Dans son jugement du 16 janvier 2008, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Total SA, le quatrième groupe pétrolier mondial, à une amende de 375 000 euros, sanction maximale pour pollution maritime, en réparation du « préjudice écologique » provoqué par le naufrage de l’Erika.
C’est la première fois qu’en France, un tribunal rend un jugement qui tienne compte des dommages environnementaux. Ce jugement pourrait établir un précédent juridique de poursuites entamées à l’encontre d’entreprises ou de personnes pour catastrophe écologiques majeurs.
Le droit maritime international exclut généralement la responsabilité des affréteurs. Cependant, le tribunal a jugé que l’affréteur était uniquement la filiale de Total, Total Transport, qui a été relaxée. Pour sa part, Total SA a été jugée coupable de faute d’imprudence lors de sa procédure d’inspection et de contrôle.
Cette « négligence » a eu un rôle causal dans le naufrage et a donc provoqué l’accident, a déclaré le juge Jean-Baptiste Parlos. L’armateur italien de l’Erika, Guiseppe Saverese, et son gestionnaire italien Antonio Pollara ont également été jugés responsables et condamnés à 75 000 euros d’amende chacun, la sanction maximale pour des personnes physiques. D’après le tribunal, les deux hommes ont commis une faute en réduisant les travaux d’entretien de l’Erika pour économiser de l’argent, malgré l’importante corrosion des structures du navire.
L'organisme de contrôle maritime italien Rina, que les juges ont condamné pour avoir donné son certificat de navigabilité à l'Erika sans avoir procédé aux contrôles nécessaires « sous la pression de contraintes commerciales », doit également s’acquitter de l’amende maximale pour une entreprise, 175 000 euros.
Les quatre parties doivent également payer près de 200 millions de dommages et intérêts pour la centaine de parties civiles impliquées dans l’affaire, notamment l’Etat français, les régions, les groupes de protection de l’environnement comme Greenpeace, les pêcheurs et les hôteliers.
Onze autres parties accusées, notamment Karun Mathur, capitaine indien du navire et Bertrand Thouillin, ancien chef de la sécurité chez Total, ont été relaxés. Les accusations de « mise en danger de la vie d’autrui », qui auraient pu entraîner des peines de prison, ont toutes été abandonnées.
L’affaire n’est cependant pas terminée, Total et les autres parties condamnées disposent encore de dix jours pour faire appel de la décision. Une telle initiative entraînerait une suspension des sanctions et un nouveau procès d’ici un an environ.



