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Les biodiesels polluent plus que le pétrole brut

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Publié 27 janvier 2012, mis à jour 30 janvier 2012

Les biocarburants comme l’huile de palme, le soja ou le colza émettent plus de gaz à effet de serre que les carburants fossiles lorsque les effets du changement indirect d’affectation des terres sont pris en compte, selon des informations de l’UE qui ont été obtenues par EurActiv. 

Les valeurs par défaut assignées aux biocarburants sont comparables à celles des sables bitumineux canadiens, selon des chiffres de l’UE qui devraient être publiés au printemps prochain en même temps que les propositions législatives très attendues sur les biocarburants.

Une porte-parole de la Commission européenne a refusé de commenter ces documents, dont certains contiennent des analyses d'impact qui n'ont pas encore été publiées.

Cependant, selon des sources de l'industrie et de la société civile, ces données sont crédibles et confirment d'autres études. L'une de ces sources a affirmé que la publication de ces informations sonnerait le glas des biodiesels.

« Je pense que la science a clairement prouvé que de nombreux biodiesels qui entraînent la déforestation dans des régions comme l'Asie du Sud-est ont des conséquences très néfastes sur le climat », a déclaré à EurActiv Robbie Blake, un porte-parole des Amis de la Terre.

Changement d'affectation des sols indirect (CASI)

Ces changements se produisent lorsque les forêts sont déboisées et les marais asséchés pour compenser les sols utilisés ailleurs pour la production de biocarburants, ce qui augmente les émissions de CO2.

Un rapport récent prévoyait par exemple que toutes les forêts marécageuses tropicales de la Malaisie disparaîtraient dans les dix prochaines années à cause du CASI si le développement de la production d'huile de palme n'était pas limité. Les conséquences seraient alors alarmantes en termes d'émission de gaz à effet de serre. 

Pour mesurer l'impact des carburants sur le climat, Bruxelles préfère leur assigner des valeurs par défaut en fonction des émissions liées à leur cycle de vie. C'est la raison pour laquelle les facteurs de changement indirect d'affectation des sols et les biocarburants posent problème.

Dans la récente révision de sa directive sur la qualité des carburants, l'UE a proposé une valeur par défaut de 107 g d'équivalent CO2 par mégajoule (CO2/mj) pour le pétrole extrait des sables bitumineux, contre 87.5 g de CO2/mj pour le pétrole brut, reflétant donc le risque que sa production entraîne pour l'environnement.

Même si les biocarburants avancés de « seconde génération » sont beaucoup plus performants que les carburants fossiles selon les nouvelles données de l'UE, l'huile de palme se voit assigner une valeur de 105 g, le soja de 103 g, le colza de 95 g et le tournesol de 86 g, une fois les facteurs du CASI pris en considération.

Pour les biocarburants, les données présentent les valeurs CO2/mj (avec le CASI) suivantes :

  • huile de palme — 105g
  • soja — 103g
  • colza — 95g
  • tournesol — 86g
  • huile de palme avec capture de méthane — 83g
  • blé (combustible non précisé) — 64g
  • blé (combustible : gaz naturel utilisé en cogénération) — 47g
  • maïs — 43g
  • canne à sucre — 36g
  • betterave sucrière — 34g
  • blé (combustible: paille utilisée dans des centrales de cogénération) — 35g
  • éthanol 2G (avec affectation des sols) — 32g
  • biodiesel 2G (avec affectation des sols) — 21g
  • éthanol 2G (sans affectation des sols) — 9g
  • biodiesel 2G (sans affectation des sols) — 9g.

Biodiesel

Isabelle Maurizi, une porte-parole du European Biodiesel Board, a déclaré à EurActiv que les valeurs assignées aux biocarburants dans ce document et dans les rapports récents du Centre commun de recherche de l'UE, de l'Agence européenne pour l'environnement et de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, ne concordaient pas avec les résultats de la recherche aux États-Unis.

« Nous ne reconnaissons pas la validité de ces données en raison des écarts de résultats. Cette science n'est pas encore suffisamment crédible et n'en est qu'à ses débuts. Nous sommes donc favorables à des incitations en termes de décisions politiques plutôt qu'à des propositions punitives », a-t-elle expliqué.

L'application des valeurs divulguées pourrait entraver sérieusement la capacité des producteurs de biodiesel à prendre part au plan de certification des biocarburants annoncé par l'UE en août dernier.

Ce plan stipule que la certification ne sera accordée qu'aux biocarburants qui émettent 35 % de gaz à effet de serre de moins que l'essence. Ce chiffre passera à 60 % à partir de 2018.

Les producteurs de biocarburants avancés pensent pouvoir atteindre cet objectif. Pour Rob Vierhout, le secrétaire général de l'association pour l'éthanol renouvelable ePURE,  l'UE devrait « nuancer les facteurs de CASI ».

« Si les effets sur le changement d'affectation des sols dépendent en effet des matières premières utilisées, cet aspect devra être pris en compte dans les mesures européennes », a-t-il expliqué à EurActiv.

Une loi de l'UE datant d'avril 2009 fixait l'objectif suivant : les biocarburants devraient représenter 10 % des carburants pour les transports d'ici 2020, avec toutes les conséquences juridiques et financières que cela implique.

Un signal clair au marché

Nusa Urbancic du groupe de pression Transport & Environment, a appelé l'UE à envoyer « un signal clair aux marchés à propos des biocarburants qui devront être utilisés à l'avenir. »

« Nous disposons de suffisamment de biodiesel pour atteindre les objectifs actuels. C'est un problème pour les acteurs du secteur, dans la mesure où ils ont trop investi, en suivant une orientation différente de la politique européenne. Leurs investissements devraient donc être protégés dans une certaine mesure », a-t-elle déclaré à EurActiv.

Mais avec les connaissances scientifiques dont nous disposons sur les avantages des biocarburants avancés pour l'environnement, « nous n'avons aujourd'hui aucune excuse pour rester les bras croisés face à ce [problème] », a-t-elle ajouté.

Selon un rapport publié le 24 janvier par la Cour des comptes française, les avantages des biocarburants pour l'environnement sont « contestables » et les automobilistes finissent par consommer plus de carburant à des prix plus élevés, même si la politique européenne actuelle sur les biocarburants s'est avérée avantageuse pour les agriculteurs.

Réactions : 

Kåre Riis Nielsen, le directeur des affaires européennes chez Novozymes, a déclaré à EurActiv : « Il existe une distinction très nette entre les biocarburants qui n'atteindront pas l'objectif de 35 % d'émissions de gaz à effet de serre si le CASI est pris en compte et ceux qui pourront l'atteindre. Nous pensons que toutes les nouvelles politiques dans ce domaine devraient être fondées sur le CASI. Elles devraient promouvoir les biocarburants les plus performants, garantir leur disponibilité sur le marché et s'assurer que les biocarburants avancés soient promus et développés. »

Isabelle Maurizi du European Biodiesel Board, a déclaré : « Le biodiesel est l'un des moyens d'atteindre l'objectif européen de 10 % d'énergie renouvelable dans les transports. Nous devrions garder à l'esprit que c'est une alternative renouvelable aux carburants fossiles. »

« Il est toujours difficile de légiférer en se basant sur des rapports aux résultats si différents », a-t-elle poursuivi. « L'étude de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, qui sera sans doute celle utilisée par la Commission européenne, présente des lacunes dans sa méthodologie. La recherche américaine présente des résultats inverses. L'éthanol, par exemple, est moins performant que le biodiesel, alors que les études européennes montrent le contraire. »

Rob Vierhout, le secrétaire général d'ePURE, a déclaré à EurActiv que cette différence pouvait s'expliquer en partie par le fait que les États-Unis produisaient de l'éthanol à partir du maïs, contrairement à l'Europe. « A ma connaissance, ils n'utilisent pas non plus de betteraves sucrières, qui produisent pourtant le meilleur éthanol au monde. En outre, de nombreuses centrales américaines fonctionnent au charbon, ce qui est très rarement le cas en Europe. Vous comparez donc des pommes et des poires, les résultats ne peuvent pas être similaires en Europe.  Les matières premières et les technologies de traitement sont différentes. »

Robbie Blake, le porte-parole des Amis de la Terre pour les biocarburants, a déclaré à EurActiv que les entreprises qui investissaient dans le biodiesel auraient dû faire des recherches plus approfondies. « Si j'avais décidé d'investir dans le secteur du biodiesel, je me serais engagé dans un secteur qui entraîne la déforestation et qui ne tient pas sa promesse de fournir des carburants propres et verts », a-t-il déclaré.  

Selon lui, les projets de l'UE dans ce domaine auraient aussi dû être étudiés plus minutieusement : « Je pense que nous pouvons tirer une conclusion claire : si les États membres s'en tiennent à leurs projets, il est très probable que les émissions de gaz à effet de serre augmenteront, surtout si l'on compte sur les huiles de palme et de soja bon marché mais très néfastes.

Nusa Urbancic, l'experte en biocarburants de Transport and Environment, pense qu'il est « difficile de savoir » si les politiques européennes dans ce domaine ont augmenté les émissions de gaz à effet de serre par le passé, en raison du manque de données fiables et de suivi. « Mais ces chiffres [de l'UE divulgués] donnent une idée sur ce qui se produira à l'avenir si nous ne faisons rien », a-t-elle expliqué à EurActiv.

« Si la demande actuelle évolue comme prévu dans les plans d'action nationaux, la plus grande part de cette évolution sera due à la production de biodiesels connus pour émettre plus de gaz à effet de serre que les carburants fossiles. Nous pouvons donc affirmer avec certitude que si nous continuons à agir en fonction des politiques actuelles, nous prenons le risque d'augmenter le niveau d'émissions au lieu de le réduire. »

Prochaines étapes : 
  • Printemps 2012 : l'UE présentera sa nouvelle proposition de loi sur les biocarburants et les CASI.
Arthur Neslen — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

L'objectif initial de l'UE pour l'utilisation de biocarburants était de 2 % du marché des combustibles fossiles pour 2005 et de 5,75 % pour fin 2010. L'objectif actuel pour l'utilisation d'énergie renouvelable dans les transports est établi à 10 % d'ici 2020.

L'utilisation de biocarburant est en croissance constante à travers l'UE, qui est à mi-chemin de son objectif de 10 % de biocarburants d'ici 2020. La Slovaquie est sur le point d'atteindre cet objectif, suivie de l'Autriche et de la France.

Le European Biodiesel Board, un groupe chargé de la promotion du secteur, affirme que les carburants d'origine végétale améliorent la qualité de l'air, réduisent les gaz à effet de serre et soutiennent les agriculteurs.

L'organisation argue que le biodiesel a une faible teneur en soufre et permet une réduction des émissions de carbone de 65 à 90 % par rapport au diesel traditionnel. Elle assure également que le biodiesel produit beaucoup moins d'émissions de particules affectant l'air que les populations respirent. En outre, contrairement aux combustibles fossiles, le biodiesel est biodégradable.

Suite aux critiques sur le fait que les biodiesels importés des pays en développement affectaient les sols et l'eau et détournaient l'attention portée aux cultures vivrières au profit des cultures destinées aux carburants, les politiques européennes encouragent l'utilisation de sources plus durables, comme les résidus d'huile végétale issus de la restauration ou de la production industrielle.

Il s'agit d'un débat ouvert sur les bénéfices des biocarburants pour l'environnement. Bien qu'ils permettent de réduire les émissions de carbone dans les transports, les biocarburants utilisés pour le chauffage domestique contribuent largement aux émissions de dioxyde de soufre, responsable en grande partie de la mauvaise qualité de l'air au sein de l'UE, selon le dernier rapport sur la qualité de l'air de l'Agence européenne pour l'environnement.

La croissance du marché européen repose principalement sur l'importation d'huiles végétales qui devraient augmenter de 21 % en 2011 pour atteindre le record de 2,42 millions de tonnes métriques. L'Argentine fournit la grande majorité de ces importations, suivie de l'Indonésie.

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