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La fermeture des centrales au Japon serait due à une phobie du nucléaire, selon un envoyé japonais

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Publié 15 mars 2012, mis à jour 22 mars 2012

Les centrales nucléaires sont restées fermées au Japon depuis la catastrophe de Fukushima en raison d'une phobie du nucléaire, a déclaré un fonctionnaire du gouvernement nippon au ministère du Commerce et de l'Industrie.

Seuls deux des 54 réacteurs nucléaires du Japon fonctionnent actuellement, le lourd héritage de l'échec d'un système, de la catastrophe nucléaire et des rejets radioactifs qui en ont résultés il y a un an, lorsqu'un tsunami a frappé le complexe de Fukushima.

« Évidemment, la « phobie du nucléaire » est très répandue aujourd'hui », a déclaré Jun Arima, le directeur général de JETRO, l'organisme japonais pour le commerce extérieur basé à Londres. « Selon les sondages les plus récents, la population est divisée en deux parts quasiment égales, entre les partisans et les opposants à la réouverture des centrales nucléaires. »

Il a toutefois souligné qu'il existait une différence entre les hommes et les femmes. « Les hommes ont tendance à être favorables à la réouverture des centrales, alors que les femmes ont tendance à s'y opposer. »

Lorsque EurActiv lui a demandé si cette opposition pourrait être fondée sur des considérations scientifiques, M. Arima a affirmé que les preuves scientifiques étaient contestées des deux côtés.

« Personnellement, je pense que l'opposition est surtout due à l'émotion », a-t-il ajouté. « Mais si je disais cela au Japon, cela provoquerait un tollé. »

Ses propos ont en effet provoqué la colère des défenseurs de l'environnement en Europe et au Japon.

Les Japonaises

Claude Turmes, eurodéputé vert et délégué suppléant pour les relations avec le Japon, a qualifié les commentaires de M. Arima d'« insulte envers les citoyens japonais, en particulier les femmes ».  

« La catastrophe de Fukushima a montré que l'énergie nucléaire présentait un réel danger. Il est bien dommage que les autorités japonaises n'en aient tiré aucune leçon », a-t-il déploré.

Le plan énergétique du Japon en 2010 prévoyait de doubler la quantité d'électricité générée par l'énergie nucléaire, qui serait passée de 26 % en 2007 à 53 % en 2030. Dans le même temps, la part d'énergies renouvelables serait passée de 9% à 21%.

Ce plan avait eu un impact sur la capacité de Tokyo à s'engager pour une seconde phase du protocole de Kyoto, dans la mesure où des contraintes spatiales et économiques empêchaient le déploiement des énergies renouvelables, a expliqué M. Arima.  

Les défenseurs de l'environnement ne sont pas du même avis et la balance penche peu à peu en faveur de la réouverture des réacteurs nucléaires fermés il y a an, une initiative qui aurait des conséquences sur l'avenir du pouvoir nucléaire dans le reste du monde.

Fukui en première ligne

En première ligne se trouve la préfecture de Fukui qui compte 14 réacteurs nucléaires. Il s'agit de la concentration la plus dense de centrales nucléaires au Japon. Hier (14 mars), la réouverture de ces centrales était au cœur du débat de l'assemblée locale. Aucun accord n'a cependant pu être conclu.

Lors d'un entretien téléphonique accordé à EurActiv depuis cette réunion, Wakao Hanaoka, le directeur de campagne de Greenpeace au Japon, a expliqué : « Ici, les gens sont forcés de choisir entre la sécurité de leur emploi ou de leur vie »

« La plupart d'entre eux s'opposent à la réouverture des centrales, même s'ils étaient auparavant employés par l'industrie nucléaire », a-t-il ajouté. « Les hommes comme les femmes, les jeunes comme les plus âgés, ils ont simplement tous peur de ces centrales qui mettent leur vie en danger. »

Lors d'un discours à l'Institut français des relations internationales à Bruxelles, M. Arima a reconnu que cette question divisait le Japon.  

Le processus de réouverture des réacteurs par le gouvernement devra passer par un « test de résistance » des centrales, suite auquel le premier ministre, trois autres ministres et le chef du bureau du conseil des ministres devront donner leur assentiment.

Ce sera ensuite au tour des communautés locales de donner leur accord. C'est lors de cette étape qu'il faudra à tout prix que les uns et les autres tentent de rallier la population à leur cause.

Réacteurs à l'arrêt

Les deux derniers réacteurs japonais en opération devraient être fermés pour raison de maintenance fin avril. Selon les défenseurs de l'environnement, les partisans du nucléaire font pression pour que d'autres réacteurs actuellement fermés soient rouverts d'ici là.

« Si toutes les centrales sont fermées, le Japon sera libéré de l'énergie nucléaire et le secteur de l'électricité veut éviter que les citoyens ne se rendent compte que c'est possible. C'est là tout l'enjeu et la préfecture de Fukui est un élément décisif », a affirmé M. Hanaoka.

Malgré l'arrêt quasi complet de l'activité nucléaire au Japon, le pays n'a rencontré que très peu de difficultés d'approvisionnement en électricité depuis la catastrophe de Fukushima. Le pays a toutefois remplacé l'énergie nucléaire par des carburants fossiles.   

M. Arima a déclaré que si cette situation devenait permanente, les émissions de dioxyde de carbone augmenteraient de 20 % d'ici 2020 par rapport au niveau de 1990. Les prix du carburant augmenteraient alors de 10% pour les consommateurs et de 17% pour l'industrie.

Prochaines étapes : 
  • Du 1er janvier au 30 avril 2012 : examen par les pairs des tests de résistance nucléaire dans l'UE.
  • fin avril : les deux derniers réacteurs japonais devraient être fermés pour inspection.
  • 28-29 juin : un rapport final sur les tests de résistance sera soumis au Conseil européen.
Arthur Neslen — Article traduit de l'anglais
Centrale nucléaire de Ohi, préfecture de Fukui
Contexte : 

Suite au tremblement de terre et au tsunami du 11 mars 2011 qui ont donné lieu à une réelle catastrophe nucléaire à Fukushima au Japon, les dirigeants européens ont décidé le 25 mars de la même année d'établir des « critères plus stricts » en matière de sécurité nucléaire et de soumettre toutes les centrales à des « tests de résistance ».

Ces tests de résistance détermineront la capacité des centrales nucléaires à résister aux effets de catastrophes naturelles telles que les tremblements de terre et les inondations dans un premier temps, puis aux évènements liés à l'homme tels que les crashs aériens ou les attaques terroristes.

Ces tests de résistance concernent 143 centrales nucléaires opérant en Europe, six centrales en construction et 15 projets de construction.

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