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Connie Hedegaard contre l’idée d’un prix du carbone « politiquement réglementé »

Publié 03 février 2012
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La commissaire européenne à l’action pour le climat, Connie Hedegaard, a rejeté l’idée de l'introduction d'un prix plancher visant à soutenir le marché européen du carbone en difficulté. Elle a déclaré qu’elle ne voulait pas d’un système « politiquement réglementé ». Lors d'un entretien accordé à EurActiv, elle a également encouragé le transfert des subventions allouées aux carburants fossiles aux énergies renouvelables. 

La commissaire européenne à l'action pour le climat a mis en garde le Parlement européen contre la tentation de réglementer le marché du carbone.  Elle se méfie en effet des risques d'ingérence politique.

Afin de faire face à la chute du prix du carbone en Europe, les eurodéputés souhaitent mettre de côté une quantité importance de quotas du SCEQE (système communautaire d'échange de quotas d'émission) à partir de 2013.

Mais Mme Hedegaard, qui a présenté cette idée au Parlement et des propositions détaillées dans plusieurs documents, a mis en garde les eurodéputés contre la tentation d'aller plus loin et d'introduire un prix plancher pour le carbone, comme c'est le cas au Royaume-Uni.

« Si nous commençons à jouer avec cette idée, alors il faudra établir un prix plafond et très vite le système ne sera plus axé sur le marché. Or, il est important qu'il le reste, selon nous. »

La crise économique en Europe a entraîné la chute du prix du carbone à près de 7 euros par tonne de carbone émise, bien loin derrière la tranche de 25-40 euros considérée comme nécessaire pour avoir une influence significative sur les décisions des entreprises.

Selon Mme Hedegaard, les crises économiques font pourtant partie de la vie et les marchés doivent être livrés à eux-mêmes. « Personne ne devrait être surpris du fait que l'Europe traverse une crise importante, la production est en train de chuter. Il est donc évident que dans un système axé sur le marché, la demande et le prix chutent aussi. C'est ainsi que le marché fonctionne. »

« Nous devrions faire face à tellement plus de difficultés avec système politiquement réglementé en permanence. »

L'ONU s'attaque aux subventions pour les carburants fossiles

Mme Hedegaard a fait part de son opinion sur la possibilité d'un prix plancher pour le carbone lors d'un entretien détaillé accordé à EurActiv sur sa contribution au Global Sustainability Report de l'ONU, présenté à Addis-Abeba ce lundi (30 janvier).

Le rapport de l'ONU a entre autre accusé les subventions aux carburants fossiles de créer des distorsions sur les marchés et d'augmenter les émissions de gaz à effet de serre tout en freinant la lutte contre la pauvreté. Au niveau mondial, les subventions aux carburants fossiles représentaient plus de 400 milliards de dollars (303,9 milliards d'euros) en 2010, alors que l'énergie renouvelable n'a bénéficié que de 60 à 70 milliards de dollars (45,6 à 53 milliards d'euros) la même année, selon ce rapport.

« L'année dernière, la facture pétrolière de l'Europe s'élevait à 315 milliards d'euros », a expliqué Mme Hedegaard, soit une augmentation de 40 % par rapport à l'année précédente.

« C'est presque la taille de la dette grecque. »

Selon elle, se pencher sur cette question « ne serait pas seulement bénéfique pour le climat et la sécurité de l'énergie, mais également pour notre économie ».

Les objectifs pour 2030, un filet de sécurité pour les investisseurs

Prenant le Danemark en exemple, Mme Hedegaard a déclaré qu'un grand fonds de pension avait décidé, l'année dernière, d'investir des sommes conséquentes dans un parc éolien en mer. Ce parc fournira de l'électricité propre à 400 000 foyers.

« Cette initiative a entrainé la création de nombreux emplois dans des régions plutôt reculées qui en manquait justement », a-t-elle expliqué.

Mme Hedegaard a reconnu que la crise économique actuelle en Europe mettait à mal les programmes de subventions aux énergies renouvelables. L'Italie et l'Espagne ont en effet récemment abaissé leurs tarifs de rachat nationaux pour les énergies renouvelables.

Elle a toutefois déclaré que cette situation ne devait pas détourner l'attention des Européens quant à leur objectif collectif de couvrir 20 % de la demande énergétique avec des énergies renouvelables d'ici la fin de la décennie.

« Selon moi, c'est la raison pour laquelle nous devons procéder par étapes et fixer des objectifs pour les énergies renouvelables comme ceux prévus pour 2020. C'est également pour cela que nous devons définir des étapes pour 2030 », a-t-elle affirmé en ajoutant que ces objectifs à long terme permettraient de fournir un filet de sécurité pour les entreprises qui souhaitent investir.  

« Je pense que nous en avons besoin dès maintenant », a-t-elle affirmé à propos des objectifs portant sur l'énergie renouvelable pour 2030. La plupart des États membres de l'UE rejettent pour l'instant cette éventualité.

« Si vous êtes un fonds de pension, par exemple, et que vous devez décider aujourd'hui si vous souhaitez investir dans un nouveau parc éolien en mer, il vous faut connaître les conditions nécessaires et le niveau de prévisibilité. »

Elle a ensuite déclaré que c'était la raison pour laquelle l'exécutif européen avait insisté pour que l'Italie et l'Espagne ne réduisent pas leurs tarifs de rachat à titre avec un effet rétroactif. « Les recommandations de la Commission aux États membres ont été très claires : n'agissez pas ainsi à court terme. [Vous] devriez faire bien attention de ne pas légiférer ou modifier les conditions de façon rétroactive. »

« Cela ne concerne pas seulement les aspects environnementaux et climatiques. Si tel était le cas, les investisseurs se tourneraient vers d'autres régions pour leur proposer leurs financements. »

« Nous nous trouverons incessamment à la croisée des chemins et l'Europe devra se poser la question suivante : voulons-nous créer des emplois dans le secteur des énergies renouvelables ou allons-nous abandonner ce bastion au profit de la Chine, par exemple? »

Pour lire cet entretien dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

EurActiv.com — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

Connie Hedegaard est membre du Groupe de haut niveau de l'ONU sur l'écoviabilité mondiale.

 Le rapport final de ce groupe de travail, « Resilient People, Resilient Planet: A Future Worth Choosing », comprend 56 recommandations visant à intégrer le développement durable à la politique économique.

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