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Biocarburants : Connie Hedegaard tire la sonnette d’alarme

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Publié 02 février 2012

La commissaire européenne à l’action pour le climat, Connie Hedegaard, a émis des réserves quant au développement des biocarburants, alors que l’exécutif européen examine dans une étude les effets potentiellement négatifs de ces carburants sur le climat. Elle s’est confiée à EurActiv lors d’un entretien exclusif détaillé sur la question du développement durable.

Selon une ébauche de l'analyse d'impact réalisée par la Commission et consultée par EurActiv la semaine dernière, les émissions de gaz à effet de serre des biocarburants issus d'huile de palme, de soja ou de colza, par exemple, pourraient être supérieures à celles des carburants fossiles si l'on prend en compte des facteurs plus larges.

Cela est dû au fait que les forêts tropicales soient souvent déboisées et les marais asséchés afin de compenser les terres utilisées ailleurs pour les biocarburants, un processus connu sous le nom de « changement d'affectation des sols indirect » (CASI).

« Personnellement, j'ai toujours été très prudente face aux biocarburants », a déclaré Mme Hedegaard lors d'un entretien accordé à EurActiv. « Il est très intéressant de prendre en compte le potentiel des nouvelles technologies, mais nous devons être très prudents, en Europe, pour éviter de développer un secteur qui pourrait avoir des conséquences négatives après un certain temps. »

Elle a déclaré que la Commission ne revenait pas sur son engagement de 10 % de biocarburants d'ici 2020 pour les transports, fixé dans le cadre de la directive sur les énergies renouvelables, mais qu’elle appelait simplement à la prudence dans la mesure où cette technologie est encore en pleine évolution.

Rapport de l'ONU sur le développement durable

Mme Hedegaard a fourni ces commentaires à EurActiv lors d'un entretien détaillé portant sur sa contribution au rapport de l'ONU sur le développement durable (Global Sustainability Report), présenté ce lundi (30 janvier) à Addis Abeba.

« Le climat agit comme un multiplicateur de risques dans de nombreux pays en développement et aggrave les crises existantes, comme c'est le cas pour la Corne de l'Afrique, par exemple », a expliqué Mme Hedegaard.

« En Thaïlande, le premier producteur de riz au monde, un cinquième des récoltes a pourri à cause des inondations. C'est le genre de relation de cause à effet que l'on retrouve », a-t-elle affirmé.

Le rapport final du groupe de travail de l'ONU, « 'Resilient People, Resilient Planet: A Future Worth Choosing », a présenté 56 recommandations visant à intégrer le développement durable à la politique économique.

Mme Hedegaard a salué les progrès accomplis lors du sommet de l'ONU sur le climat à Durban, notamment en faveur d'un fonds vert destiné à aider les régions les plus pauvres au monde à faire face aux effets du changement climatique. Elle a toutefois précisé que l'argent public ne serait pas suffisant.

« Il est impossible d'allouer ou de redistribuer l'argent et les investissements nécessaires, pour l'accès à l'énergie durable par exemple, seulement avec l'argent public. Il faut vraiment lancer une activité commerciale en impliquant les investisseurs institutionnels, les fonds de pension et beaucoup de capitaux privés. »

Une technologie « pas si développée »

A propos des politiques européennes et des effets de la production de biocarburants sur le monde en développement, Mme Hedegaard a appelé à la prudence.

Dans ses directives sur les biocarburants (2003) et sur l'énergie renouvelable (2009), la Commission a soutenu l'introduction de carburants d'origine végétale pour les transports et l'énergie. Ces initiatives s'inscrivaient dans la volonté européenne de réduire les émissions de dioxyde de carbone et d'autres polluants pour 2020.

Les politiques se sont toutefois heurté à des critiques virulentes dans la mesure où les biocarburants ne s'avèrent pas aussi efficaces que prévu pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et où leurs cultures pourraient porter atteinte à l'écologie et à la production alimentaire des pays en développement, premiers exportateurs de carburants végétaux.

Mme Hedegaard, commissaire depuis deux ans, a affirmé : « les connaissances et la science derrière ces carburants n'étaient pas si développées à cette époque. Nous tentons à présent de prendre en compte le facteur d'affectation des sols ».

La Commission devrait présenter ses résultats concernant le CASI dans quelques semaines.

Selon Mme Hedegaard, la Commission « n'a aucun problème avec les biocarburants durables, mais il est vrai que certains biocarburants émettent en effet autant de gaz à effet de serre que les carburants fossiles, sinon plus dans certains cas ».

« Et bien sûr, cette stratégie n'est pas pertinente, dans la mesure où nous demandons aux États membres de remplacer les carburants fossiles par quelque chose qui n'est pas mieux. »

Le prix à payer

Dans le même temps, deux rapports publiés aujourd'hui (2 février) par les groupes des Amis de la Terre et ActionAid laissent entendre que les biocarburants ont un rôle quasi insignifiant dans la lutte contre le changement climatique, alors qu'ils augmentent les prix du carburant pour les automobilistes européens, qui doivent payer 18 milliards d'euros supplémentaires, chaque année, pour l'essence et le diesel. 

Ces recherches prévoient que d'ici 2020, le prix du bioéthanol au litre coûtera entre 0,19 et 0,41 euro de plus que l'essence. Le biodiesel coûtera quant à lui entre 0,35 et 0,50 euro de plus par litre. Cette étude a été menée par le projet Global Subsidies Initiative de l'Institut international pour le développement durable et par l'Institut de recherche de sciences financières de l’université de Cologne (FiFo).

Si ces coûts sont assumés par les consommateurs, d'ici 2020, les coûts supplémentaires annuels devraient atteindre entre 1,25 et 2,28 milliards d'euros pour les automobilistes britanniques et entre 1,37 et 2,15 milliards d'euros pour les conducteurs allemands.

Les auteurs de cette étude estiment pourtant que les subventions agricoles du gouvernement destinées à la production de biocarburants en Allemagne représentent quelque 370 millions d'euros. 

« Les consommateurs et les contribuables européens sont condamnés à payer le prix d'une mauvaise politique verte qui ne présente aucun avantage pour l'environnement », a déclaré Robbie Blake, un militant des Amis de la Terre Europe.

« Les automobilistes et l'environnement feront les frais de ces objectifs inconsistants pour les biocarburants, avec des prix supérieurs à la pompe et des émissions de CO2 plus élevées.

Parmi les 27 États membres de l'UE, les frais cachés des biocarburants pour la période 2010-2020 pourraient atteindre 126 milliards d'euros, selon le rapport. 

Suite aux critiques sur le fait que les biodiesels importés des pays en développement affectent les sols et l'eau et détournent l'attention portée aux cultures vivrières au profit des cultures destinées aux carburants, les politiques européennes encouragent l'utilisation de sources plus durables, comme les résidus d'huile végétale issus de la restauration ou de la production industrielle.

Réactions : 

L'European Biodiesel Board, un groupe chargé de la promotion de cette industrie, affirme que les carburants d'origine végétale améliorent la qualité de l'air, réduisent les gaz à effet de serre et soutiennent les agriculteurs.

L'organisation argue que le biodiesel a une faible teneur en soufre, et permet une réduction des émissions de carbone de 65 à 90 % par rapport au diesel traditionnel. Elle assure également que le biodiesel produit beaucoup moins d'émissions de particules qui affectent l'air que les populations respirent. En outre, contrairement aux combustibles fossiles, le biodiesel est biodégradable.

EurActiv.com — Article traduit de l'anglais
Hedegaard: « Personnellement, j’ai toujours été très prudente face aux biocarburants ».
Contexte : 

L'objectif initial de l'UE pour l'utilisation de biocarburants était de 2 % du marché des combustibles fossiles pour 2005 et de 5,75 % pour fin 2010.

L'objectif d'utilisation des sources d'énergie renouvelable (dont les biocarburants) dans les transports est à présent de 10 % d'ici 2020.

L'utilisation de biocarburant est en croissance constante à travers l'UE, qui est à mi-chemin de son objectif de 10 % de biocarburants d'ici 2020. La Slovaquie est sur le point d'atteindre cet objectif, suivie de l'Autriche et de la France.

Il s'agit d'un débat ouvert sur les bénéfices des biocarburants pour l'environnement. Alors qu'ils permettent de réduire les émissions de carbone dans les transports, les biocarburants utilisés pour le chauffage domestique contribuent largement aux émissions de dioxyde de soufre, responsable en grande partie de la mauvaise qualité de l'air au sein de l'UE, selon le dernier rapport sur la qualité de l'air de l'Agence européenne pour l'environnement.

La croissance dans le marché européen repose principalement sur l'importation d'huiles végétales qui devraient augmenter à 21 % en 2011, soit un record de 2,42 millions de tonnes métriques. L'Argentine fournit la grande majorité de ces importations, suivie de l'Indonésie.

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