L'entreprise britannique BAE Systems, dont pratiquement la moitié des recettes provient de la vente d'armes pour le Pentagone, pourrait devenir une entreprise-cible car elle n'a pas conclu l'accord de 35 milliards d'euros avec EADS, le groupe franco-allemand qui détient Airbus.
D'un point de vue politique, cet échec pourrait porter préjudice au premier ministre britannique, David Cameron, parce qu'il n'est pas parvenu à persuader la chancelière allemande, Angela Merkel, à autoriser la fusion. Il est désormais confronté à un avenir incertain pour la société d'ingénierie la plus importante du pays.
Les parties prenantes d'EADS ont surtout exprimé leur soulagement. Elles craignaient en effet d'investir dans un constructeur d'aéronautique civile qui s'aventurait sur un marché de la défense en déclin.
L'échec de la fusion est toutefois un revers pour Tom Enders, le patron d'EADS, qui espérait que la fusion affaiblirait le contrôle politique de Berlin et de Paris sur sa société.
La Grande-Bretagne et la France ont toutes deux soutenu la fusion, mais l'Allemagne n’a jamais été en faveur. Les entreprises indiquaient pourtant qu'elles étaient disposées à s'engager à maintenir les emplois, à permettre à Berlin de détenir une plus grande part ainsi qu'à respecter d'autres conditions.
« Nous avons commencé à nous demander si cet accord avait réellement un sens », a déclaré un responsable allemand haut placé. Il a ajouté que les investisseurs s’y opposaient.
Pour BAE, une entreprise privée qui jouit de contrats privilégiés avec le Pentagone, l'Allemagne et la France auraient du limiter leur contrôle sur l'entreprise issue de la fusion pour éviter d'éloigner Washington qui ne veut pas que des pays étrangers exercent une influence sur ses fournisseurs en matière de défense.
« Nos conditions sur l'engagement et l'implication des gouvernements étaient claires et nous ne voulions pas les dépasser », a indiqué Ian King, le directeur exécutif de BAE. « Si cette fusion empiétait sur notre capacité à diriger cette nouvelle entité, à soutenir et à développer notre entreprise existante, nous la refuserions. Il s’agit de notre position à l’heure actuelle. »
Conflit entre parties prenantes
Finalement, des responsables allemands ont affirmé que les parties n'étaient pas parvenues à résoudre le conflit sur la participation des actionnaires pour satisfaire tout le monde. Paris avait prévu d'aller jusqu'à 13,5 % en achetant une part détenue par l'entreprise française d'Arnaud Lagardére. Des responsables allemands ont affirmé que Berlin aurait fait de même.
Les Britanniques voulaient établir le plafond à 10 % pour tout le monde parce qu'ils craignaient que les Allemands et les Français n'atteignent une minorité de blocage avec un plafond plus élevé.
Les entreprises ont toutefois estimé qu'elles auraient pu combler la différence si l'Allemagne avait voulu négocier davantage.
« La France et le Royaume-Uni ont convenu que l'Allemagne aurait la même participation actionnaire que la France dans l'entreprise fusionnée. En parallèle, de larges garanties ont été accordées sur la sauvegarde des intérêts liés à la sécurité nationale, des sites et des emplois. Le lieu du siège social a été vivement discuté, mais ce n'était pas un problème suffisant pour que l'accord échoue », a indiqué une source proche de la transaction.
La fusion aurait créé un groupe employant près de 250 000 personnes qui aurait pu rivaliser davantage avec le rival américain, Boeing.
Quant à savoir si les gestionnaires de BAE ont senti la pression provoquée par la réaction orageuse des investisseurs suite à l'échec des plans, M. King a répondu : « Certainement pas. Pas plus que d'habitude. »
La Grande-Bretagne a soutenu l'accord et le fait que les influences française et allemande auraient dû être limitées pour que l'accord soit conclu, principalement au vu de l'importante activité de BAE aux États unis.
« Selon nous, pour que cette entité fusionnée ait été un succès, il aurait fallu qu'elle soit capable d'opérer comme une entreprise commerciale libre sans être contrôlée ou influencée par un seul gouvernement. L'entreprise a apparemment décidé que c'était quelque chose qu'elle n'était pas capable d'atteindre », a déclaré Philip Hammond, ministre britannique de la défense.




