Dimanche 27 juillet, les négociations semblent avoir franchi un pas vers un dénouement heureux quand les pays d’Amérique latine ont annoncé la conclusion d’un accord avec l’UE, mettant fin à un conflit de longue haleine au sujet des importations de bananes.
Selon Ronald Saborio Soto, ambassadeur du Costa Rica auprès de l’OMC, les 16 années de conflits autour de la banane sont terminées. Nous pouvons enfin oublier la dispute la plus complexe de l’histoire du GATT et de l’OMC, a-t-il déclaré à Reuters.
L’affaire de la banane avait constitué un point de friction considérable lors des négociations sur l’agriculture, empêchant la signature d’un accord plus vaste sur le les marchandises tropicales et sur la question de l’érosion des préférences, deux thèmes cruciaux en vue d’un pacte international sur le commerce (EurActiv 18/07/08).
« L'une des questions les plus conflictuelles du cycle de Doha a été réglée », s’est réjoui M. Soto. Quant aux fonctionnaires de l’UE, ils se sont montrés plus prudents, préférant parler de progrès appréciables par rapport à la banane.
En effet, des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) ont immédiatement dénoncé l’accord, le considérant comme inacceptable. Ils ont menacé de bloquer l’ensemble des négociations si aucune modification n’y était apportée. Le problème, c’est que la réduction des tarifs douaniers de l’UE pour les producteurs latino-américains implique automatiquement une perte de parts de marché pour les producteurs des Etats ACP, qui bénéficient actuellement d’un accès privilégié à l’UE.
Mais autant l’UE que les Etats-Unis sont catégoriques : un accord sera signé avant la fin juillet. Susan Schwab, la représentante américaine au Commerce, a accusé les économies émergentes d’essayer d’anéantir l’équilibre fragile des compromis discutés vendredi.
« Nous avions trouvé une issue vendredi soir pour obtenir un accord, elle n'était pas parfaite, mais elle était délicatement équilibrée et avait reçu un soutien fort », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « Malheureusement, un petit nombre de pays émergents ont décidé de rééquilibrer les choses en faveur de l'un ou l'autre sujet », La représentante américaine au Commerce a également fait référence à la Chine, après que des négociateurs de Pékin ont suscité la colère d’autres pays en développement en demandant que certains secteurs clé de la production agricole puissent échapper aux suppressions des droits de douane.
Le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson a déclaré que la Chine constitue également une source de conflit potentielle dans la mesure où son ardent négociateur a outré les pays d’Afrique et d’Amérique latine en insistant pour obtenir des mécanismes de sauvegarde spéciaux qui permettraient à la Chine d’augmenter ses tarifs agricoles en cas de hausse des importations.
M. Mandelson a également admis que l’UE est confrontée à la pression de ses propres Etats membres qui exigent d’importantes concessions de la part des partenaires de l’UE. En effet, des pays comme l’Irlande, la France et la Hongrie affirment que la réduction moyenne de 60 % des droits de douane agricoles proposée est excessive en comparaison des éventuels bénéfices dans l’accès aux marchés non agricoles (NAMA).
Mais il a signalé les progrès réalisés dans le domaine des services – qui représentent le plus gros de l’économie européenne et sont l’un des avantages comparatifs les plus importants dans le commerce international –, lesquels pèsent en faveur d’un accord global. Les négociations se poursuivront cette semaine.
Si les 35 pays actuellement présents à Genève parviennent à un accord, le texte devra encore être approuvé par les 153 Etats membres de l’OMC.



