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Catalan et Gallois : pression des eurodéputés pour une reconnaissance de l'UE

Publié 08 mars 2010
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La catalan, le basque, le galicien, le gallois et le gaëlique écossais devraient devenir des langues officielles de l'Union européenne, ont déclaré la semaine dernière certains eurodéputés, accusant Bruxelles de faillir à protéger les droits de millions de personnes ne parlant pas de langues officielles de l'UE et appelant les institutions de l'UE à faire plus pour promouvoir le multilinguisme.

Appelant Bruxelles à en faire plus pour promouvoir le multilinguisme, qu'ils décrivent comme un "droit démocratique" des citoyens de l'UE, les eurodéputés de l'Alliance libre européenne (ALE) ont également demandé davantage d'action de la part de l'UE pour sauver les langues en danger telles que le corse, le breton, l'écossais et l'occitan.

Parmi ces langues, le catalan, le basque, le galicien, le gaëlique et le gallois, qui totalisent environ 14 millions de personnes, n'ont toujours pas de statut officiel au niveau de l'UE, ont déclaré des eurodéputés de l'ALE, qui représentent les nations, régions et minorités sans Etat en Europe.

La conférence, où des interprétations simultanées en catalan et gallois ont eu lieu pour la première fois dans les locaux du Parlement européen, rassemblait des législateurs et universitaires venant de tout le continent.

Avertissement des séparatistes

La politique espagnolea longtemps été travaillée par les tensions entre Madrid, qui est actuellement à la tête de la présidence tournante de 6 mois de l'UE, et les régions. Des mouvements séparatistes existent en Catalogne, au pays basque et en Galice, où sont parlés respectivement le catalan, le basque et le galicien.

Insistant sur le fait que son gouvernement s'engage dans le multilinguisme, qu'il décrit comme étant une partie de l'ADN de l'UE, Pau Solanilla, conseiller exécutif auprès du secrétaire d'Etat espagnol aux Affaires européennes, a néanmoins prévenu qu'il existe une opposition politique aux langues minoritaires dans certains Etats membres.

Décrivant l'identité comme une question épineuse, à laquelle les hommes politiques sont allergiques, M. Solanilla a affirmé que certains hommes politiques avaient peur que la diversité linguistique débouche sur des mouvements séparatistes.

Lier identité et diversité linguistique peut poser des problèmes, a averti M. Solanilla. Néanmoins, il a expliqué que le gouvernement espagnol était désormais prêt à coopérer sur les questions linguistiques et espère que les langues "co-officielles" d'Espagne, le catalan et le basque, seront utilisés régulièrement au Parlement européen prochainement.

Il existe des précédents pour l'utilisation des langues minoritaires dans les institutions de l'UE. En juillet dernier, un accord conclu entre la Commission européenne et le gouvernement britannique a ouvert la voie : les Gallois peuvent désormais écrire à l'exécutif de l'UE dans leur langue maternelle (EurActiv 09/07/09).

Par ailleurs, en novembre 2008, le gallois a été entendu et interprété au niveau de l'UE pour la première fois pendant une rencontre des ministres de la culture (EurActiv 24/11/08). Depuis lors, les Gallois ont pu écrire au Conseil de l'UE, et recevoir une réponse écrite dans leur langue maternelle.

Toutefois, les membres de l'ALE pensent que ces efforts sont loin d'être suffisants et veulent que les institutions de l'UE utilisent les changements introduits par le traité de Lisbonne pour protéger les droits des minorités linguistiques (EurActiv 01/12/09).

Le catalan invisible au niveau de l'UE

Lors de l'audition de la semaine dernière, entre-temps, certains ont plaidé pour que le catalan, qui est parlé par environ 10 millions de personnes sur 4 pays et qui est la langue officielle d'Andorre, devienne une langue officielle de l'UE.

Le catalan est utilisé par des millions de personnes tous les jours mais demeure invisible au niveau de l'UE, a déploré Kolja Bienert de l'organisation Horitzo.eu, qui promeut les intérêts de la Catalogne dans l'UE.

Concernant son utilisation dans les institutions européennes, M. Beniert s'est plaint que les Catalans soient contraints de se reposer sur la bonne volonté des hommes politiques du gouvernement espagnol pour que leur langue soit entendue.

Il est facile de rendre une langue officielle. Le gouvernement doit juste le demander, comme l'a prouvé le cas irlandais, a-t-il affirmé, ajoutant : le Parlement européenne fait preuve de beaucoup de bonne volonté mais il n'y a pas de mise en application législative, et il ne signe pas d'accords avec les gouvernements nationaux.

Faisant écho à M. Biernert, Joan Bernat, un ancien eurodéputé et spécialiste sociolinguistique, a déclaré que c’était les gouvernements qui détenaient la clé pour que le statut d'une langue soit déclaré officiel par l'UE, et non pas le nombre de personnes qui la parlent ni l’histoire.

Le nombre de personnes qui parlent la langue n'est pas du tout une condition. Regardez le maltais ou l'estonien. Ce n'est pas l’histoire non plus. Nous avons le grec aujourd'hui, mais pas l'occitan, la langue la plus importante du Moyen-âge. Ce qui compte, c'est la langue de l'Etat. Si l'Etat donne un statut officiel à une langue, elle peut également être langue officielle de l'UE, a déclaré M. Bernat.

L'anglais, une réalité que nous ne pouvons pas ignorer

Un représentant de la Commission européenne a répondu en affirmant qu'il appartenait aux Etats membres de proposer à l'exécutif de l'UE qu'une langue devienne officielle, comme cela a été le cas pour le gouvernement irlandais.

S'exprimant d’un point de vue personnel, il a dit que les langues n'avaient pas de frontières. Nous ne voulons pas confiner la langue à des frontières. Nous souhaitons qu'elles se répandent naturellement. Une langue n'est pas la propriété d'un Etat.

Le fonctionnaire de la Commission a conclu, cependant, sur une note préventive. Nous devons être réalistes, et l'anglais est une réalité que nous ne pouvons pas ignorer. Nous devons être capable de communiquer l'un avec l'autre.

L'exécutif de l'UE, qui a récemment fusionné les portefeuilles du multilinguisme avec les dossiers de l'éducation, la culture et la jeunesse, devra revoir sa politique linguistique en 2012.

Réactions : 

S’affirmant ravie de devenir la première eurodéputée à parler gallois avec interprétation au Parlement européen, l'eurodéputée Plaid Cymru Jill Evans, présidente du groupe Alliance libre européenne, a déclaré que les discriminations à l'encontre de certaines langues devait s'arrêter afin de mettre tout le monde sur un pied d’égalité dans l'UE.

Nous parlons sans cesse de la façon dont l'Europe peut développer une meilleure relation avec ses citoyens. Le meilleur moyen de commencer est d'utiliser les langues que les gens parlent vraiment, a dit Mme Evans.

L'eurodéputé corse François Alfonsi, autre membre de l'ALE, a dit que l'Union européenne ne pouvait pas se permettre de ne rien faire et de laisser des langues anciennes qui ont été fondamentales dans l'histoire de l'Europe disparaître en raison de considérations politiques étroites.

Nous avons besoin d'un engagement clair de la part de la Commission européenne, et plus particulièrement de la commissaire Vassiliou, pour qu'elle agisse avant qu'il ne soit trop tard. Il est irréaliste et inadmissible de dire qu'il s'agit d'une question relative aux Etats membres.

Appelant à ce que le catalan devienne une langue officielle de l'UE, l'eurodéputé membre de l'ALE Oriol Junqueras, du parti Gauche républicaine de Catalogne, a dit que la langue était parlée par plus de 10 millions de personnes dans l'Union européenne.

Cela veut dire que le catalan est le 13ème langue la plus parlée de l'UE. Il y a 23 langues officielles de l'UE et pourtant le catalan n'en fait pas partie, a déploré M. Junqueras.

Il s'agit d'un symptôme clair de déficit démocratique de l'UE qui doit être résolu. Le fait de ne pas reconnaître le catalan affaiblit l'UE. L'UE devrait considérer le multilinguisme comme une opportunité de se rapprocher de ses citoyens, a-t-il conclu.

L'eurodéputée Tatjana Zdanoka de l'alliance de partis « Pour les droits de l'homme dans une Lettonie unie », une autre membre de l'ALE, a affirmé qu'il n'était plus possible pour l'UE d'ignorer les discriminations fondées sur la langue. Nous nous apercevons que cette catégorie particulière de discrimination est pratiquée contre de nombreuses langues en Europe, comme le russe dans la Baltique, et le hongrois en dehors de la Hongrie.

Régler cette situation qui devient de plus en plus difficile sera un test primordial pour les nouveaux commissaires responsables du multilinguisme et des droits fondamentaux, et pour la nouvelle Commission dans son ensemble, a déclaré Mme Zdanoka.

J'espère que les commissaires Vassiliou et Reding vont mettre en œuvre des politiques cohérentes pour combattre les discriminations fondées sur la langue dans un futur proche, et prendre en compte mes meilleurs standards et pratiques disponibles dans ce domaine, a-t-elle conclu.

L'eurodéputée ALE Frieda Brepoels (N-VA, Flandre) a affirmé : nous devons être extrêmement vigilants en défendant la place de toutes les langues dans l'UE. Les citoyens européens doivent être en mesure de suivre le fonctionnement des institutions dans leur propre langue, pour qu'ils puissent se sentir davantage impliqués et prendre complètement part au projet européen.

Ian Hudghton (PNE, Ecosse), également membre de l'ALE, a commenté : les langues indigènes de l'Ecosse sont une part importante de la vie quotidienne pour de nombreuses personnes -  et sont une part importante de la culture européenne. De la même façon que le gaëlique et l'écossais ont été promus par le parlement et le gouvernement en Ecosse, ils devraient être encouragés par les institutions européennes.

Nous vivons à une époque de mondialisation croissante qui engendre certaines pressions sur les langues non-officielles et moins utilisées, mais aussi des opportunités – et l'UE a un rôle important à jouer pour assurer un avenir à long terme pour la riche tapisserie linguistiques européenne, a dit M. Hudghton.

Les nations qui n'ont pas d'Etat ne devraient pas tourner le dos à l'Europe. Elles devraient travailler avec elle pour atteindre leurs buts. Le problème n'est pas l'Europe, mais c'est que nous n'avons pas assez d’Europe. Davantage d'intégration européenne dynamiserait les régions et diminuerait l'importance relative des Etats membres, a dit Joan Bernat, professeur de sociolinguistique et ancien eurodéputé.

Prochaines étapes : 
  • 2012: La Commission doit analyser le succès de sa nouvelle stratégie pour le multilinguisme.
Contexte : 

Les eurodéputés se sont exprimés lors de la conférence "Diversité linguistique : un défi pour l'Europe" organisée la semaine dernière (4 mars) par le Groupe Verts/Alliance libre européenne (Verts/ALE) au Parlement européen.

La conférence, qui s'est déroulée dans les bâtiments bruxellois du Parlement, a réuni des personnes parlant des langues minoritaires de l'Europe toute entière, parmi lesquellesse trouvaient des personnes parlant catalan, gallois, corse et galicien.

La Commission européenne, tout en soulignant son rôle de soutien aux Etats membres, a affirmé qu'elle considérait le respect de la diversité linguistique comme une valeur clef de l'Union européenne. Elle a adopté une nouvelle stratégie sur le multilinguisme en septembre 2008.

En effet, l'importance du multilinguisme pour la Commission a été mise en avant par la nomination d'un commissaire, Leonard Orban, pour gérer ce portefeuille pour la première fois début 2007.

Cependant, la redistribution des portefeuilles en novembre 2009 pour la seconde équipe Barroso à la tête de l'exécutif européen a vu ce dossier rejoindre le portefeuille de la commissaire à l’Education, la culture,le multilinguisme et la jeunesse, actuellement la chypriote Androulla Vassiliou.

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