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L'ANEC fustige les étiquettes inutiles sur l'empreinte carbone des produits

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Publié 04 juin 2012, mis à jour 05 juin 2012

Les consommateurs européens sont inondés d'informations confuses, trompeuses et favorables à l'entreprise sur les produits qu'ils achètent concernant les empreintes carbone. C'est ce que révèle un nouveau rapport de l'Association européenne pour la coordination et la représentation des consommateurs dans la normalisation.

Selon l'association, le problème réside dans la méthodologie de l'analyse du cycle de vie (ACV) que la Commission européenne met actuellement au point pour évaluer les effets sur l'environnement des produits, des services et des organisations.

« Les informations à l'intention des consommateurs basées sur des indicateurs d'ACV sont inutiles et constituent un pas dans la mauvaise direction, même si elles sont liées à des échelles d'évaluation, ce qui n'est bien souvent pas possible », peut-on lire dans le rapport de l'ANEC

Une porte-parole de la Commission européenne contactée par EurActiv a affirmé ne pas être surprise des critiques de l'ANEC et qu'il s'agissait d'un avis isolé non partagé par les ONG environnementales.

La méthode d'ACV présente des avantages uniques s'agissant de dépeindre les performances environnementales globales. Elle peut toutefois faire l'objet de manipulations, car elle permet d'introduire des données subjectives aux paramètres limités et imprécis, explique l'ANEC dans ce document, intitulé « Environmental Assessment goes Astray ».

C'est pourquoi l'ANEC rejette les labels de la British Carbon Trust sur les empreintes carbone, qui utilise un label de CO2 à un chiffre, ce qui, selon l'organisation, n'a pas de sens. 

« Un seul chiffre sur le CO2 affiché sur un produit reflète un niveau de précision et de justesse qui ne peut être atteint avec les méthodes disponibles », poursuit-elle.

Des labels flexibles

Darran Messem, le directeur de la certification chez Carbon Trust, a envoyé une déclaration à EurActiv, dans laquelle il explique que son organisme est déçu des critiques de l'ANEC. « Nos labels carbone sont flexibles et offrent un large éventail d'options de communication avec ou sans chiffres », a-t-il affirmé.

La méthode de Carbon Trust a dû prendre en compte d'« autres besoins techniques, commerciaux et être davantage axée sur les consommateurs, dans la mesure où l'empreinte carbone d'un produit doit faire réfléchir les entreprises et entraîner des réductions des émissions », a expliqué M. Messem.

Selon l'ANEC, au lieu de fournir une évaluation claire en matière de performance environnementale des produits, ces indicateurs peuvent également fournir des conseils peu pertinents aux consommateurs, surtout lorsqu'ils sont nombreux. Certains labels seraient même difficiles à déchiffrer pour les experts.

La révision de la directive sur l'étiquetage énergétique de 2010, par exemple, a ajouté trois nouvelles catégories (A+, A++ et A+++) qui pourraient se révéler bien plus déroutantes que l'ancienne échelle de A à G. C'est particulièrement le cas pour les entreprises qui ajoutent des « + » supplémentaires ou des « -20 % » à leurs étiquettes.

« Les consommateurs sont confrontés à de plus en plus de labels environnementaux inventés par les entreprises, qui ne sont bien souvent pas comparables, compréhensibles et ne sont utilisés qu'à des fins de commercialisation », a expliqué Michela Vuerich, porte-parole de l'ANEC, à EurActiv.

Révision

Cette année, la Commission européenne révisera sa politique sur la consommation durable et la production industrielle dans le but de fournir aux consommateurs des informations environnementales plus complètes sur les produits qu'ils achètent.

Selon une étude, les consommateurs préfèreraient un système codé à l'aide de lettres et de couleurs dans l'esprit du système d'étiquetage énergétique de l'UE. Mais en l'absence de faits scientifiques pour étayer ces chiffres, ce genre de labels est « très discutable et trompeur, voire déroutant », selon l'ANEC.

« Appliquer ce type de labels serait un pas significatif en arrière par rapport aux écolabels européens et nationaux qui n'étaient attribués qu'aux meilleurs élèves », peut-on lire dans le rapport de l'ANEC.

« Ces écolabels véhiculent un message clair et sans ambiguïtés : ce produit est excellent sur le plan des performances. »

Les performances environnementales réelles de plusieurs produits ont été dissimulées au public en conséquence, estime l'organisation.

Boissons

En Allemagne, Beverage Can Makers Europe a demandé au German Institute for Energy and Environmental Research (IFEU) de rédiger un rapport sur l'ACV en 2010, puis lui a fourni ses propres chiffres, ses hypothèses et desiderata.

L'année suivante, en Autriche, une autre étude réalisée par l'IFEU sur les boissons en cannettes a conclu que les bouteilles en résine PET étaient équivalentes à des bouteilles réutilisables. Ce document a par la suite été réfuté en raison de ses scénarios sur les transports et du nombre peu élevé de recharges pour les bouteilles réutilisables.

Par ailleurs, les exigences minimums pour les performances des ampoules n'ont pas fait l'objet de suffisamment d'attention et la durée de vie et de luminosité se sont révélées décevantes.

« Les consommateurs sont troublés par le nombre d'allégations environnementales que l'on retrouve sur le marché européen et s'interrogent sur leur fiabilité et leur clarté », a déclaré le secrétaire général de l'ANEC, Stephen Russell, le 29 mai dernier.

« Les instruments tels que les écolabels et les labels énergétiques devraient être davantage développés », a-t-il ajouté. Dans son rapport, l'ANEC présente une proposition détaillée sur la manière d'y parvenir. 

« Nous proposons un cadre pour le développement d'indicateurs avec des informations pertinentes sur les produits et les services, via l'utilisation d'un large éventail de méthodes d'évaluation et non pas le recours à une méthodologie unique », a déclaré M. Vuerich.

Réactions : 

Jan Bollen, spécialiste des produits environnementaux chez ArcelorMittal, a déclaré : « L'objectif ultime d'une méthodologie communément acceptée pour l'ACV devrait être de trouver le bon équilibre entre les intérêts des diverses parties prenantes, les avantages pour la société et l'environnement. »

Prochaines étapes : 
  • 2012 : la Commission européenne publiera sa méthodologie harmonisée pour le calcul de l'empreinte environnementale des produits.
Arthur Neslen - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

L'empreinte carbone peut être définie comme la totalité des émissions de gaz à effet de serre générées par une organisation, un évènement, un produit ou une personne. Calculer l'empreinte totale d'un élément peut souvent se révéler très complexe en raison du grand nombre de données à prendre en compte. 

Dans le but de permettre aux consommateurs de mesurer l'impact environnemental des produits et des services qu'ils achètent, la Commission européenne travaille à une méthode harmonisée pour le calcul de l'empreinte environnementale des produits.

Dix études pilotes ont été lancées dans les secteurs de l'agriculture, du commerce de détail, de la construction, des produits chimiques, des TIC, de l'alimentation et de la production (textile, télévision, papier).

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