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Une feuille de route prévoit de réduire de 25% les émissions de CO2 d'ici 2020

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Publié 16 février 2011, mis à jour 17 juin 2011

Les économies d'énergie pourraient permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 25 % d'ici 2020. C'est ce qui ressort d'une copie de l'ébauche de la très attendue « feuille de route visant à passer à une économie à faible intensité de carbone en 2050 », à laquelle EurActiv a eu accès.

Les objectifs actuels de l’UE pour 2020 impliquent une réduction des émissions de 20 % par rapport à 1990, l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le paquet énergétique de l’UE de 20 % et l’amélioration de l’efficacité énergétique de 20 % également.

Mais lors d’un retournement de situation au coeur du débat pour savoir si la crise économique avait permis de rendre la réduction de 30 % des émissions plus réalisable, le document précise que la mise en place d'objectifs provisoires concernant les économies d’énergies réduirait les émissions de 5 % supplémentaires.

« L’analyse montre que la solution rentable pour effectuer la réduction attendue en 2050 nécessitera de diminuer les émissions dans l'UE de 25% en 2020 », peut-on lire dans le document. « Cependant, cela montre également que l’UE peut réaliser cette réduction si elle parvient à respecter sa promesse actuelle d’augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique d’ici 2020 ».

Le document devrait être publié la semaine prochaine.

Le groupe environnemental Friends of the Earth a salué la nouvelle, avec toutefois certaines réserves.

 « Une réduction de 25 % représente un peu plus que le pourcentage habituel et constitue clairement un pas en arrière comparé aux 30 % proposés », a déclaré la militante du groupe de préservation du climat et de l’énergie, Brook Riley.

« La science du climat et la responsabilité historique nous montrent que l’Europe doit réduire ses émissions d’au moins 40 %, sans avoir recours à la compensation internationale. Nous ne pouvons nous permettre de laisser la pression de grandes entreprises et d’autres intérêts personnels empêcher une action efficace de l’Europe ».

La commissaire chargée de l’action pour le climat, Connie Hedegaard, maintient que la proposition de réduire les émissions de 30 %, formulée par les dirigeants européens à condition que d’autres grands pays pollueurs fassent de même, est totalement indépendante de la feuille de route.

« Nous proposons de nouveaux exercices, de nouveaux modèles et de nouvelles mesures d’efficacité pour élever le débat », a confié une source de la Commission à EurActiv. « Nous sommes actifs et intensifions nos politiques et nos projets de manière à être encore plus ambitieux. La commissaire ne reviendrait jamais sur sa promesse de fixer l’objectif à 30 % ».

Néanmoins, le pourcentage de 25 % sera inévitablement perçu comme un résultat du marchandage de Bruxelles, puisqu’il s’assoit insidieusement entre les objectifs de 20 % et de 30 % de réduction du CO2. Un éventuel échec sera sans doute mis sur le compte de l’impuissance actuelle de la Commission à faire respecter ses objectifs contraignants en matière d’économie d’énergie.

Vers 80-95 % de réduction d'ici 2050

La feuille de route, qui date du 9 février 2011, est principalement une analyse des coûts liés aux différentes étapes à mettre en place pour atteindre les objectifs de l'UE visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80-95 % par rapport aux niveaux de 1990 d'ici 2050.

Ce document établit des objectifs de réduction d'émissions pour 2020 (25 %), 2030 (40 %), 2040 (60 %) et 2050 (80-95 %). Il fournit également une modélisation et des ventilations sectorielles des moyens les plus rentables d'y parvenir.

Un « investissement majeur et durable » est proposé pour les énergies renouvelables, les réseaux intelligents, le captage et stockage de carbone (CSC), les procédés industriels avancés et le développement des transports électriques sur une période de 40 ans.

Le document prévoit que l'augmentation des dépenses atteigne environ 270 milliards d'euros chaque année ou 1,5 %  du PIB de l'UE supplémentaires par an, à ajouter aux 19 % du PIB qui sont actuellement investis à ces fins.

50 milliards d'euros de plus seront également nécessaires pour la recherche et le développement au cours des dix prochaines années.

Mais sur 40 ans, les économies générées par l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables devraient réduire les coûts moyens des carburants dans l'UE de 175 à 320 milliards d'euros par an, en fonction de l'étendue et de la vitesse de l'action climatique.

La feuille de route laisse entendre qu'en cas de succès du développement des transports électriques, la demande en biocarburants ne dépassera sans doute pas les niveaux de 2020, à savoir probablement environ 10 % du panel énergétique.

Cela concernerait principalement les poids lourds et l'aviation.

Le captage et stockage de carbone devra également être développé à plus grande échelle après 2035 avec un coût annuel de 10 milliards d'euros.

Le SCEQE et les technologies à faible émission de carbone  

Le système communautaire d'échange de quotas d'émission (SCEQE) devra être renforcé pour stimuler le développement d'un plus grand nombre de technologies à faible émission de carbone. Pour cela, un signal suffisamment fort sur le prix du carbone et une prévisibilité à long terme seront nécessaires, peut-on lire dans le document.

La feuille de route propose de mettre de côté de 500 à 800 millions de quotas au cours de la transition entre la Phase deux et la Phase trois du SCEQE, de 2013 à 2020 pour compenser les excès d'attribution de quotas durant la Phase deux.

Réactions : 

Simone Ruiz, responsable de la politique européenne pour l'International Emissions Trading Association, a déclaré à EurActiv que seuls les chiffres étaient nouveaux dans la feuille de route en ce qui concerne la compensation des SCEQE, ils ont été ajustés à l'objectif de réduction de 25 %.

« Nous avons des questions sur la manière dont cela pourrait être mis en œuvre », a-t-elle ajouté. « Selon la directive SCEQE, vous devez mettre aux enchères tous les quotas qui n'ont pas été alloués gratuitement, donc nous supposons qu'il faudrait modifier la directive et ensuite voir comment ce signal serait perçu par les marchés », a déclaré Mme Ruiz.

« Au final, un telle politique a pour objectif d'influencer les dynamiques du marché et de renforcer ou de relancer le prix du carbone, et cela ne fonctionne que si les acteurs du marché voient cela comme une réduction permanente de l'approvisionnement », a ajouté Mme Ruiz.

Abyd Karmali, directeur exécutif du bureau européen des marchés mondiaux des droits d'émission de carbone de la banque américaine Merrill Lynchà Londres a également souligné la sensibilité des marchés au changement. « Toute tentative d'ajuster des aspects du SCEQE doit être effectuée avec beaucoup de précautions », a-t-il déclaré, « car les acteurs du marché s'attendent à ce qu'il n'y ait pas d'ajustement a posteriori, à ce qu'il y ait une communication anticipée concernant tout changement proposé et à ce que les changements soient mis en place sur un calendrier qui sera donné en avance à tous les acteurs du marché ».

« En théorie, toutefois, le fait de retirer 500 à 800 millions de quotas européens du marché est aux mains de la Commission européenne, en partie à cause de la transition d'une phase où les allocations seraient gratuites à une nouvelle phase de mise aux enchères et parce que la Commission s'occupera essentiellement de la plateforme des enchères. Si des retards sont observés lors de ces enchères, ces retards se reproduiront sur la mise des quotas européens sur les marchés. La question est de savoir s'ils envisageraient de retarder un si grand volume de quotas et si cela ne causerait pas des perturbations sur les marchés à cause des attentes déjà communiquées en termes de timing et de volumes. »

Brook Riley, qui se bat pour la préservation du climat et de l'énergie chez Friends of the Earth, a déclaré que cette question était importante. « La science du climat et la responsabilité historique nous montrent que l’Europe doit réduire ses émissions d’au moins 40 %, sans avoir recours à la compensation internationale », a-t-il déclaré. « Nous ne pouvons nous permettre de laisser la pression de grandes entreprises et d’autres intérêts personnels empêcher une action efficace de l’Europe. Dans ce contexte, la position du commissaire Oettinger qui s'oppose à l'objectif de 30 % est particulièrement regrettable ».

Commentant les indications qui laissent penser que les économies d'énergie représenteront une grande partie des réductions d'émission, il a ajouté : « Le fait que la commissaire Hedegaard s'appuie sur l'efficacité énergétique pour parvenir à des réductions d'émission de CO2 plus importantes renforcent les arguments en faveur d'objectifs contraignants en matière d'économie d'énergie pour 2020. L'énergie la plus propre est celle qu'un pays n'utilise pas, mais il est évident pour tous que si l'UE reste sur cette pente, elle ne parviendra pas à la moitié de son objectif d'économie d'énergie. Nous devons établir un objectif contraignant en matière d'économies d'énergie maintenant ».

Jason Anderson, responsable du changement climatique et de la politique énergétique
au Fonds mondial pour la nature (WWF), a commenté : « La feuille de route pour 2050 semble établie pour confirmer que notre objectif actuel diffère très peu de l’ordinaire : tenir les promesses existantes nous permettra de dépasser ce niveau, et l’Europe même d'en faire davantage. Nous espérons que le Conseil et le Parlement considéreront cette analyse et appelleront à une évolution d’au moins 30 % pour 2020 ».

Il a poursuivi: « Nous attendons de la Commission qu’elle livre une analyse indiquant de profonds potentiels de réductions dans tous les secteurs de l’économie, telles que des économies nettes. Le développement de politiques effectives dans les économies d’énergie sera crucial, la proposition législative à venir de la Commission doit apporter des économies de 20 % d’ici 2020, en commençant par fixer un objectif contraignant. Il faudra également ajuster le système d’échange d’émissions européen, sans quoi, au vu des reports et des compensations, il risque de devenir un moyen d’augmenter les émissions industrielles européennes plutôt que de les réduire ».

Pour Stephen Boucher, le directeur du programme de la Fondation européenne pour le climat, l’ébauche de document était en avance, au vu de sa portée. « L’ébauche de communication de la Commission contient de bonnes nouvelles », a-t-il fait remarquer, « en gardant les niveaux actuels d’investissements dans les énergies renouvelables et en nous remettant sur la voie des progrès en matière d’efficacité énergétique, nous obtiendrons au moins 25 % de réductions des émissions d’ici 2020, ce qui ne change rien en réalité. Mais en l’absence d’objectif clair pour augmenter les réductions de l’Union et d'un SCEQE plus strict, nous ne posséderons pas de prix du carbone ou de politique permettant de stimuler les investissements visant à réduire les émissions de carbone qui nous permettrait de concurrencer la Chine. Il est bienvenu que la Commission reconnaisse que l’idée des 30 % reste ouverte et que le SEQUE doit être réduit ».

Sandrine Dixson-Declève, la directrice du « European Corporate Leaders Group » du Prince de Galles a bien accueilli la feuille de route, affirmant qu’elle « donnerait aux dirigeants d’entreprises et aux investisseurs la sécurité d’investissement dont ils ont besoin à long terme. Cependant, nous avons besoin de clarifier si les 25 % indiqués par la Commission correspondent aux 20 % d’avant ou s’il s’agit d’un scénario du statu quo et si la prochaine solution rentable pour 2030 est de 40 %. Maintenant que la feuille de route va se concrétiser, nous sommes impatients de travailler avec la Commission pour assurer que les bons signaux de politique et de prix sont en place pour atteindre nos objectifs finals de réduction et que les financements privés et publics sont alloués de manière appropriée ».

 « A la fin de la journée, il est essentiel que les gouvernements des Etats membres avancent et montrent s'ils soutiennent la proposition de la feuille de route ou non. Actuellement, la position de plusieurs Etats concernant les objectifs et les plannings n'est pas claire. En juillet dernier, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont indiqué dans une lettre ouverte au Financial Times qu’ils soutenaient l’objectif de 30 %. Ce message a été soutenu par un groupe d’entreprises. Cependant, de nombreux pays européens n’ont toujours pas indiqué s’ils soutenaient un objectif plus ambitieux que 20 % d’ici 2020 et dans certains Etats les modifications rétroactives de politiques dans le domaine de l’énergie renouvelable ont engendré des incertitudes quant au soutien national des investissements pour la réduction des émissions de CO2 ».

Prochaines étapes : 
  • 9 mars : La Commission européenne doit publier sa feuille de route concernant les réductions de carbone pour 2050.
Contexte : 

L’UE s’est fixée l’objectif contraignant de réduire ses émissions de 20 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2020. Elle a également promis de faire passer ce taux à 30 % si d’autres Etats s’engageaient à faire de même.

L’UE avait abouti à une nouvelle directive sur les énergies renouvelables en décembre 2008, qui intégrait dans la loi l’objectif de tirer 20 % de l’énergie de l’Union de sources d’énergies renouvelables d’ici 2020.

En octobre 2009, les dirigeants européens ont adopté un objectif à long terme qui vise à réduire les émissions engendrées collectivement par les Etats de 80 à 95 % par rapport à 1990. Cela correspond aux recommandations de l’organisme scientifique de l’ONU, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, pour éviter des changements catastrophiques du climat de la planète.

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