Sections
Mini Sections
Etant tous deux la cibles de critiques, l’UE et les Etats-Unis se sont mis en retrait à la table des négociations lors du second cycle des négociations mondiales sur le climat à Bonn, tandis que le Japon choquait les pays en développement en annonçant un objectif « honteux » de réduction des émissions.
La communauté mondiale est en pleine négociation pour un nouveau traité sur le climat, qui devrait être signé à Copenhague en décembre (voir LinksDossier : « En route pour Copenhague »). Le traité doit remplacer le Protocole de Kyoto qui fixe des limites de gaz à effet de serre pour ses signataires jusqu’à 2012.
Au niveau européen, la Commission a présenté en janvier ses propositions qui doivent être approuvées par les 27 Etats membres de l’UE. Ces propositions ont exhorté les économies émergentes comme la Chine et l’Inde à prendre leur juste part de responsabilité en convenant de limiter la croissance de leurs émissions de 15 à 30 % sous les niveaux habituels, d’ici 2020 (EurActiv 29/01/09).
Les premières discussions sur la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à Bonn (29 mars – 8 avril) ont donné le départ des négociations pour un projet d’accord en vue de la conférence finale (EurActiv 09/04/09). Le projet de texte de négociation, en amont des négociations de Bonn de ce mois, a révélé une profonde division entre pays riches et pays pauvres.
Les nations en développement demandent à leurs homologues industrialisés de s’engager à des réductions de CO2 assez importantes et d’offrir une aide financière aux nations pauvres dans leurs efforts. Mais les pays développés ne se sont pas engagés fermement sur les financements, et seule l’UE s’est imposé un objectif ferme de réduction de CO2, qui ne satisfait pourtant pas les exigences des pays en développement (EurActiv 29/04/09).
Le second cycle de discussions globales sur le climat a eu lieu à Bonn le 1er juin avec l’adoption d’un texte de négociation (EurActiv 02/06/09). Le cycle de négociations continuera jusqu’au 12 juin, mais les observateurs ne s’attendent pas à de grands progrès sur la question du financement, qui reste le problème le plus controversé.
A l’approche de la conclusion des négociations qui auront duré deux semaines, vendredi (12 juin), le texte de l’accord a enflé jusqu’à atteindre des centaines de pages avec les multiples amendements ajoutés par toutes les parties. Par contre, aucun progrès n’a été constaté vers un accord sur le financement des efforts d’atténuation et d’adaptation climatique dans les pays en développement, reconnus comme un préalable pour tout accord à Copenhague en décembre prochain.
L’Union européenne a essuyé le feu des critiques pour avoir envoyé de mauvais signaux, alors que les ministres européens des Finances, lors de leur réunion du 9 juin, n’ont pas mis en avant de chiffres concrets mais ont simplement convenu de critères de partage du financement entre les pays développés (EurActiv 09/06/09). Les Etats-Unis ont également été critiqué pour leur manque de leadership.
Les USA sont restés très calmes cette fois-ci, selon Tim Gore, le conseiller d’Oxfam International sur le changement climatique, qui esquissait une comparaison avec le premier cycle de négociations, il y a deux mois. A cette époque, la communauté mondiale avait largement salué l’engagement de l’administration du Président Barack Obama, après des années d’inaction sous le Président Bush.
Il est loin d’être certain que les USA pourront faire adopter par le Congrès leur projet de loi sur le climat avant la fin de l’année, ce qui pourrait cimenter le mandat du gouvernement pour souscrire aux objectifs de réduction des émissions. Des inquiétudes se font jour : l’autorité américain tant attendue sur des engagements ambitieux de réduction des émissions se matérialisera-t-elle face aux réalités nationales?
En effet, les pays riches n’ont pas progressé vers un accord sur un objectif collectif de réduction des émissions. Ils ont fait l’objet de lourdes critiques, le dernier jour de la conférence de Bonn, quand quarante pays en développement du G-77 ont demandé spécifiquement un objectif de réduction des émissions à 40 % sous les niveaux de 1990 pour les pays industrialisés.
Ni la proposition européenne de 30 % dans le cas où d’autres pays développées s’engagent à des efforts comparables, ni l’objectif de revenir aux niveaux de 1990 du projet de loi américain sur le climat ne s’en approchent. De plus, la Russie, la Nouvelle Zélande, la Suisse, la Biélorussie, et l’Ukraine ont même refusé de définir un objectif initial.
Un objectif japonais « pathétique »
Le dévoilement tant attendu des objectifs japonais à moyen terme pour les réductions d’émissions s’est finalement révélé comme une des plus grandes déceptions des négociations. Le Premier ministre japonais, Taro Aso, a annoncé que son pays réduirait ses émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 15 % sous les niveaux de 2005, d’ici 2020. Cependant, cela ne signifie en réalité qu’une réduction de seulement 8 % par rapport aux niveaux de 1990.
En gros, c’était une gifle aux pays en développement qui ont appelé à une réduction de 40 % , a affirmé M. Gore.
M. Aso a cependant affirmé que l’objectif était ambitieux et a fait remarquer que le Japon était déjà l’économie la plus efficace sur le plan énergétique dans le monde.
Mais les observateurs ont rapidement remarqué que cet objectif dépassait à peine l’engagement de 6 % pris par le Japon sous le Protocole de Kyoto.
C’est une honte, et cela fait partir du mauvais pied les négociations ici à Bonn. La décision de M. Aso, influencée par les pollueurs plutôt que par le public, rend la tâche de conclure un bon accord encore plus difficile, a déclaré Kim Carstensen, qui dirige l’Initiative climatique du WWF.
L’UE s’est gardé de critiquer les engagements japonais médiocres, et a simplement « encouragé » Tokyo à prendre des mesures supplémentaires.
Les contributions de l’aviation et du transport maritime
Mais les observateurs ont remarqué que les discussions sur les mécanismes de financement avaient progressé, puisqu’un consensus semblait se bâtir autour d’une proposition mexicaine pour un fonds climatique. L’idée du fonds – auquel toutes les parties, y compris les pays développés et en développement, contribuent en fonction de leur PIB, leur population et leur niveau d’émissions – se révèle populaire grâce à son universalité.
La question des contributions des industries de l’aviation et du transport au financement du climat a été soulevée, alors qu’un groupe de pays en développement a proposé de prélever une taxe sur les tickets d’avion internationaux et sur le carburant utilisé dans le transport. Cela pourrait les aider à assumer les conséquences du changement climatique, ont-ils affirmé.
L’Australie a aussi proposé un mécanisme de plafonnemment des émissions dans les deux secteurs. Mais sans dire comment dépenser l’argent récolté via le mécanisme.
L’UE a inclus l’aviation dans son système d’échange d’émissions (EU ETS, voir le LinksDossier d’EurActiv), mais elle a attendu que l’Organisation maritime internationale présente un cadre pour les émissions liées au trafic maritime. Néanmoins, elle a promis de s’occuper toute seule des émissions maritimes au cas où l’OMI continue à traîner des pieds sur cette question, et la pression est maintenant derrière elle pour mettre tout son poids en faveur d’un cadre international à l’intérieur de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
Appel à une intervention de haut niveau
Alors que les discussions n’aboutissent qu’à très peu de résultats tangibles, les ONG ont commencé à appeler à une intervention au plus haut niveau politique.
Il est clair que beaucoup d’officiels gouvernementaux qui négocient à Bonn sont dans leur propre petite bulle, étanche à la fois aux inquiétudes du public et à la science climatique, a déclaré Martin Kaiser, le directeur des politiques climatiques chez Greenpeace International.
Les dirigeants mondiaux devraient prendre leurs responsabilités au G8 de juillet en Italie et commencer à se battre pour obtenir un résultat ambitieux à Copenhague, ont déclaré les groupes écologistes.
Oxfam a reproché le manque de volonté politique des pays industrialisés qui aurait bloqué les avancées et sapé la confiance des pays pauvres dans les négociations. Oxfam a appelé à une action de haut niveau pour sauver les discussions. Les délégués des pays riches ont passé deux semaines à parler mais ils n’ont rien fait sur les questions qui comptent vraiment, a déclaré Antonio Hill, conseiller politique chez Oxfam. Les pays riches peuvent se mentir à eux-mêmes en se disant qu’ils travaillent en vue d’un accord, mais ils ne trompent personne d’autre, a-t-il ajouté.
Friends of the Earth Europe (FoEE) a accusé les pays riches d’avoir pris en otage les négociations climatiques. L’élection du Président Obama a créé un espoir immense à travers le monde : les Etats-Unis allaient finalement jouer un rôle de premier plan dans la résolution de la crise climatique dont ils sont responsables – plus que toute autre nation sur la Terre, a déclaré Sonja Meister de FoEE. Malheureusement, la position de l’administration Obama paraît terriblement similaire à celle de George Bush, et l’UE semble ne pas vouloir ou être incapable de montrer le leadership nécessaire ou de mettre les Etats-Unis devant leur responsabilité, a-t-elle conclue.
La Fédération européenne pour le Transport et l’Environnement (T&E) a soutenu la proposition australienne d’inclure les émissions maritimes et de l’aviation à l’intérieur du cadre de la CCNUCC. En lisant entre les lignes de la déclaration modérée de l’Australie, son sens ne fait aucun doute : l’OACI et l’OMI ont manifestement échoué à faire des progrès lors des douze années qui se sont écoulées, et maintenant il est temps pour les ministres de l’Environnement de s’emparer de cette question avant le sommet climatique de Copenhague. Ils devraient fixer des objectifs de réduction sérieux et prendre de vraies actions pour ces deux secteurs à la croissance galopante, a déclaré Bill Hemmings de Transport et Environnement (T&E).
Les Verts européens ont expliqué que, comme le mazout lourd utilisé pour la navigation et l’aviation n’est pas taxé – au contraire des carburants utilisés pour les autres modes de transport –, cela leur donne un avantage concurrentiel injuste. Cela leur donne également carte blanche en terme d’impact climatique, ce qui est un des facteurs de leur accroissement continu, ont-ils poursuivi. Il est crucial de mettre fin à ce financement injuste, et de faire en sorte que l’intégralité du coût environnemental soit prise en compte, ont-ils déclaré.