L’eurodéputé allemand de centre droit Michael Gahler (PPE) craint que cette loi linguistique slovaque, adoptée le 30 juin, ne criminalise l’usage des langues ethniques minoritaires dans le pays.
La loi amendée, proposée par le ministre de la culture Marek Maďa'rič, mettra en place des amendes allant jusqu’à 5 000 euros pour l’usage « incorrect » du slovaque à partir de septembre. Elle renforce également la réglementation officielle du slovaque « correct ».
Par exemple, les mémoriaux et les plaques affichant un texte à la fois en slovaque et dans une langue étrangère ne peuvent comporter une inscription étrangère plus grande que la slovaque.
Evoquant l’obligation d’utiliser en priorité le slovaque lors d’évènements culturels auxquels seules sont présentes les minorités, M. Gahler a qualifié la nouvelle loi d’absurde et de disproportionnée.
Des versions plus anciennes du projet de loi allaient même plus loin, Mais une proposition de Maďa'rič de forcer les stations de radio locales à diffuser d’abord en slovaque puis seulement dans la langue minoritaire a été retirée du texte adopté.
La Slovaquie viole des principes respectés par tous dans l’UE et méprise les recommandations respectives du Conseil de l’Europe, qui prévoient l’usage élargi des langues minoritaires, a déclaré M. Gahler, qui n’a pas hésité à dire que le pays risquait de se discréditer comme membre de l’UE et de devenir un Etat totalitaire à nouveau si ces nouvelles dispositions sont appliquées systématiquement.
L’eurodéputé allemand a affirmé que cette nouvelle loi prouve que le gouvernement de coalition du premier ministre slovaque Robert Fico n’est pas encore mentalement ou politiquement arrivé en Europe, alors que le gouvernement précédent, chrétien démocrate, avait déjà prouvé que des relations sereines entre groupes ethniques étaient possibles en Slovaquie.
Une Slovaquie moderne et ouverte qui communique et coopère étroitement avec ses voisins dans le centre de l’Europe serait le meilleur choix pour ce pays et ses habitants. Cependant, on peut difficilement attendre cela de la coalition gouvernementale actuelle, a déclaré M. Gahler.
Une opposition critique
Le Parti de la coalition hongroise (SMK) d’opposition a critiqué la loi car elle violerait le principe d’égalité en établissant une discrimination contre les minorités.
Les officiels hongrois savent très bien que l’on touche ici aux droits de l’homme, qui ne sont pas une problématique nationale, en particulier quand l’Etat est membre de l’UE, a déclaré la députée SMK Agnes Biró au Slovak Spectator.
Mme Biró craint que la peur de l’amende sous l’empire de la nouvelle loi découragera les minorités ethniques d’utiliser leurs propres langues.
Les tensions entre la Slovaquie et la Hongrie n’ont cessé de monter depuis l’adoption de la loi, le mois dernier.
Le premier ministre slovaque Fico a jeté de l’huile sur le feu, le 5 juillet, en affirmant que la langue slovaque devait être protégée du dangereux irrédentisme qui se fait entendre de plus en plus sur l’autre rive du Danube, rapporte l’agence TASR.
Colère hongroise
Les officiels hongrois n’ont pas caché leur mécontentement : la présidente du parlement à Budapest, Katalin Szilli, a déclaré à la radio slovaque que le loi cause à la minorité hongroise de Slovaquie des désavantages sans précédents en Europe.
Pour l’analyste politique Laszlo Öllős, les Slovaques ont très bien appris de leur propre histoire ce que cela signifie d’exclure une langue des communications officielles. Et la Hongrie ne veut pas garder le silence, a-t-il déclaré au Slovak Spectator.
En effet, le ministre hongrois des Affaires étrangères a condamné la nouvelle loi le jour même de son adoption, l’estimant inquiétante du point de vue du droit international et y voyant un sombre message politique, selon l’agence SITA.



