Cette organisation, menée par l'entreprise allemande SolarWorld AG, affirme qu’une augmentation antidumping des prix à 120 % doit être appliquée aux modules solaires chinois et à 80 % aux wafers solaires pour que les fabricants européens se développent de manière rentable, selon des documents juridiques publiés en ligne.
« Si l'enquête antidumping aboutit au type d'augmentation des prix réclamé à l'UE, nous reviendrons sans doute aux prix de 2009, mais sans les tarifs de rachat de 2009 », a expliqué Jodie Roussell, porte-parole de Trina Solar.
L'entreprise Trina Solar, basée à Changzhou, fait l'objet d'une enquête de la Commission européenne. C'est également le cas des sociétés Yingli Green Energy, Suntech Power Holdings Co Ltd et Canadian Solar Inc.
Jusqu'à hier, les détails de la précédente plainte antidumping de ProSun n'avaient pas été rendus publics, mais un résumé de la plainte, publié par une coalition rivale, l'AFASE (Alliance For Affordable Solar Energy), a révélé ce qu’elle considèrent comme le cœur de l'action contre les entreprises chinoises.
Les marges de dumping (la différence entre les prix de vente en Chine et les prix à l'exportation vers l'UE) s'élèvent à 60-70 % pour les modules solaires, à 70-80 % pour les cellules solaires et à 80-90 % pour les wafers solaires.
L'AFASE affirme que la plainte se fonde sur les prix américains plutôt que sur les chiffres réels de vente chinois, au motif que la Chine n'est pas une économie de marché.
« EU ProSun parvient donc à des marges de dumping qui ne sont pas liées aux prix de vente réels et aux coûts en Chine », peut-on lire dans le résumé de la plainte.
Bien que EU ProSun n’ait pas dévoilé son propre résumé de la plainte, elle conteste cette interprétation. Elle soutient que la Commission peut seulement imposer des droits à l’extrémité la plus basse des marges de dumping et de préjudice.
La Chine représente actuellement plus de 50 % de la production photovoltaïque mondiale.
Plainte anti-subventions
Dans sa plainte anti-subventions déposée hier, EU ProSun accuse les banques d'État en Chine d’offrir des lignes de crédits illégales afin d'assurer la mainmise du pays sur le marché.
À l'issue d'une affaire similaire lancée par SolarWorld aux États-Unis, le ministère américain de l'énergie a conclu que Beijing avait versé plus de 25 milliards de dollars (19,4 milliards d'euros) de subventions à son secteur naissant des technologies propres.
« Nous exhortons la Commission européenne à aller vérifier les comptes en Chine. Je pense qu'elle y trouverait encore plus [que 25 milliards de dollars de subventions] », a déclaré à EurActiv Milan Nitzschke, vice-président de SolarWorld AG.
« La China Construction Bank a offert des lignes de crédit d'environ 33 milliards d'euros à des entreprises qui ne seraient pas à même d'obtenir un prêt dans les pays occidentaux », a-t-il déclaré.
« Ces entreprises peuvent alors demander des prêts à faible taux d'intérêt dans des banques occidentales. C'est ce qui force les entreprises européennes à mettre la clé sous la porte. »
À présent, la Chine dispose d’une capacité suffisante pour répondre deux fois à la demande mondiale en panneaux solaires, une situation « complètement insensée » que ProSun compte bien corriger, selon M. Nitzschke.
La Commission européenne a 45 jours pour décider si elle souhaite ouvrir une enquête, ce qui risquerait de pousser Beijing à riposter.
La part du lion
Les détails de la plainte d'EU ProSun ont été dévoilés en même temps qu'un rapport du Centre commun de recherche qui affirme que deux tiers des installations photovoltaïques dans le monde (avec une production de 18,5 GW) avaient été réalisées en Europe l'année dernière.
La capacité photovoltaïque globale du continent est aujourd'hui de 52 MW et permet de répondre à 2,2 % des besoins de l'UE en énergie, soit suffisamment d'énergie pour couvrir la demande en électricité d'un pays comme l’Autriche.
En tout, 98,5 milliards d'euros ont été investis dans le monde pour les technologies de l'énergie propre en 2011.
Selon un autre rapport publié par l'EPIA (European Photovoltaic Industry Association) hier, il est « très réaliste » d'envisager une accélération de l'approvisionnement en énergie solaire pour répondre à 15 % des besoins en électricité de l'Europe d'ici 2030.
Les plans d'action des États membres envisagent actuellement que l'UE tire à peine 2,4 % de son électricité de l'énergie solaire d'ici 2020. Mais l'Union a déjà presque atteint ce chiffre et l'EPIA estime que le photovoltaïque représentera au moins 4 % de l'électricité européenne avant la fin de la décennie.
« Les marchés du photovoltaïque solaire se développement et s’élargissent rapidement », a expliqué à EurActiv Frauke Thies, directrice politique de l'EPIA.
Le succès des panneaux solaires photovoltaïques a toutefois amené certains acteurs politiques, comme le commissaire européen à l'énergie, Günther Oettinger, à appeler à la révision de la police de subvention en vigueur.
« Trop d'aide aux énergies renouvelables »
« Dans certains cas, trop d'aide a été accordée [aux énergies renouvelables] », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse des ministres de l'énergie à Chypre au début du mois. « Trop d'efforts ont été consentis pour encourager les énergies renouvelables, ce qui a soulevé un problème d'opportunisme. »
Les « opportunistes » en question sont les projets d’énergies renouvelables non rentables qui ont bénéficié de financements des États membres.
« Nous sommes prêts [à nous assurer] que les programmes de soutien aux énergies renouvelables soient être progressivement réduits », a expliqué M. Oettinger. « Pour combien de temps ? C'est la question. »
La prochaine proposition européenne sur le marché énergétique intérieur, consultée parEurActiv, indique que les règles de ces programmes d'aide doivent être « régulièrement révisées pour déterminer leur pertinence et leur ampleur ».
Ce document fait également mention d’orientations de la Commission européenne sur « les meilleures méthodes et expériences issues des programmes d'aide à l'énergie renouvelable et des réformes de ces programmes ».
Trois scénarios
Indépendamment du contexte réglementaire, le document de l'EPIA « Connecting the Sun » prévoit trois scénarios pour le développement de l'énergie solaire photovoltaïque dans le réseau électrique européen :
- dans le cadre d'un scénario d'activité normale, le photovoltaïque solaire représente 4 % de l'électricité fournie en 2020 et 10 % en 2030 ;
- ces chiffrent passent respectivement à 8 et 15 % dans le cadre d'un scénario accéléré ;
- dans le cadre d'un scénario de changement fondamental, une part de 12 et 25 % de l'électricité européenne pourrait être atteinte.
Cette étude avance que même sans une modernisation majeure des réseaux, il serait possible d’augmenter le niveau de pénétration du photovoltaïque grâce à la combinaison des installations de stockage existantes, de la gestion de la demande et de la réalisation du potentiel de production photovoltaïque sur place ou à proximité, afin de contourner le besoin en lignes de transmission.
Dans une quinzaine de régions européennes, le photovoltaïque couvre déjà près de 10 % de la demande annuelle en électricité. En Espagne, dans la communauté autonome d'Estrémadure, il représente même plus de 18 % de la consommation d'électricité.
Ces dix dernières années, l'industrie européenne du photovoltaïque s'est développée de 40 % par an en moyenne, alors que les coûts de production ont chuté d'environ 60 %.




