S'exprimant de manière très franche, ce qui est assez inhabituel, lors d'une audition devant le Parlement européen mercredi (14 avril), M. De Boer a déclaré que les négociations climatiques de l'ONU à Copenhague l'an dernier avaient été dominées par un sentiment de suspicion.
La conférence onusienne de décembre a accouché d'un accord vague, l'Accord de Copenhague, qui a laissé l'Europe déçue parce qu'il ne contient aucun engagement ferme de la part des nations mondiales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Pour beaucoup, la lenteur de ce processus peut s'expliquer par le sentiment de suspicion, en particulier de la part des pays en développement, a déclaré M. De Boer, qui démissionnera de la CCNUCC en juillet pour entrer au service de l'entreprise de consultance KPMG comme conseiller.
La confiance n'existe tout simplement pas, a-t-il dit.
Les dirigeants européens se référaient de manière systématique à l'objectif 2020 de l'UE de réduire les émissions de 20 % par rapport aux niveaux de 1990 comme étant l'objectif le plus ambitieux dans le monde.
Toutefois, le responsable climatique de l'ONU a laissé entendre que cet objectif serait en réalité facile à atteindre, soulevant les suspicions de la part des pays en développement, qui craignent un simple écran de fumée.
Beaucoup de discussions que vous avez en Europe ne sont pas très privées, a-t-il dit. Et le reste du monde sait que la Commission européenne a dit aux pays de l'UE que parvenir à une réduction de 20 % était facile et que viser 30 % ne ruinerait pas l'économie européenne.
Donc les pays dans le reste du monde se posent une question : si cela est vrai, pourquoi la baisse de 30 % n'est-elle désormais plus sur la table ?, a-t-il expliqué.
Divisions européennes sur l'objectif de 30 %
Stefan Singer de WWF a affirmé que l'UE parviendrait facilement à son objectif de 20 % pour 2020, grâce notamment à la désindustrialisation qui a eu lieu dans les anciens Etats soviétiques depuis la chute du communisme et aux projets de compensation dans les pays en développement (EurActiv 14/04/09).
De plus, les émissions ont chuté significativement l'an dernier – de 11 % - en raison de la récession économique, faisant de l'objectif de 2020 quelque chose d'encore plus facile à atteindre (EurActiv 02/04/10).
Toutefois, la décision d'adopter l'objectif de 30 % pour 2020 provoque des divisions internes parmi les 27 Etats membres, les pays d'Europe de l'Est affirmant que l'UE devrait d'abord analyser à quelle hauteur vont s'engager les autres pays avant de prendre cette décision.
Au contraire, la Commission européenne et la plupart des Etats membres de l'Ouest, comme le Royaume-Uni, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède, affirment qu'adopter l'objectif de 30 % stimulerait la croissance économique verte et l'innovation, créant de nouveaux emplois en chemin.
Si l'Europe croit vraiment à l'avenir de la croissance économique verte, alors ces objectifs sont impératifs pour parvenir à ce sentiment de changement de direction, a souligné M. De Boer.
Nettoyage climatique
Selon M. De Boer, l'enveloppe de 100 milliards de dollars annuels d'aide climatique que les pays industrialisés ont promis aux nations pauvres à Copenhague constitue un autre sujet de discorde.
Est-ce que cela va être un nettoyage climatique ou un financement réel et additionnel ?, s'est il demandé. Très franchement, ce que l'on a vu jusqu'à présent ne semble pas le corroborer, a-t-il dit.
Dans le cadre d'accords existants, les pays en développement se sont vus demander de produire des évaluations nécessaires de technologie dans leurs efforts pour combattre le changement climatique, a expliqué M. De Boer. Mais ceci n'a été que rarement suivi d'effet et les financements promis sont restés lettre morte pour leur plus grande partie.
Beaucoup parmi les pays en développements ont le sentiment, quelque peu justifié, que ces ressources financières ne sont pas délivrées. Et que si ces ressources sont fournies, il s'agit très souvent de nettoyage climatique, a-t-il dit, c'est-à-dire l'assistance au développement rebaptisé comme étant de l'aide climatique. L'argent qui était à l'origine destiné à l'éradication de la pauvreté devient désormais comme par magie de l'argent pour le changement climatique, a-t-il expliqué.
Pour dépasser cette impasse, M. De Boer a proposé de donner aux pays en développement la responsabilité de la gestion de l'aide. Ce qu'ils aimeraient vraiment voir, c'est que ces sommes très importantes de liquidités soient distribuées en accord avec les priorités de ces pays plutôt que celles des donateurs, a-t-il affirmé.
Sa proposition est de créer un mécanisme de gouvernance financier, à l'occasion du prochain sommet de l'ONU à Cancun, qui donnerait aux pays en développement le sentiment qu'ils contrôlent ou co-contrôlent cet argent destiné à les aider à verdir leur croissance économique.
Selon le Néerlandais, les pays en développement sont prêts à accepter que l'argent soit distribué à travers les institutions existantes comme la Banque mondiale, les banques de développement régional et les agences de coopération.
Les promesses de Kyoto non respectées
S'adressant au Parlement européen, M. De Boer a déclaré que ce sentiment de suspicion avait été conforté par le fait que les nations industrialisées avaient montré peu de volonté en ce qui concerne le respect de leurs objectifs de réduction d'émissions dans le cadre du Protocole de Kyoto qui expire en 2012.
La première suspicion trouve sa source dans le fait que, oui, bien que l'Europe dans son ensemble soit sur la bonne voie pour respecter ses engagements dans le cadre de Kyoto, il y a des pays à l'intérieur de l'UE qui connaissent quelques difficultés – au moins pour le moment – à atteindre leurs objectifs de Kyoto, a t il expliqué.
Bien que l'UE dans son ensemble devrait dépasser son objectif collectif de réduction d'émission fixé par le Protocole de Kyoto, un rapport récent de l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) a montré que les anciens de l'UE des 15 ne parviendraient pas à leurs objectifs sans de nouvelles politiques ou des crédits de compensation (EurActiv 13/11/09).
De plus, dans le cadre de la CCNUCC, les pays riches étaient supposés retrouver les niveaux d'émissions de 19920 d'ici l'an 2000, a dit M. De Boer. Mais en réalité, seulement quatre pays ont atteint cet objectif, a-t-il souligné.
M. De Boer a mis en avant l'exemple du Canada, qui a annoncé qu'il n'atteindrait pas son objectif de Kyoto mais qui a néanmoins refusé de se retirer du traité. Les pays en développement n'ont entendu aucune réaction à cette déclaration, a dit M. De Boer, ce qui a ajouté à la suspicion.
Il y a très peu de confiance sur le fait que les pays industrialisés vont respecter leurs engagements dans le cadre du Protocole de Kyoto, a-t-il expliqué.




