus grandes déceptions des négociations. Le Premier ministre japonais, Taro Aso, a annoncé que son pays réduirait ses émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 15 % sous les niveaux de 2005, d’ici 2020. Cependant, cela ne signifie en réalité qu’une réduction de seulement 8 % par rapport aux niveaux de 1990.
En gros, c’était une gifle aux pays en développement qui ont appelé à une réduction de 40 % , a affirmé M. Gore.
M. Aso a cependant affirmé que l’objectif était ambitieux et a fait remarquer que le Japon était déjà l’économie la plus efficace sur le plan énergétique dans le monde.
Mais les observateurs ont rapidement remarqué que cet objectif dépassait à peine l’engagement de 6 % pris par le Japon sous le Protocole de Kyoto.
C’est une honte, et cela fait partir du mauvais pied les négociations ici à Bonn. La décision de M. Aso, influencée par les pollueurs plutôt que par le public, rend la tâche de conclure un bon accord encore plus difficile, a déclaré Kim Carstensen, qui dirige l’Initiative climatique du WWF.
L’UE s’est gardé de critiquer les engagements japonais médiocres, et a simplement « encouragé » Tokyo à prendre des mesures supplémentaires.
Les contributions de l’aviation et du transport maritime
Mais les observateurs ont remarqué que les discussions sur les mécanismes de financement avaient progressé, puisqu’un consensus semblait se bâtir autour d’une proposition mexicaine pour un fonds climatique. L’idée du fonds – auquel toutes les parties, y compris les pays développés et en développement, contribuent en fonction de leur PIB, leur population et leur niveau d’émissions – se révèle populaire grâce à son universalité.
La question des contributions des industries de l’aviation et du transport au financement du climat a été soulevée, alors qu’un groupe de pays en développement a proposé de prélever une taxe sur les tickets d’avion internationaux et sur le carburant utilisé dans le transport. Cela pourrait les aider à assumer les conséquences du changement climatique, ont-ils affirmé.
L’Australie a aussi proposé un mécanisme de plafonnemment des émissions dans les deux secteurs. Mais sans dire comment dépenser l’argent récolté via le mécanisme.
L’UE a inclus l’aviation dans son système d’échange d’émissions (EU ETS, voir le LinksDossier d’EurActiv), mais elle a attendu que l’Organisation maritime internationale présente un cadre pour les émissions liées au trafic maritime. Néanmoins, elle a promis de s’occuper toute seule des émissions maritimes au cas où l’OMI continue à traîner des pieds sur cette question, et la pression est maintenant derrière elle pour mettre tout son poids en faveur d’un cadre international à l’intérieur de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
Appel à une intervention de haut niveau
Alors que les discussions n’aboutissent qu’à très peu de résultats tangibles, les ONG ont commencé à appeler à une intervention au plus haut niveau politique.
Il est clair que beaucoup d’officiels gouvernementaux qui négocient à Bonn sont dans leur propre petite bulle, étanche à la fois aux inquiétudes du public et à la science climatique, a déclaré Martin Kaiser, le directeur des politiques climatiques chez Greenpeace International.
Les dirigeants mondiaux devraient prendre leurs responsabilités au G8 de juillet en Italie et commencer à se battre pour obtenir un résultat ambitieux à Copenhague, ont déclaré les groupes écologistes.



