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Lettonie : retrait des brochures européennes en langue russe

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Publié 17 mars 2010, mis à jour 19 mars 2010

La Commission européenne devrait continuer à fournir des informations dans les langues non officielles de l'UE, ont pressé les eurodéputés cette semaine (15 mars), exprimant leur inquiétude face au retrait récent de brochures en langue russe produites par l'exécutif de l'UE en Lettonie.

Jill Evans, eurodéputée du parti Plaid Cymru et présidente du groupe Alliance libre européenne a écrit à la commissaire de l'UE à la Justice et aux droits fondamentaux Viviane Reding pour se plaindre du fait que les documents en langue russe qui détaillent les résultats d'une enquête officielle sur l'égalité des sexe ne sont plus disponibles.

D'après les estimations, 1 % de la population de l'UE a le russe pour langue maternelle, et 7 % pour seconde langue. Les personnes dont le russe est la langue maternelle comptent pour 40 % de la population lettone et 30 % de la population estonienne, mais les lois nationales définissent cette langue comme étrangère.

Pour expliquer sa décision d'écrire à la commissaire Reding, Mme Evans a déclaré : il est décevant de voir l'UE s'incliner devant la pression qui vise à exclure de cette manière les russophones dans les pays baltiques, une situation qu'elle trouve plus que surprenante étant donné la grande proportion de russophones dans les deux pays.

Nous entendons souvent et suffisamment que l'UE veut se rapprocher de ses citoyens et leur être plus accessible. Elle n'atteindra pas ce but en excluant délibérément d’entières communautés de langues, a réagi Mme Evans.

La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, adoptée sous les auspices du Conseil de l'Europe en 1992, protège les droits linguistiques des citoyens de l'UE. Cependant, seulement 16 Etats membres de l'UE sur 27 ont ratifié le traité, et la Lettonie ne l'a même pas signé.

Il est facile de rendre une langue officielle

En effet, Kolja Bienert de l'organisation Horitzo.eu, qui promeut les intérêts de la Catalogne auprès de l'UE, pense que le seul obstacle qui se trouve sur le chemin des langues comme le russe ou le catalan pour qu'elles deviennent des langues officielles de l'UE est l'attitude des Etats membres eux-mêmes.

Il est facile de rendre une langue officielle. Le gouvernement a juste à en faire la demande, comme l'a montré le cas irlandais, a dit M. Bienert dans une conférence au début du mois, expliquant que la Commission européenne elle-même pouvait agir seulement à la demande des gouvernements.

Faisant écho à M. Biernert, Joan Bernat, un ancien eurodéputé et spécialiste sociolinguistique, a déclaré que c’était les gouvernements qui détenaient la clé pour que le statut d'une langue soit déclaré officiel par l'UE, et non pas le nombre de personnes qui la parlent ni l’histoire.

Ce qui compte, c'est la langue de l'Etat. Si l'Etat donne un statut officiel à une langue, elle peut également être langue officielle de l'UE, a déclaré M. Bernat.

Suspicions d’intervention russe

Le cas letton est rendu plus compliqué encore par des suspicions selon lesquelles la campagne de reconnaissance de la langue russe serait menée par les services secrets russes, qui en font une questions très politisée, d'après Vadim Poleshchuk, un juriste analyste du Legal Information Centre for Human Rights (centre d'information juridique sur les droits de l'homme) en Estonie.

La Commission européenne, qui a récemment fusionné le portefeuille du multilinguisme avec les dossiers d'éducation, culture et jeunesse, devrait ensuite réviser ses politiques linguistiques en 2012.

Réactions : 

L'eurodéputée lettonne Tatjana Zdanoka, (Alliance libre européenne), dont le parti PCTVL trouve une grande partie de son socle électoral chez les russophones de Lettonie, a déclaré qu'il n’y avait aucune justification pour que la Commission européenne décide de retirer le matériel de langue russe dans cette affaire, étant donné que les russophones représentent jusqu'à 40 % de la population en Lettonie.

C'est particulièrement vrai du fait que l'affaire concerne une enquête officielle sur une question très importante qui est pertinente pour tout le monde, peu importe la langue, a dit Mme Zdanoka.

Je comprends que les fonctionnaires de la commissaire Reding ne soient pas allés jusqu'à s'excuser auprès de la représentation permanente de l'UE de la Lettonie! Il serait plus approprié de  s'excuser auprès de la communauté russophone lettone, a-t-elle conclu.

La question de la langue est la plus controversée de la politique contemporaine en Lettonie et en Estonie, a dit Vadim Poleshchuk, un juriste analyste du Legal Information Centre for Human Rights en Estonie dans une conférence au début du mois.

Toutes les langues minoritaires en Estonie et en Lettonie sont considérées comme étrangères, et les autorités estoniennes et lettonnes n'aiment pas que leurs politiques linguistiques soient critiquées à l'extérieur, a jouté M. Poleshchuk.

Pau Solanilla, conseiller auprès du secrétaire d'Etat espagnol aux Affaires européennes, a dit lors de la conférence qu'il existait une opposition aux langues minoritaires dans certains Etats membres.

Décrivant l'identité comme une question épineuse, à laquelle les hommes politiques sont allergiques, M. Solanilla a déclaré que certains hommes politiques avaient peur que des mouvements séparatistes soient engendrés par la diversité linguistique. Lier l'identité à la diversité linguistique peut poser des problèmes, a-t-il prévenu.

Parlant en son nom lors de la même conférence, un fonctionnaire de la Commission européenne a dit : je n'aime pas l'expression humiliante de "langue minoritaire", qui a été créée par les Etats membres.

Les langues n'ont pas de limites ni de frontières. Nous ne voulons pas les confiner aux frontières. Nous voulons que les langues se répandent naturellement, sans frontières. Une langue n'est pas la propriété d'un Etat et doit pouvoir s'étendre sans son accord, a poursuivi le fonctionnaire.

Les termes utilisés pour décrire les langues par l'UE elle-même posent problème, a dit Bill Bowring, professeur au Collège de Birkbeck de l'Université de Londres, déclarant que l'utilisation par l’Union de termes comme « principale », « plus répandue », « moins répandue », « moins largement utilisée », « minoritaire » et « moins enseignée » faisait qu’il existait une hiérarchie des langues en Europe, malgré l'égalité formelle des 23 langues officielle.

En référence à la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l'Europe, que seulement 16 pays sur 27 ont ratifié, M. Bowring a dit : si l'UE est sérieuse sur la protection des droits linguistiques, alors il doit y avoir des actes sérieux pour s'assurer que tous ses membres ont ratifié cette charte.

La situation dans l'UE est très insatisfaisante. Il y a des contradictions et confusions, et certains Etats membres violent la charte qu'ils ont signé, a-t-il ajouté.

Contexte : 

La Commission européenne, tout en soulignant son rôle de soutien aux Etats membres, a affirmé qu'elle considérait le respect de la diversité linguistique comme une valeur clef de l'Union européenne. Elle a adopté une nouvelle stratégie sur le multilinguisme en septembre 2008.

D'après les estimations, environ 40 millions de personnes dans l'UE parlent régulièrement plus de 60 langues européennes non reconnues.

Selon les estimations, 40 % de la population lettone et 30 % de la population estonienne, ont pour langue maternelle le russe.

L’an dernier, la Commission européenne a été accusée par les eurodéputés de l’Alliance européenne libre de ne pas être suffisamment « courageuse » pour mettre en place des initiatives concrètes pour promouvoir les langues des minorités dans la stratégie multi linguiste (EurActiv 01/12/09).

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