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L'Europe pourrait se débarrasser des gaz fluorés d'ici 2020

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Publié 30 mai 2012
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CO2 emissions, F-gas, HFC

Il serait réaliste d'envisager d'interdire dans l'UE la plupart des gaz à effet de serre fluorés utilisés dans les appareils mobiles d'air conditionné et de réfrigération d'ici 2020, selon une récente étude.

L'étude « Availability of Low-GWP Alternatives to HFCs: Feasibility of an Early Phase-Out of HFCs by 2020 » de l'université des sciences appliquées de Karlsruhe soutient que les hydrofluocarbures (HFC, le type de gaz à effet de serre fluoré le plus commun) pourraient être remplacés par d'autres éléments non polluants et efficaces sur le plan énergétique dans 20 secteurs industriels différents en huit ans.

« Interdire les HFC dans les nouveaux équipements pourrait empêcher la libération de 600 millions de tonnes d'équivalent [de] CO2 dans l'atmosphère d'ici 2030. C'est plus que les émissions de carbone annuelles de tout le Royaume-Uni », a expliqué Clare Perry, porte-parole de l'Agence de recherche sur l'environnement (EIA) qui a financé cette étude. 

« Dans le même temps, de nombreuses alternatives sont plus efficaces sur le plan énergétique que les techniques existantes», a-t-elle poursuivi. 

Le secteur et les défenseurs de l'environnement exercent de plus en plus de pressions sur l'UE, dans la mesure où elle devrait bientôt proposer de nouvelles règles pour les HFC. La méthodologie de cette étude a donc rapidement été remise en cause par Andrea Voigt, directrice générale de l'EPEE (European Partnership for Energy and the Environment).  

Ce rapport « ne peut pas être qualifié de nouveau », car il est fondé sur des données existantes de la Commission européenne, a-t-elle avancé. Elle préfère se référer à un rapport commandé par l'EPEE et mené par les instituts de recherche français ERIE et ARMINES.    

« Les résultats de cette étude prouvent clairement que les émissions de HFC peuvent être réduites d'au moins 15 % et jusqu'à 60 % sans avoir besoin d'introduire une interdiction », a-t-elle déclaré à EurActiv. L'étude en question a été publiée en octobre 2011, mais l'EPEE devrait prochainement publier une étude de suivi.

Les émissions en hausse

Les HFC ne représentent aujourd'hui que 1 à 2 % des émissions de gaz à effet de serre, mais ce pourcentage augmente de 8 à 9 % par an. Certaines études scientifiques affirment que si rien n'est fait, ils pourraient représenter entre 9 et 19 % de toutes les émissions d'ici 2050.

Le HFC le plus utilisé, le HFC 134a, est plus de mille fois plus nuisible que le CO2 en termes de réchauffement climatique.

En 2006, l'UE a adopté un règlement relatif aux systèmes de climatisation fixes et la directive MAC sur les systèmes de climatisation mobiles, dans le but d'éliminer certains des HFC utilisés dans ces systèmes. 

Il y a tout juste un mois, l'UE a envoyé à l'Italie et à Malte des « avis motivés » pour prévenir ces pays qu'ils pourraient être exposés à des actions en justice en cas de non-respect des exigences européennes sur les HFC.

Une étude indépendante réalisée dans le cadre de la révision de la législation révèle cependant de graves lacunes dans la loi en vigueur.

Révision de la réglementation sur les HFC

L'UE révise actuellement sa réglementation sur les gaz à effet de serre fluorés et devrait présenter de nouvelles propositions à l'automne prochain.

L'un des débats clés porte sur le plafonnement et la réduction progressive des HFC, une option favorisée par le secteur, ou la possibilité d'interdire la mise sur le marché des HFC avec le potentiel de réchauffement de la planète (PRP) le plus élevé.

L'étude de Karlsruhe décrit les limites et les interdictions de mise sur le marché comme « des moyens très efficaces de réduire les émissions de HFC ».

Mme Voigt considère toutefois que la réduction progressive des HFC est déjà visible « dans les domaines où cette méthode est applicable et pertinente en termes d’efficacité énergétique et de sécurité ».

Les chiffres du secteur sont quant à eux sans appel : les coûts d'une révision de l'utilisation des agents frigorigènes seraient trop élevés et contre-productifs.

Ce n'est pourtant pas ce qu'affirme le rapport de l'université de Karlsruhe, rédigé par le Professeur Michael Kauffeld, un expert en technologie de réfrigération.

« Bien que les coûts d'investissement pour les alternatives aux HFC soient souvent plus élevés, ils sont souvent compensés par la baisse des coûts de fonctionnement sur la durée de vie de l’équipement », peut-on lire dans ce document.

« Ces économies d'énergie permettent en outre de réduire de 2 % les émissions d'équivalent de CO2. »

Des agents frigorigènes naturels

Les agents frigorigènes naturels sans fluor comme l'ammoniac, le CO2 et le propane sont d'autres réfrigérateurs possibles. Mais il existe aussi d'autres méthodes et d'autres processus, comme les matériaux isolants à base de fibre, les inhalateurs de poudre sèche destinés au traitement de l'asthme et les conceptions de bâtiments innovantes.

Selon cette étude, il n'existe pas d'alternative unique pour remplacer les HFC dans toutes leurs applications.

Les alternatives à faible PRP sont déjà utilisées dans plus de 90 % des nouveaux réfrigérateurs et dans près de 25 % des nouveaux climatiseurs industriels, selon ce rapport.

« Il s'agit d'une occasion en or pour diminuer progressivement l'utilisation des HFC en Europe. Cela relève de sa responsabilité », a commenté Mme Perry. « Il n'y a aucune raison d'autoriser de nouveaux équipements ou produits HFC sur le marché alors que des alternatives efficaces, sûres et peu coûteuses sont disponibles. »

Prochaines étapes : 
  • Automne 2012 : l'UE devrait présenter ses nouvelles propositions de loi sur les gaz à effet de serre fluorés après la longue révision de la loi de 2006.
Arthur Neslen — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

Certains scientifiques estiment que si nous ne réduisons pas nos émissions de CO2 de 80 à 95 % d'ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990, un réchauffement de la planète de plus de 2°C aurait des conséquences catastrophiques. La contribution des HFC au réchauffement climatique est contestée, mais bien réelle.

Le Groupe intergouvernemental des Nations unies sur l’évolution du climat estime que la présence de HFC dans l'atmosphère représentait en 2005 17 % de la contribution de l'Homme au changement climatique. Les HFC sont couverts par le protocole de Kyoto qui a obligé l'UE à réduire de 8 % ses émissions de gaz à effet de serre entre 2008 et 2012.

La réglementation européenne de 2006 sur les systèmes de climatisation et les applications industrielles fixes visait à réduire les fuites, améliorer la récupération de matériel, l’étiquetage des produits, la transmission des données sur les émissions à l'UE et la réduction progressive de certains HFC comme le SF6 (moulage sous pression du magnésium). La mise en oeuvre de ces règles a toutefois été inégale.

La même année, la directive MAC prévoyait de limiter les HFP avec un potentiel de réchauffement de la planète de plus de 150 dans les systèmes de climatisation des véhicules, d'ici 2017. Le PRP évalue la quantité de gaz à effet de serre dans l'atmosphère par rapport à une certaine unité de dioxyde de carbone établie à 1. La directive interdit le HFC-134a, qui a un potentiel de réchauffement planétaire de 1430 et a fait passer tout le secteur à un HFC moins toxique appelé 1234yf, avec un PRP de 4.

Achim Steiner, le directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement, décrit les HFC comme les « cibles faciles dans la lutte contre le changement climatique ». « Selon certaines estimations, toute initiative visant à plafonner puis réduire l'utilisation de ce type de gaz pourrait permettre au monde d'économiser l'équivalent d'une décennie d'émissions de CO2 », a-t-il commenté.

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