Pénaliser les femmes qui portent la burqa ne les libèrera pas, a affirmé aujourd'hui dans une déclaration écrite Thomas Hammarberg, le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe.
M. Hammarberg a précisé que la loi belge entrerait en vigueur le 23 juillet, introduisant des amendes et des peines allant jusqu'à sept jours d'emprisonnement pour les femmes qui portent ce genre de vêtement. En France, c'est depuis le mois d'avril que toute personne portant le niqab ou la burqa en public est sujette à une amende pouvant s'élever à 150 euros et/ou à un « stage de citoyenneté ».
Il a ajouté que certains, dans des pays tels que l'Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suisse demandaient expressément des mesures similaires. Par ailleurs, en Italie du Nord, une ancienne loi antiterroriste qui interdit de se couvrir entièrement le visage pour des raisons de sécurité a été utilisée par certaines autorités locales pour punir les femmes qui portent ce voile intégral.
Le commissaire aux droits de l'Homme a rejeté les affirmations selon lesquelles de telles interdictions « libéraient » les femmes, soulignant qu'il y avait peu d'éléments qui allaient dans ce sens.
Au contraire, M. Hammarberg a insisté sur le fait que la manière dont un petit nombre de femmes s'habillait avait été qualifié de problème majeur requérant un débat, et qu’une législation urgente était « une triste capitulation face aux préjugés des xénophobes ».
« Des problèmes bien plus profonds de tensions et de fossés interculturels ont été mis de côté par les débats sur la burqa et le niqab. Au lieu d'encourager ce discours malheureux, les dirigeants politiques et les gouvernements devraient lutter plus résolument contre les crimes de haine et la discrimination que subissent les minorités », a déclaré M. Hammarberg.
Retour de flamme ?
Le Conseil de l'Europe estime que bannir les femmes qui portent la burqa des institutions publiques comme les hôpitaux ou les bâtiments officiels pourrait avoir pour conséquence qu'elles évitent complètement ces endroits.
L'institution cite un rapport de l'Open Society Foundation qui révèle que depuis que le débat sur le voile a commencé en France, 30 des 32 femmes portant la burqa interrogées avaient subi des insultes verbales et que certaines avaient même été agressées physiquement. Elles préfèrent donc limiter le temps qu'elles passent à l'extérieur de chez elles, a expliqué l'ONG.
L'interdiction de la burqa pourrait aller à l'encontre de la Convention européennes des droits de l'Homme, notamment en ce qui concerne le respect de la vie privée et de l'identité personnelle. Par principe, l'Etat devrait éviter de légiférer sur la manière dont les gens choisissent de s'habiller, a martelé M. Hammarberg.
Recep Tayyip Erdoğan, le premier ministre turc, s'est récemment exprimé au Conseil de l'Europe, accusant la France d'enfreindre le droit à la liberté de religion suite à la mise en application de l'interdiction de la burqa en France.




