Cette initiative anéantirait en effet la plus grande victoire du secteur des énergies renouvelables déjà en difficulté : l'objectif européen imposant aux États membres qu'une partie de leur bouquet énergétique provienne de sources d'énergie renouvelable.
Selon cette requête secrètement déposée auprès de la Commission européenne, cet objectif devrait être supprimé en 2020, à la fin de sa phase actuelle enjoignant les États membres à tirer 20 % de leur énergie de sources d'énergie renouvelable.
« Le Royaume-Uni envisage d'avoir recours à de multiples techniques faibles en carbone : les énergies renouvelables, le nucléaire et le captage et stockage du dioxyde de carbone, qui entreront librement en concurrence dans les années à venir [...] C'est pour cette raison que nous ne sommes pas en mesure de soutenir l'objectif européen de 2030 pour les énergies renouvelables », peut-on lire dans ce document.
Les auteurs de cette requête ne sont néanmoins pas contre « certains types d'objectifs pour 2030 », qui, selon un conseiller du gouvernement, pourraient se traduire par un objectif d'énergie faible en carbone. Cet objectif pourrait inclure le nucléaire, les énergies renouvelables, ainsi que la technique non éprouvée jusqu'à présent du captage et du stockage souterrain du dioxyde de carbone.
L'idée de mettre le nucléaire sur un pied d'égalité avec les énergies renouvelables devrait faire l'objet d'une controverse selon le ministre de l'énergie, Ed Davey, dans la mesure où le Parti libéral démocrate est officiellement contre le nucléaire.
Les experts du secteur et les groupes de défense de l'environnement ont affirmé que l'industrie naissante des énergies renouvelables ne pourrait pas être concurrentielle face à la technologie nucléaire, qui bénéficie de subventions publiques depuis plus de 60 ans, alors que les énergies renouvelables ont subi des coupes budgétaires.
Le secteur de l'énergie renouvelable au Royaume-Uni a déjà subi toute une série de revers, avec une vague de réticence alimentée par les groupes de réflexion de droite et les députés conservateurs. Une centaine d'entre eux a fustigé les énergies renouvelables dans une lettre adressée au premier ministre afin de l'encourager à supprimer les subventions accordées aux parcs éoliens terrestres. De nombreux fabricants d'éoliennes ont exprimé leurs inquiétudes quant à l'impact d'une telle initiative sur leurs investissements potentiels de plusieurs milliards d'euros au Royaume-Uni.
Dans le même temps, le secteur gazier a exercé des pressions importantes, au motif que le gaz était une alternative moins coûteuse que les énergies renouvelables malgré le fait qu'il s'agisse d'un carburant fossile.
Abandonner ces objectifs pourrait avoir des conséquences désastreuses, notamment pour les nouvelles formes d'énergies renouvelables comme les énergies houlomotrice ou marémotrice, deux domaines dans lesquels le Royaume-Uni pourrait être un leader mondial.
Ruth Davis de Greenpeace a affirmé que la position du gouvernement pourrait menacer certains emplois. « De nombreuses entreprises ont déjà suspendu leurs investissements dans des projets d'énergie renouvelable au Royaume-Uni, car elles ont perdu confiance en la politique énergétique du pays », a-t-elle déclaré. « En s'opposant à l'objectif européen pour les énergies renouvelables, le Royaume-Uni indique qu'il préfèrerait continuer à agir comme si de rien n'était dans le secteur de l'énergie, plutôt que de s'engager pour une révolution verte à l'instar de l'Allemagne. »
Mme Davis a ajouté que la dynamisation du secteur du nucléaire aurait des conséquences négatives et profiterait finalement à l'industrie du gaz. « Inclure le captage et le stockage du dioxyde de carbone ainsi que l'énergie nucléaire dans l'objectif énergétique permettrait aux six grandes entreprises énergétiques de conserver leur mainmise sur le secteur, en développant la production énergétique la plus adaptée à leur modèle d'entreprise. Cela forcerait les subventions publiques pour la production nucléaire et nous rendrait plus dépendants vis-à-vis des importations de gaz coûteuses. »
Les nombreux emplois que pourrait créer le nucléaire au Royaume-Uni, un secteur principalement aux mains de l'entreprise française EDF, devraient revenir à des experts français, dans la mesure où leurs activités sont bien plus importantes dans ce domaine.
Claude Turmes, l'eurodéputé vert chargé d'élaborer la directive relative aux énergies renouvelables, a prévenu que la position du gouvernement britannique mettrait en péril les efforts de lutte contre le changement climatique. Il a déclaré : « Les objectifs de réduction des émissions sont comme un cheval de Troie poussé par l'industrie nucléaire et ses alliés afin de stimuler un secteur nucléaire en berne. Le nucléaire est déjà plus coûteux que de nombreuses sources d'énergie renouvelable et sera d'ici 2020 plus coûteux que l'énergie éolienne en mer qui dispose d'un très fort potentiel au Royaume-Uni.
« Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement britannique veut investir dans cette technologie française coûteuse, alors qu'il pourrait se concentrer sur l'optimisation de technologies locales liées aux énergies renouvelables qui pourraient créer des milliers d'emplois au Royaume-Uni. »
M. Davey a déclaré que le Royaume-Uni était l'un des plus fervents défenseurs de la politique climatique européenne, affirmant que l'objectif de réduction des émissions de 20 % d'ici 2020 pourrait être renforcé à 30 %. Il a déclaré : « Je suis fermement engagé en faveur d'un objectif de 30 % de réduction d'émissions en Europe. Il est logique de vouloir renforcer nos ambitions de réduction des émissions en matière de politique énergétique. C'est bénéfique pour la croissance verte et l'emploi et nous savons à présent que ça l'est également dans le domaine financier, car cela nous placerait en bonne voie, en termes de rentabilité, pour atteindre notre objectif pour 2050. »




