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Mettre une annonceLe directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a officiellement suspendu les négociations sur la libéralisation du commerce international, mettant un terme à cinq ans de négociations. Les principales puissances commerciales, dont l'UE, rendent les Etats-Unis responsables de cet échec.
Le programme de Doha pour le développement, lancé en novembre 2001 dans la capitale du Qatar (Doha), avait pour objectif de libéraliser les échanges internationaux en réduisant les taxes douanières sur les produits agricoles et industriels et les subventions agricoles, et souhaitait avant tout générer des bénéfices concrets pour les pays en développement.
Le premier objectif était de finaliser les négociations d'ici fin 2005 pour faire en sorte que l'accord puisse être adopté par les Etats-Unis dans le cadre d'une procédure rapide, et non en passant par des débats sans fin au Congrès.
Bien que le cycle ait connu quelques avancées - notamment à Hong Kong en décembre 2005, où les pays riches ont décidé d'éliminer l'ensemble de leurs subventions agricoles à l'exportation d'ici 2013 et de permettre un accès aux marchés en franchise de droit et sans contingent pour les produits originaires des pays les moins avancés - un accord définitif semblait difficile à atteindre.
Les dates limites successives n'ont pas été respectées et, lors de la réunion du G8 en juillet 2006 à Saint-Pétersbourg, les dirigeants des principales économies du monde se sont engagés à donner à leurs négociateurs commerciaux la flexibilité nécessaire pour obtenir un accord de compromis, décidant de mener des négociations marathons au cours des week-ends des 23-24 et 28-29 juillet 2006.
Cependant, le 24 juillet 2006, le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a officiellement annoncé la suspension des négociations, à la suite du refus des Etats-Unis de réduire davantage ses subventions agricoles si l'UE et les économies émergentes comme l'Inde, la Chine et le Brésil ne réduisaient pas en échange leurs droits de douane sur les produits agricoles et industriels.
Accès au marché : l'absence d'accord signifie que l'Europe et les Etats-Unis perdront un nouvel accès aux marchés des économies émergentes comme la Chine et le Brésil pour leurs produits et services industriels exportés. Cela signifie également que les exportateurs agricoles ne profiteront pas des réductions des droits de douane les plus importantes que l'UE n'ait jamais offertes. De plus, cet échec signifie aussi devoir renoncer à l'accord multilatéral récent sur l'accès aux marchés en franchise de droit et sans contingent pour les produits originaires des pays les moins avancés.
Subventions ayant des effets de distortion des échanges : Les Etats-Unis et l'UE pourront maintenir les subventions à leur production agricole, renforçant ainsi de manière artificielle leur compétitivité et entraînant de la surproduction et du dumping, dont les victimes sont les agriculteurs pauvres des pays en développement.
Crédibilité de l'OMC : Cet échec pourrait sérieusement entamer la crédibilité du système de commerce international et de l'OMC en tant qu'institution. L'organe de règlement des différends, le seul organe supranational actuellement en mesure de délivrer des jugements obligatoires sur les conflits entre les pays, pourrait être ébranlé.
Retour du bilatéralisme : Cet échec pourrait signifier le retour à un système d'accords bilatéraux et d'accords de libre-échange donnant l'avantage aux plus forts. La multiplication des règles commerciales et des tarifs douaniers pourrait alors entraîner des coûts de transaction plus élevés et nuire à l'environnement du commerce et des investissements.
Le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, a exprimé sa "profonde déception et tristesse" quant à la décision de suspendre les négociations et a reproché aux Etats-Unis d'avoir "refusé d'accepter, ou au moins de reconnaître la flexibilité dont ont fait preuve les autres dans la pièce", jugeant préférable de suspendre les négociations.
La commissaire européenne à l'agriculture, Mariann Fischer Boel, a déclaré qu'il serait possible de relancer les pourparlers dans l'avenir mais a ajouté : "pour être honnête, je ne pense pas que cela aura lieu tout de suite. Il n'y a aucune nouvelle date limite." L'UE était prête "à faire le geste qu'il faut pour parvenir à un accord. Malheureusement, les Etats-Unis ont préféré en rester là," a-t-elle déclaré, ajoutant : "Nous continuerons de faire tout notre possible pour aider nos partenaires dans le monde en développement."
Les Etats-Unis ont été le seul gouvernement parmi les six grands acteurs de l'OMC à améliorer leur offre, a souligné le ministre indien au commerce, Kamal Nath.
Cependant, selon les représentants américains, ce sont les autres pays qui sont responsables de cet échec. "Malheureusement, il est devenu clair hier que certains des participants étaient plus intéressés par un cycle de Doha allégé," a déclaré la représentante américaine pour le commerce, Susan Schwab.
"Nous avons manqué une opportunité très importante de montrer que la multilatéralisme fonctionne," a indiqué le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy. Selon lui, il s'agit d'une occasion manquée d'intégrer des membres plus vulnérables dans le système de commerce international, "le meilleur espoir pour renforcer la croissance et réduire la pauvreté"; il prévient de l'impact négatif sur l'économie mondiale d'un éventuel retour au protectionnisme. "Permettez-moi d'être clair : il n'y a pas de gagnant, ni de perdant dans cette assemblée. Aujourd'hui, il n'y a que des perdants," a-t-il ajouté.
Le 'European Services Forum', un réseau de représentants du secteur des services en Europe, a indiqué que les pays développés et en développement passeraient à côté d'éventuels bénéfices économiques conséquents car "les services ont été une fois de plus pris en otage par l'agriculture", même si ce secteur "ne représente que 8% du commerce mondial et 2% de l'économie des pays développés."
Selon Oxfam, les Etats-Unis et l'UE doivent "modifier fondamentalement leurs offres" afin de contribuer à la croissance des plus pauvres. "Le coût d'un nouveau délai est toujours énorme... L'UE et les Etats-Unis restent libres de subventionner leurs principaux producteurs agricoles et de continuer le dumping, tandis que les pays en développement s'efforcent de garantir la survie de leurs agriculteurs et d'obtenir un accès aux marchés riches des pays Nordiques," indique Oxfam.
Greenpeace et les Amis de la Terre Europe considèrent tous deux la suspension des négociations comme une bonne nouvelle pour les pays pauvres et l'environnement et demandent aux dirigeants internationaux de profiter de "cette occasion ... pour établir un nouveau système de commerce international reposant sur l'équité et la durabilité." "L'échec à l'OMC d'aujourd'hui prouve encore que l'époque où les intérêts des pays en développement étaient balayés d'un revers est révolue," a déclaré Daniel Mittler, conseiller dans le domaine du commerce pour Greenpeace International. "Des alternatives multilatérales à l'OMC existent. Il est maintenant temps pour les gouvernements de les explorer," a-t-il conclu.