Le fabricant allemand de panneaux solaires SolarWorld AG est en train de former une organisation sur le modèle de la CASM (Coalition for American Solar Manufacturing), dans le but de réclamer une action de l'UE contre les pratiques antidumping de la Chine.
La semaine dernière, la CASM a remporté un procès similaire aux États-Unis.
Si les entreprises représentant plus d'un quart de la production solaire en Europe signent la pétition antidumping, l'UE sera obligée de prendre des mesures sous 45 jours.
« Quand nous déposerons notre dossier, nous représenterons plus de 25 % du secteur », a déclaré Milan Nitzschke, le vice-président de SolarWorld, dans les bureaux bruxellois du cabinet juridique Crowell & Moring.
« Nous sommes confiants », a-t-il assuré à EurActiv. « Dans le secteur industriel, tout le monde paie les frais [des initiatives de la Chine]. Nous pouvons donc mettre en place une large coalition regroupant au moins un nombre à deux chiffres d'entreprises issues de divers États membres de l'UE. »
Une pétition devrait être signée avant les vacances d'été de la Commission européenne, à la fin du mois de juillet.
Au cours de l'année, la rumeur circulait parmi les fonctionnaires de l'UE que quelque chose se préparait, mais que rien n'était encore sur la table, selon un acteur du secteur.
Changement de ton
Ce changement était déjà évident lorsque Marc Vanheukelen, le chef du cabinet du commissaire au commerce, Karel De Gucht, avait dès le mois de mars fait savoir au European Policy Centre que l'UE envisageait sérieusement d'entamer des procédures contre la Chine.
« Nous aspirons à un échange commercial ouvert et équitable », a indiqué à EurActiv le porte-parole de l'UE au commerce, John Clancy, hier (22 mai). « Notre rôle est donc de défendre la production européenne contre les distorsions au commerce international comme les subventions ou le dumping, en utilisant des instruments de défense commerciale conforme au droit européen ou aux règles de l'OMC. »
Avant d'agir, Bruxelles devra déterminer s'il existe suffisamment de preuves qu'une part significative de l'industrie solaire a été touchée, a-t-il ajouté.
Selon M. Nitzschke, les nouveaux droits de douane annoncés le 17 mai dernier aux Etats-Unis pour les produits des entreprises solaires chinoises ont envoyé « un signal très important » à Bruxelles.
Les nouveaux droits de douane de Washington
Suite à une pétition similaire lancée par SolarWorld, les Etats-Unis ont décidé d'imposer des droits de douane punitifs oscillant entre 31 et 250 % contre les entreprises solaires chinoises qui avaient injustement réduit leurs prix pour mettre hors circuit les entreprises des autres pays.
A l'annonce de cette mesure, la Chine a exprimé son « grand mécontentement » et prévenu que cela pourrait porter atteinte à la coopération en matière d’énergie propre.
EurActiv a contacté plusieurs fonctionnaires chinois, mais aucun d'eux n'a souhaité commenter l'arrivée de ce problème en Europe.
Gregory Spanoudakis, le président des opérations européennes de Canadian Solar, l'une des entreprises touchées par les nouvelles sanctions américaines, a toutefois précisé que des mesures protectionnistes « feraient monter les prix et détruiraient des emplois ».
Seuls 20 % des 300 000 salariés européens du secteur solaire travaillent dans la production, a-t-il souligné.
« Les fournisseurs de matières premières, les fabricants d'équipement, le développement de projet, la logistique, la construction, l'installation et l'entretien souffriront de cette tentative déguisée de protéger la production, une activité déjà en grande partie délocalisée », a conclu M. Spanoudakis.
Exportations chinoises
La Chine exporte plus de 90 % de ses panneaux solaires vers l'Europe et les Etats-Unis et détient plus de 60 % du marché mondial. Cela ne fait que renforcer les pays dans leur idée que les Chinois cherchent à pousser les industries solaires étrangères à la faillite afin d'asseoir leur position de monopole et de fixer des prix à l'échelle mondiale.
Beijing accorde quelque 30 milliards de dollars (23,7 milliards d'euros) à son industrie solaire sous forme de subventions et de crédits à des taux avantageux.
Les représentants de la CASM affirment que le dernier plan quinquennal de l'industrie solaire chinoise prévoyait de réduire les coûts des panneaux solaires à 1,10 dollar (0,86 euro) par watt d'ici 2015. Ce prix est plus élevé que le prix actuel des panneaux photovoltaïques, ce qui sous-entend que la production photovoltaïque tournerait aujourd'hui à perte.
Les acteurs du secteur solaire européen sont divisés quant aux dégâts que cela pourrait causer, même si la quasi-majorité d'entre eux s'accordent à dire que le marché chinois devrait s'ouvrir.
En avril dernier, Reinhold Buttgereit, le directeur de l'EPIA (European Photovoltaic Industry Association) a déclaré à EurActiv : « Sans concurrence mondiale et panneaux photovoltaïques chinois à bas prix, nous ne serions pas aussi près d'atteindre la parité réseau aujourd'hui ».
Des points de vue différents
Au sein de la Commission européenne, les points de vue diffèrent également quant à l'impact positif que la concurrence internationale croissante sur le marché du photovoltaïque pourrait avoir sur l'innovation et la réduction des coûts.
« L'évolution récente du marché photovoltaïque illustre ce fait », explique la Commission européenne dans la première version de sa communication sur les énergies renouvelables, consultée par EurActiv.
« Au vu des avantages entraînés par le développement du commerce mondial, il est important que les mesures qui pourraient l'entraver [...] soient évitées et que tous nos partenaires s'engagent en faveur de pratiques équitables », peut-on encore lire dans ce document.
La Commission travaille sur une proposition visant à conserver ces conditions justes dans le secteur des énergies renouvelables et à garantir la réciprocité des traitements, selon cette communication.




