« L'atteinte de ces objectifs placerait l'UE en voie d'obtenir un système énergétique entièrement basé sur des sources renouvelables d'ici 2050 au plus tard », indique le rapport Re-energising Europe rédigé par le cabinet-conseil Ecofys pour le WWF.
La Commission européenne entamera bientôt un débat d'orientation concernant les objectifs climatiques de 2030, avant l'organisation d'une consultation publique (livre vert) au printemps et la publication d'un document d'orientation de suivi (communication) d’ici la fin de cette année.
Jason Anderson, le responsable Énergie Climat au Bureau européen du WWF, a cependant déclaré que ces mesures ne seraient probablement pas couronnées de succès sans recours juridique.
« Des objectifs indicatifs et des accords volontaires ont très souvent échoué et été remplacés par des objectifs contraignants », a-t-il expliqué à EurActiv.
« L'objectif d'économies d'énergie n'est pas contraignant et est sur le point de ne pas être atteint. Commençons par nous rendre compte que, dans l'arsenal de mesures politiques de l'UE, les objectifs contraignants sont utiles », a-t-il ajouté.
La politique « Énergie durable pour tous », si elle est appliquée à l'échelle mondiale, pourrait également réduire grandement les coûts d'ici la moitié du siècle, estime-t-il. « L'atteinte de l'accès complet à l'énergie dans le monde en utilisant seulement les énergies renouvelables d'ici 2050 économiserait 4 mille milliards de dollars (2,97 mille milliards d’euros) en réduisant les coûts des énergies fossiles et nucléaires. »
Des économistes et universitaires se demandent toutefois si 1,3 milliard de personnes qui n’ont pas accès à l'énergie universelle pourraient en bénéficier sans augmenter les émissions de CO2.
Le modèle du nouveau rapport provient d'une étude mondiale de 2011 qui révélait que la limitation de l'utilisation de l'énergie en termes absolus constituait une première étape importante vers la décarbonisation, suivie ensuite d’une augmentation des technologies de production d'énergie renouvelable.
Économies d'énergie
Dans ce nouveau document, les économies d'énergie de l’Europe sont réparties par secteur : d'ici 2030, l'industrie consommera 31 % d'énergie en moins, les bâtiments permettront d'en économiser 26 % et la consommation d'énergie liée au transport diminuera de 11 %.
Les méthodes utilisées pour économiser de l’énergie varieraient en fonction des secteurs. Des mesures d'économie de carburant, une gestion améliorée du trafic aérien, une conversion plus importante aux véhicules électriques et l'utilisation d'hybrides réduiraient les émissions émanant du transport.
Dans l'industrie, plus de recyclage, des lignes directrices strictes et actuelles sur « la meilleure technologie disponible » ainsi que des projets ambitieux de rénovation de centrales permettraient d'atteindre une réduction de 60 à 70 % des niveaux d'intensité par rapport à ceux de 2000.
Par contre, une rénovation des bâtiments à un taux annuel de 2,5 % est proposée tout comme une récupération accrue de la chaleur, des systèmes d'isolation et de ventilation, des pompes à chaleur, des systèmes thermiques solaires et des solutions renouvelables locales le cas échéant.
M. Anderson a déclaré que des pays tels que la Pologne faisaient des efforts en matière d'efficacité énergétique et qu’il était donc « un peu paradoxal » qu'ils ne manifestaient pas d’enthousiasme pour la réduction des émissions de CO2 et les améliorations du système européen d’échange de quotas d’émissions.
« Grâce à une réduction plus ambitieuse des gaz à effet de serre pour 2020 et au-delà, soutenue par des objectifs notamment contraignants pour l’efficacité, des pays comme la Pologne verraient non seulement les avantages d'une augmentation de l'efficacité, mais ils pourraient également attirer des investissements et utiliser les recettes pour d'autres mesures », a-t-il indiqué.
100 % d'énergie renouvelable d'ici 2050
Le rapport d'Ecofys prévoit également que, d'ici 2030, les sources renouvelables pourraient être à l’origine de 65 % de l'électricité européenne, de 35 % de son chauffage et de 29 % de ses carburants. Elles constitueraient 41 % de la totalité des besoins énergétiques.
« Ces résultats représentent un scénario dont l'objet final est d'atteindre 100 % d'énergie renouvelable d'ici 2050 », peut-on lire dans ce rapport, qui place les énergies renouvelables dans le même secteur que celui des économies d'énergie.
Les réseaux électriques ne seront pas capables de supporter une part d'électricité renouvelable supérieure à 45 %, mais produiront toujours 65 % de l'électricité totale. Cette découverte incongrue s'explique par une énorme expansion de l’énergie géothermique, de l'énergie solaire concentrée et de la bioénergie, selon les auteurs du rapport.
Le scénario d'Ecofys est prudent dans l'attribution de critères stricts de durabilité à la bioénergie, actuellement considérée par l’UE comme neutre en carbone, malgré l'augmentation du nombre de preuves qui démontrent le contraire. Toute expansion de son utilisation nécessite donc un secteur de la biomasse beaucoup plus important.
Ce modèle suppose également une diminution progressive de l'énergie nucléaire d'ici 2040-2050 et aucun déploiement de technologies de capture de carbone d'ici 2030.
Le gaz : un contrepoids indispensable
Les sceptiques du secteur soutiennent que l'augmentation de la production d'énergie renouvelable entraînerait des interruptions de courant, en l'absence de stockage suffisant et de solutions de remplacement quand le soleil ne brille pas ou que le vent ne souffle pas.
M. Anderson a expliqué à EurActiv que le gaz « sera indispensable pour équilibrer l'approvisionnement diversifié dans les décennies à venir, mais avec mois d’heures d’exploitation. »
Il a ajouté qu'il fallait faire preuve d'extrême prudence lors de l'utilisation de gaz non conventionnels, comme le schiste, une source d'énergie à forte émission de carbone à utilisation limitée.
« Le problème de l'insertion du gaz de schiste est qu’il libère simplement une autre quantité énorme de carbone dont on ne peut espérer que la combustion reste sûre dans les limites du réchauffement de la planète », a-t-il déclaré.
« Comme l'AIE l'a dit, la majeure partie du carbone n'est pas combustible. Quelles sources seront utilisées ou non ? »




