Au début de cette année, la biologiste moléculaire Anne Glover s'est vu attribuer le nouveau rôle de rapporteur auprès du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, après avoir travaillé comme conseillère scientifique en chef du gouvernement écossais décentralisé.
Malgré les coupes budgétaires de l'UE et les avertissements de l'industrie quant aux coûts des politiques climatiques, Mme Glover a affirmé que l'Europe ne pouvait pas se permettre de repousser son action climatique.
« Il est très décevant de voir que de nombreux Etats membres ont réduit leurs efforts de réduction des émissions, car ils sont en récession », a-t-elle expliqué.
« Ne vous méprenez pas. Si le changement climatique provoqué par l’Homme se poursuit au même rythme, nous allons affronter une période absolument horrible de conflits et de migrations, jusqu'à ce que la population mondiale commence à diminuer très rapidement. »
Alors que les dirigeants européens commencent à orienter leur réflexion vers la croissance et non plus seulement sur la réduction des dépenses, les contraintes liées aux ressources naturelles empêcheront les gouvernements de mener les mêmes politiques de relance que par le passé.
Ressources en baisse
« La façon la plus simple d'envisager des créations d'emplois, c'est de produire plus et d'inciter les gens à acheter plus. Mais j'attire l'attention sur le fait qu'on ne peut pas agir ainsi, car les ressources commencent à manquer », a affirmé Mme Glover.
Elle a mentionné des estimations scientifiques et de militants pour l'environnement selon lesquelles, si les modes de consommation de l'UE étaient adoptés à l'échelle mondiale, il faudrait l'équivalent de trois planètes pour pallier l'épuisement actuel des ressources.
« Nous devons réfléchir à d'autres manières d'utiliser la science, les techniques et la technologie pour pouvoir vivre sur la planète », a-t-elle déclaré. « Je pense qu'il s'agit du plus grand défi de l'humanité. »
La nomination de Mme Glover, considérée comme un pas en avant, fait suite à la promesse de M. Barroso en 2009 d'améliorer la manière dont l'UE collecte et utilise les expertises scientifiques.
« Actuellement, la plupart des conseillers du président Barroso sont des économistes et ça se comprend. Il a un scientifique aussi à présent, il l'a décidé lui-même et je pense que c'est une décision très judicieuse. »
Pressions de l'industrie
Plusieurs secteurs de l'industrie en Europe exercent actuellement des pressions contre la politique européenne relative aux émissions et aux autres mesures visant à combattre le changement climatique, qu'il s'agisse des compagnies aériennes, des entreprises de transport, des sociétés énergétiques ou encore des producteurs d'aluminium.
« Les industriels cherchent généralement à gagner du temps, c'est pourquoi ils tergiversent et on peut le comprendre du point de vue commercial », a expliqué Mme Glover. « Mais ils se privent aussi de l'opportunité d'être les premiers à tirer profit de la situation en songeant uniquement à ce qu'ils cherchent à préserver. »
Elle a donné l'exemple de l'industrie automobile européenne avec laquelle des négociations difficiles sont attendues cette année sur la définition des objectifs pour 2020 en termes d'émissions des véhicules de particuliers.
« A propos de l'industrie automobile, si vous demandez aux gens : « Pensez-vous que vous aurez en 2020 ou 2030 une voiture roulant au diesel ou à l'essence? », l'écrasante majorité répondra « non ». Tous les citoyens européens pensent que leurs voitures rouleront avec une sorte de biocarburant qui ne polluera pas l'environnement. »
Cela devrait tirer la sonnette d'alarme pour l'industrie automobile, qui devrait se dire : « Nos consommateurs veulent quelque chose d'assez différent d'ici 10 ou 15 ans, comment allons-nous y répondre ? » La Commission devrait à présent réfléchir à la manière de stimuler une réflexion innovante dans ces domaines. »




