Ce rapport, publié dans le magazine Geophysical Research Letters, mentionne qu'en Europe occidentale, les émissions de HFC-23, un gaz fluoré principalement utilisé comme réfrigérant, sont 60 à 140 % plus élevées que ne l'affirment les données officielles.
L'Italie à elle seule émettrait 10 à 20 fois plus de HFC-23 que ce qu'elle mentionne dans les rapports officiels. Ce gaz à effet de serre a un potentiel de réchauffement climatique 14 800 fois plus élevé que le CO2.
Le Royaume-Uni et les Pays-Bas émettent également deux fois plus de gaz qu'ils ne l'affirment, mais les chiffres de la France et de l'Allemagne correspondaient aux « valeurs rapportées ».
« C’est scandaleux », a déclaré à EurActiv Clare Perry, militant pour l'Environmental Investigations Agency. « Ces gaz ont un potentiel de réchauffement climatique très élevé à court terme ».
Les entreprises ne sont pas légalement obligées de réduire leurs émissions de déchets gazeux HFC-23, mais les Etats qui ont signé le protocole de Kyoto doivent rendre compte de leurs émissions de ces substances à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
« Les Etats doivent déclarer [leurs émissions de HFC], mais leurs informations sont fondées sur celles qu'ils reçoivent des entreprises [chimiques] », a expliqué à EurActiv Stefan Reimann, chercheur à l'EMPA.
Une évaluation du style de celle de l'EMPA des rapports d'émissions de l'UE pourrait même renforcer l'influence de l'Europe dans les discussions internationales.
« Comment pouvons nous attendre des pays en développement, comme la Chine et l'Inde, qu'ils produisent des inventaires d'émissions corrects dans le cadre du protocole de Kyoto alors que l'Europe n'en est même pas capable ? », se demande M. Reimann.
L'analyse réalisée par l'EMPA a été menée dans sa station de recherche de Jungfraujoch à l'aide d'un chromatographe en phase gazeuse couplé à un spectromètre des masse (la « Méduse ») qui permet d'évaluer plus de 50 gaz halogénés à effet de serre, mais aussi d'identifier leurs régions d'émission.
Dans la mesure où les HFC-23 sont presque exclusivement émis lors de la production de HFC-22, « nous savons déterminer avec exactitude nos points de source », a expliqué M. Reimann.
L'EMPA pointe du doigt la « seule usine italienne de HFC-22 à l'ouest de Milan » (l'usine Solexis de Solvay à Spinetta Marengo), affirmant qu'elle est responsable des surplus d'émissions de HFC-23 du pays.
Les HFC-23 sont émis lors de la production de HFC-22.
Un porte-parole de l'entreprise belge Solvay, Erik de Leye, a déclaré à EurActiv : « Nous avons lu la publication suisse et nous enquêtons ».
Il a confirmé que des déchets gazeux de HFC-23 étaient générés par l'usine Solexis, mais que de savoir s'ils avaient été rejetés dans l'atmosphère était une question « difficile ».
Les HFC-23 sont des gaz très puissants qui ont une demi-vie atmosphérique d'environ 270 ans, ils restent donc extrêmement longtemps dans l'atmosphère.
En janvier, Connie Hedegaard, la commissaire européenne à l'action pour le climat, a annoncé que les crédits de carbone acquis grâce à la destruction de HFC-23 ne seraient plus échangeables dans le cadre du système d'échange de quotas d'émission de l'Union européenne (SCEQE).
En 2008-2009, 84 % des crédits de carbone du SCEQE ont été utilisés pour financer la destruction d'usines de HFC-23 en Chine et en Inde.
Certains affirment que cela a largement bénéficié à l'industrie du HFC-23 en garantissant un marché pour cette substance, qui pouvait alors être achetée puis détruite.
Le Danemark demande aujourd'hui aux Etats membres de l'UE d'interdire l'utilisation des quotas de HFC-23 pour atteindre les objectifs nationaux de réduction des gaz à effet de serre dans les secteurs ne faisant pas l'objet d'échanges.
Seize des 27 Etats membres de l'UE ont approuvé cette proposition danoise, mais d'autres, comme l'Italie, ont des intérêts financiers dans les projets de compensation de HFC-23.
Mme Perry réclame que l'actuelle révision de la réglementation européenne sur les gaz fluorés ordonne la destruction de tous les HFC-23.
« Si chaque pays européen demandait à ses fabricants de détruire les déchets gazeux HFC, et de prouver leur destruction, cela résoudrait le problème de manière très simple », a-t-elle affirmé.
Arthur Nelsen - Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet




