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Tentant de résister à son concurrent américain Boeing, le constructeur européen Airbus a annoncé qu'il supprimerait 10 000 emplois en France, Allemagne, Grande-Bretagne et Espagne, suscitant des réactions syndicales à travers l'Europe.
Après une année noire en 2006, Airbus, le constructeur aéronautique célèbre pour avoir détrôné le plus grand constructeur d'avions commerciaux au monde, Boeing, a annoncé des plans de restructuration considérables qui menacent 10 000 emplois à travers l'Europe.
Au cours de ces dernières années, l'entreprise a été gravement touchée par une série de perturbations de gestion ainsi que par la faiblesse du dollar, monnaie dans laquelle sont fixés les prix des avions commerciaux, alors même que les coûts de production sont payés en euros.
De plus, un retard de deux ans dans la livraison de son projet A380 superjumbo, une fois qualifié par la Commission européenne de "symbole de ce que l'Europe peut obtenir, même dans les branches de haute technologie où la concurrence est la plus féroce, en travaillant ensemble", a engendré un trou de 5 milliards d'euros dans les gains attendus de la maison-mère d'Airbus, EADS (l'Agence européenne d'aéronautique et de défense), qui détient 80% des parts d'Airbus.
La structure complexe de l'entreprise d'Airbus semble être la principale responsable des retards, des querelles internes entre des dirigeants haut-placés et des interférences d'Etat de la part de la france et de l'Allemagne ayant distrait l'entreprise de ses opérations commerciales.
L'Etat français possède 15% des parts d'EADS et le groupe Largadère SCA en possède 7,5%. Alors que l'Allemagne n'a pas une participation directe dans EADS,
DaimlerChrysler AG détient 22.5% des droits de vote et Berlin pèse fortement sur les prises de décision, en tant que client unique de l'entreprise le plus grand dans le secteur de la défense.
Le président d'Airbus, Louis Gallois, a annoncé son projets de supprimer 4 300 emplois en France, 3 700 en Allemagne, 1 600 en Grande-Bretagne et 400 en Espagne au cours des quatre prochaines années. Environ la moitié des suppressions d'emplois concernera le coeur des effectifs d'Airbus et le reste touchera les sous-traitants, employant environ 30 000 collaborateurs.
Le groupe a déclaré qu'il chercherait à éviter les licenciements secs en recourant à des plans de départ volontaire comme la retraite anticipée, mais sans faire de promesse : "Si ces mesures ne génèrent pas de réductions à la cadence prévue au cours des 12 à 18 mois prochains, d’autres mesures devront être prises en considération pour atteindre les objectifs prévus".
Néanmoins, cette annonce a immédiatement suscité de vives réactions de la part des employés français et allemands, qui ont arrêté le travail et se sont spontanément mis en grève.
Aucune décision n'a encore été prise pour déterminer quelles usines parmi les 16 implantées en France, Allemagne, Royaume-Uni et Espagne seraient fermées - les Etats membres n'étant pas parvenus à trouver un compromis sur le sujet.
Il leur reste maintenant à décider s'ils introduisent une requête pour demander de l'aide au fonds européen pour la mondialisation, doté d'un budget de 500 millions d'euros, lancé le 1er janvier 2007, afin de fournir une aide dans les affaires de licenciements affectant plus de 1 000 employés suite à des "modifications majeures dans les structures du commerce mondial" (EurActiv 14/12/06).
Ce plan de licenciement fait partie d'un programme général de restructuration, rendu public le 28 février 2007 et surnommé Power8, et a pour but de restorer l'efficacité d'Airbus - qui a admis que sa situation financière actuelle n'était pas viable - afin de faire face à une concurrence qui se fait de plus en plus pressante.
Grâce à ce système de réduction des coûts, Airbus espère dégager 5 milliards d'euros de liquidités d'ici 2010, somme nécessaire au développement du nouvel avion géant A350 pour concurrencer le 787 Dreamliner de Boeing. La concurrence fait rage entre les deux géants aéronautiques. A partir de 1999, Airbus était parvenu à dépasser son rival, mais en 2006, Boeing, a enregistré davantage de commandes de futures livraisons, rattrapant de nouveau le groupe européen s'efforçant de résoudre des luttes intestines.
Le 1er mars 2007, la France a annoncé qu'elle apporterait à Airbus un soutien financier s'élevant à 100 millions d'euros, afin de permettre le développement de technologies composites à partir de fibres de carbone, nécessaires à la construction du nouvel A350.
Les risques d'envenimer le conflit avec les Etats-Unis - qui sont déjà opposés à l'Europe dans une dispute menée devant l'OMC suite à des accusations de subventions illégales. Les Etats-Unis ont bien sûr signalé à l'UE ainsi qu'aux quatre pays impliqués dans la gestion d'Airbus que tout financement des gouvernements à destination de l'A350 violerait les règles internationales (EurActiv 16/11/06).
Le président d'Airbus, Louis Gallois, a déclaré: "Nous faisons ce que d'autres entreprises ont déjà fait, mais nous sommes un peu en retard". Il a critiqué l'appréciation de l'euro, estimant que "ce choix était fait dans l'intérêt du consommateur (européen), mais peut-être pas totalement dans celui du producteur". Il a ajouté : "Nous ne pouvons continuer à produire à des coûts actuels en euros, et à vendre aux prix de Boeing en dollars".
Il s'est engagé à mettre fin aux "luttes internes pernicieuses", évoquant les égoïsmes nationaux concurrents au sein de l'entreprise, déclarant: "Nous devons nous intéresser à l'avenir d'Airbus et pour ce faire, nous devons finaliser l'intégration de l'organisation".
Il a également déclaré qu'il s'entretiendrait avec les dirigeants syndicaux afin d'essayer de les convaincre de la pertinence du plan, estimant que les actions de grève ne feront qu'aggraver la situation.
Le 1er mars, le commissaire européen aux Transports, Jacques Barrot, a appelé Airbus à se défaire des "ingérences politiques" : "On paye chèrement un mauvais mode de gouvernance [car quelques pays] au lieu de faire du communautaire, c'est-à-dire de l'intégration, ont choisi l'intergouvernemental".
Cependant, dans le même temps, le premier ministre français, Dominique de Villepin, a annoncé la décision de son gouvernement de réinjecter 100 millions d'euros dans l'entreprise Airbus.
Il a déclaré: "Les grands actionnaires du groupe, français et allemands, ont pris une décision majeure, celle de lancer l'A350. Ce projet permet d'assurer à la société un véritable avenir industriel. C'est la clé du maintien d'une industrie aéronautique forte en Europe". Il a également ajouté qu'une restructuration était nécessaire pour aller de l'avant : "Ce plan est nécessaire pour sortir définitivement de la situation d'incertitude et préparer l'avenir".
Entre-temps, le chef du parti socialiste français, Francois Hollande, a vivement critiqué le gouvernement français, l'accusant d'avoir provoqué la crise. Il a déclaré : "J'accuse les gouvernements en place depuis 2002 de ne pas avoir joué le rôle dans le contrôle, vigilance et même la nomination du personnel".
La candidate française à la présidence, Ségolène Royal, a ajouté que, si elle était élue, elle chercherait le soutien de la chancelière allemande, Angela Merkel, pour suspendre le plan de restructuration et pour "remettre à plat la gestion d'Airbus" dans le but de résoudre la crise que traverse le groupe basé en France.
Cependant Angela Merkel a répondu : "Nous voulons que l'entreprise redevienne compétitive" même si cela doit "être éprouvant pour les employés".
L'Allemagne a en effet semblé approuver ce plan qui, selon les termes du ministre de l'économie, Michael Glos, "équilibre" le poids des suppressions d'emploi, les répartissant équitablement entre les investisseurs nationaux et garantissant la production à venir et la capacité de développement de son pays.
Les travailleurs perçoivent la situation différemment. Le président du comité d'entreprise d'Airbus-Allemagne, Rüdiger Lütjen, a déclaré : "Nous nous battrons pour chaque emploi".
Selon une responsable du syndicat de la métallurgie (IG Metall) d'Allemagne, Jutta Blankau, le syndicat va par la suite discuter "les prochaines étapes" avec les travailleurs, ajoutant : "La bataille pour l'avenir d'Airbus ne fait que commencer".
Julien Talavan, le porte-parole du syndicat des travailleurs, Force Ouvrière, faisant écho à ces déclarations, a déclaré : "Ce n'est que le début". Il a accusé le gouvernement français de ne pas savoir protéger ses industries par des mesures suffisantes et a déploré le fait que des emplois seraient supprimés à Toulouse plutôt qu'au sein de l'usine allemande de Hambourg.
Avant l'annonce du plan "Power8", Jean-François Knepper, délégué central du syndicat Force ouvrière à Toulouse, a tenu l'Allemagne pour responsable de la restructuration, en indiquant : "Si l'on compare Airbus à un arbre, ce sont les branches françaises qui portent les fruits. S'il y a des branches à couper, ce n'est pas en France".