« Nous sommes résolus à faire de cette relation un moteur plus fort de notre prospérité », ont indiqué dans un communiqué conjoint Barack Obama, le président des États-Unis, Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen et José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne.
« Un accord futur entre les deux plus importantes puissances économiques changera la donne. Nous constituerons ensemble la plus grande zone commerciale au monde », a ajouté M. Barroso lors d'une conférence de presse à Bruxelles où il a présenté les recommandations du groupe de travail à haut niveau sur l'emploi et la croissance, mis en place lors du sommet entre l’UE et les États-Unis en novembre 2011 en vue de concevoir l'accord commercial ambitieux.
Bruxelles et Washington amorceront des procédures internes afin de lancer des négociations au cours du premier semestre de cette année, a indiqué M. Barroso.
D'après les dernières estimations, un accord commercial global entre l'UE et les États‑Unis pourrait accroître le PIB de 0,5 % dans l'UE et de 0,4 % aux États-Unis d'ici 15 ans. Cela équivaudrait à 86 milliards d'euros de revenus annuels supplémentaires pour l'économie de l'UE. La simple suppression des barrières tarifaires stimulerait le commerce transatlantique de plus de 120 milliards d'euros d'ici 5 ans.
Les États-Unis et l'UE entretiennent déjà les relations bilatérales les plus étroites au monde, d'une valeur de près de 2 milliards d'euros par jour.
Des entreprises européennes et américaines ont salué le lancement des négociations.
« L'accord présente une occasion incomparable de stimuler la compétitivité, l'emploi et la croissance nécessaires à nos économies », ont indiqué dans un communiqué commun Jürgen Thumann, le président de l'association BusinessEurope, et Thomas Donohue, le président de la chambre de commerce américaine.
Un son de cloche semblable résonne sur la scène politique.
« La levée des barrières commerciales restantes et la garantie d'un accord global nécessiteront un travail acharné et des décisions courageuses dans les deux camps. Je suis toutefois déterminé à utiliser mon mandat à la présidence du G8 pour atteindre [cet objectif] et faire en sorte que les entreprises européennes et américaines remportent la course mondiale », a déclaré le premier ministre David Cameron.
Martin Schulz, le président du Parlement européen, a admis que cet accord pourrait stimuler le potentiel de l'économie transatlantique, mais surtout contribuer à l’établissement de normes mondiales grâce à une intégration de la réglementation.
Les négociations commerciales multilatérales dans l'impasse de Doha ont incité les pays à chercher des accords bilatéraux et régionaux.
Les dirigeants estiment que l'accord commercial entre l'UE et les États-Unis pourrait établir de nouvelles règles pertinentes à l'échelle mondiale et ouvrir la porte à une gouvernance mondiale renforcée.
Fondations posées, obstacles en vue
La décision de lancer les négociations est considérée comme les fondations d'un marché unique transatlantique. Les deux côtés sont cependant conscients qu'ils devront être créatifs, flexibles et ouverts d'esprit s'ils désirent atteindre un accord commercial ambitieux, selon l'une des recommandations présentes dans le rapport du groupe de travail de haut niveau.
Quand le Parlement européen a donné le feu vert à l'exécutif européen afin de commencer les négociations en octobre, il a mis en avant les difficultés inhérentes à cet accord. Il a souligné que les intérêts divergents entre l'UE et les États-Unis sur l'agriculture, le transport maritime, les OGM et les animaux clonés, par exemple, pourraient entraver la progression rapide vers un accord.
Lors de la conférence de presse à Bruxelles, Karel de Gucht, le commissaire européen en charge du commerce, a déclaré qu'il espérait que les deux camps concluent un accord d'ici deux ans, avant la fin du mandat de la Commission Barroso actuelle. Cette période coïnciderait également avec les élections de mi-mandat aux États-Unis.
Des analystes commerciaux estiment toutefois que ce scénario est trop optimiste.
Des divergences concernant la garantie des investissements, l'agriculture, le marché public et la propriété intellectuelle, en particulier dans le secteur pharmaceutique, sont apparues au cours des négociations commerciales avec le Canada débutées en mai 2009.
Un marché unique transatlantique ambitieux ?
« Un accord ambitieux éliminerait presque toutes les barrières tarifaires, favoriserait un bon nombre d'accords de reconnaissance mutuelle et rapprocherait de manière plus générale (mais n'harmoniserait pas) les règles de nombreux secteurs, réduirait les l’accès direct restreint au marché dans la plupart des secteurs des services, améliorerait les règles sur les subventions et les entreprises publiques et établirait un cadre réglementaire afin d'améliorer progressivement l'accord », a déclaré Frederik Erixon, de l’European Centre for International Political Economy (ECIPE).
Il n'existe aucun marché unique achevé dans l'UE et de nombreux secteurs aux États-Unis sont fragmentés par les réglementations des États américains. D'autres secteurs visent une harmonisation de la réglementation d'une manière impossible, a ajouté M. Erixon.
L'accord commercial UE-États-Unis pourrait également être confronté à de graves obstacles politiques.
« L'ambition freine parfois le succès. Autrement dit : de trop grandes ambitions saperont les chances de conclure un accord. Les négociations devraient viser un accord ambitieux et il importe que l'UE et les États-Unis se détachent du format déprimant de négociations au Conseil économique transatlantique, qui souffrait clairement d'être trop limité et de manquer de contexte », a précisé M. Erixon.
Les négociateurs sont bien conscients des obstacles et semblent avoir prévu une solution. Les recommandations énoncent la nécessité d'adopter des approches innovantes.
« L'accord devrait être créé pour évoluer avec le temps », peut-on lire dans ce rapport.
Même si un accord est certainement à portée de main, la question sera de savoir à quel point cet accord sera ambitieux et global, étant donné le défi de persuader des autorités indépendantes aux États-Unis et dans les États membres de l'UE d’adopter la convergence nécessaire de leurs régimes réglementaires.




