Cet automne, les températures à la surface de la mer au large de la côte Est américaine étaient pratiquement plus élevées de 3°C que la normale, ce qui est pratiquement un record. Quelque 0,6°C pourrait être lié au changement climatique, a indiqué Dim Coumou, un analyste spécialisé dans les systèmes terrestres au Potsdam Institute for Climate Impact Research, en Allemagne.
« [Cette différence de température] a une influence sur l'intensité de la tempête parce que, si les températures à la surface de la mer sont plus élevées, les températures atmosphériques le seront aussi et l'air pourra contenir plus d'humidité. Cela peut intensifier les précipitations et la tempête elle-même. »», a-t-il expliqué à EurActiv.
Les ondes de tempête sont influencées par la hausse du niveau de la mer. Des températures de la mer plus élevées peuvent certainement alimenter des ouragans, mais M. Coumou a ajouté qu'il serait difficile, voire impossible, de déterminer les endroits où la hausse de température de l'eau est anthropique (causée par l'activité humaine) et ceux qui ne le sont pas.
Un article évalué par des pairs, publié dans le journal scientifique Nature Climate Change en juin, a révélé « une empreinte anthropique dans les changements observés de température des couches supérieures de l'océan. »
Le réchauffement de la planète devrait toutefois augmenter le cisaillement vertical du vent, la différence entre la vitesse et la direction du vent entre de courtes distances atmosphériques. Ce cisaillement pourrait réduire la quantité et l'intensité des tempêtes éventuelles.
L'ouragan Sandy était exceptionnel parce que c'était un phénomène hybride de niveau record, caractérisé par un cyclone tropical et des éléments de tempête hivernale.
Certains scientifiques estiment que la fonte rapide de la glace de mer arctique pourrait également contribuer aux phénomènes climatiques extrêmes, même s'il n'existe pas encore de consensus et qu'une recherche approfondie est nécessaire.
Les preuves mettant en relation le réchauffement de la planète aux sécheresses ainsi qu’aux vagues de chaleur sont sans équivoque, a affirmé M. Coumou. Les zones sèches, principalement la Méditerranée, deviennent plus sèches et les zones humides plus trempées.
Connie Hedegaard : « L'extrême est la nouvelle norme »
Le mois dernier, Connie Hedegaard, la commissaire européenne en charge de l'action pour le climat, a écrit que « les phénomènes météorologiques extrêmes, autrefois ponctuels, semblent être devenus la nouvelle norme ».
Elle a cité :
- une des années les plus chaudes aux États-Unis;
- des records de chaleur en Europe centrale et orientale;
- l'été le plus humide jamais enregistré au Royaume-Uni;
- les précipitations les plus abondantes dans le nord de l'Inde;
- les sécheresses les plus graves aux États-Unis et en Afrique orientale.
En septembre, les glaces marines de l'Arctique en période d'été ont atteint leur niveau historique le plus bas.
Le cabinet de Mme Hedegaard a refusé de commenter le lien éventuel entre l'ouragan Sandy et le changement climatique. Kristalina Georgieva, la commissaire européenne en charge de l'aide humanitaire et de la réaction aux crises, a toutefois déclaré dans un communiqué : « L'ouragan Sandy est un autre exemple de l’augmentation de l'intensité et de la fréquence des catastrophes naturelles. »
Günter Oettinger : « C'est une question extrême »
Lorsqu'EurActiv lui a demandé si la hausse de la fréquence des tempêtes extrêmes devrait donner la priorité à des mesures de limitation du changement climatique eu Europe et aux États-Unis, Günther Oettinger, le commissaire européen en charge de l'énergie, n'a pas vraiment répondu à la question.
« C'est une question extrême et intéressante », a-t-il déclaré. « Espérons avant tout qu'il n'y ait pas de catastrophe et que nos amis américains s'en sortent du mieux [qu'ils peuvent] dans l'État de New York. »
« Ensuite, attendons de voir le résultat des élections de la semaine prochaine. »
M. Oettinger a expliqué que les États-Unis et la Chine émettaient 45 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone alors que l'Europe en émettait 12 %. C'est la raison pour laquelle l'engagement américain est nécessaire.
« Des engagements contraignants sont nécessaires et nous devons jeter un coup d'oeil à l'équilibre mondial au-delà de nos frontières », a-t-il ajouté.
Des États membres tels que la Pologne se sont farouchement opposés aux nouveaux objectifs contraignants de réductions des émissions, en l'absence de promesses réciproques et multilatérales.
Parmi les prochaines mesures de sécurité énergétique de l'UE, M. Oettinger a également souligné que « si nous importons tout notre gaz de la Russie et que nos partenaires russes doivent chauffer leurs bâtiments avec de vieilles centrales au charbon, ce n'est pas un bon partenariat pour répondre aux défis du changement climatique. »
Barack Obama : « étonné » que le réchauffement de la planète n'ait pas été abordé dans la campagne américaine
Alors que l'ouragan Sandy se préparait à frapper les États-Unis le 27 octobre, le président, Barack Obama, a brisé le silence de sa campagne sur le réchauffement de la planète. Il a déclaré lors d'un entretien sur la chaîne MTV qu'il était « étonné que cette question n'ait pas été abordée dans les débats [télévisés] » avec le candidat républicain Mitt Romney.
Des auteurs de blogs écologistes ont indiqué qu'ils doutaient que le président se soit apparemment senti obligé d'attendre le modérateur du débat ou son adversaire pour aborder le sujet.
Au demeurant, M. Obama a concédé que : « Nous n'avançons pas aussi vite que nous le devrions. C'est un problème que les générations futures, les téléspectateurs de MTV, vont devoir affronter, encore plus que la génération précédente. C'est donc une question essentielle. »
Les États-Unis n'ont pas ratifié le protocole de Kyoto et M. Obama semble laisser entendre que les nouveaux objectifs contraignants de réductions des émissions du successeur au protocole sont moins importants que la recherche et l'innovation.
« Afin de résoudre le problème dans son ensemble, nous aurons besoin de quelques avancées technologiques », a-t-il déclaré, parce que les pays en développement construisent toujours des centrales au charbon.




