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Mettre une annonceLes ministres des Affaires étrangères de l'UE ont donné leur feu vert pour entamer les négociations de libre-échange avec des partenaires commerciaux clés en Asie, une initiative qui, selon le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, pourrait détourner l'attention des négociations sur un accord commercial mondial.
L'Asie et de l'Amérique latine exerçant une pression compétitive considérable, la Commission a présenté en octobre 2006 une nouvelle stratégie commerciale destinée à favoriser l'accès des entreprises européennes aux nouveaux marchés, stimulant ainsi la compétitivité et la croissance en Europe.
Ce document intitulé "Une Europe compétitive dans une économie mondialisée" fait de la conclusion des accords commerciaux bilatéraux une priorité après la suspension du cycle de Doha.
Le 23 avril 2007, les ministres européens des affaires étrangères ont convenu d'ouvrir des négociations sur les accords de libre-échange (ALE) avec l'Inde, la Corée et les dix pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), afin d'améliorer la compétitivité européenne face au Japon et aux Etats-Unis dans ces régions, représentant un peu moins de 10% du total des échanges commerciaux de l'Europe avec le monde.
Les Etats membres ont insisté pour que la conclusion des négociations commerciales mondiales du cycle de Doha à l'OMC reste la première priorité commerciale, tout en ajoutant que les négociations multilatérales stagnant depuis juillet 2006, "il convenait de faire progresser rapidement les accords de libre-échange bilatéraux afin d'améliorer la compétitivité extérieure et les conditions d'accès au marché des industries européennes sur ces marchés, importants face aux concurrents mondiaux".
Selon la Commission, ces accords encourageront de 24,2% les exportations européennes vers les pays de l'ASEAN, de 56,8% vers l'Inde et de 47,8% vers la Corée, ajoutant plus de 40 milliards d'euros aux recettes annuelles des exportateurs.
Le commissaire au commerce, Peter Mandelson, a déclaré que ces accords contribueraient à ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises européennes et feraient finalement avancer l'agenda commercial multilatéral en couvrant des domaines tels que l'investissement, la propriété intellectuelle et les marchés publics qui ne sont pas inclus dans les négociations de commerce international.
BusinessEurope a sans surprise salué la stratégie européenne de développer une nouvelle génération d'accords de libre-échange (ALE) reposant sur des critères économiques plutôt que des préoccupations d'ordre géopolitiques ou de développement. Selon l'organisation patronale européenne, des approches complétant le processus de l'OMC étaient devenues nécessaires, considérant les retards continus des négociations de Doha et la prolifération rapide des accords de libre-échange bilatéraux et régionaux entre plusieurs grands partenaires commerciaux de l'Europe : "Sans une intervention rapide, cette tendance pourrait avoir des conséquences très fâcheuses sur la part de marché de l'UE dans les principaux marchés à croissance rapide et pourrait par conséquent affecter véritablement sa compétitivité, la croissance et les emplois en Europe".
Toutefois, l'initiative européenne visant à établir des accords bilatéraux ont été critiqués par les ONG et l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Selon un récent rapport de l'OMC portant sur les politiques et pratiques commerciales européennes, la décision européenne de lancer de nouvelles négociations commerciales bilatérales "pourrait compliquer davantage son régime commercial et détourner l'intérêt du système commercial multilatéral".
Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a expliqué : "La plupart [des membres de l'OMC] ne peuvent pas se permettre de courir deux lièvres à la fois. Il y a un problème de diversion des ressources". Il a ajouté que les problèmes des pays les plus pauvres au monde devaient être abordés au niveau de l'OMC : "La plupart des pays en développement ont plus de problèmes avec les subventions et les mesures anti-dumping qu'ils n'en ont avec les barrières douanières. Ce sont des questions systémiques".
La responsable de la campagne d'Oxfam Pour un commerce équitable, Céline Charveriat, a indiqué que cette nouvelle stratégie constituait une sérieuse menace pour les pays en développement : "Le plan de l’UE qui porte sur le recours à des accords de libre-échange pour imposer des concessions sur les questions que les pays en développement ont rejetées à maintes reprises à l’OMC, compromettra le multilatéralisme et amplifiera la pauvreté et les inégalités".