Le premier ministre britannique, David Cameron, se prépare à présenter sa conception de l'avenir de la Grande-Bretagne dans l'UE lors d’un discours mercredi (23 janvier) après des mois de conflits entre les Britanniques et le continent sur la manière de gérer les défis financiers et économiques de l'Europe.
La Grande-Bretagne ne devrait pourtant probablement pas réduire ou rompre ses liens avec le continent en matière d'aide au développement à l'étranger. Une séparation pourrait nuire à l'influence de la Grande-Bretagne sur la scène internationale, notamment dans plusieurs anciennes colonies, et l'UE se retrouverait sans l’un de ses partisans les plus engagés dans l'aide aux pays les plus pauvres.
« [Concernant] l'ampleur des défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui, qu'il s'agisse de changement climatique [ou] d'insécurité alimentaire, je pense que n’importe quel pays serait naïf de penser qu’il puisse s'attaquer seul à ces problèmes », a déclaré Mikaela Gavas, une chercheuse à l'Overseas Development Institute, un groupe de réflexion basé à Londres. Elle a ajouté que la Grande-Bretagne « perdrait la portée de l'UE à l'échelle mondiale » si elle quittait l'Union européenne.
Dans le même temps, la Grande-Bretagne a exercé une influence significative dans la conception de la politique étrangère de l'UE. Sous des gouvernements conservateurs et travaillistes, Londres a joué un rôle central dans la réorganisation des politiques d'aide et l'incitation d’autres pays avancés à s'attaquer à la pauvreté dans le monde.
« Une priorité clé du Royaume-Uni [concernait] les résultats, la responsabilité, la transparence et l’optimisation des ressources », a indiqué Mme Gavas à EurActiv lors d'un entretien téléphonique. « L'une des raisons pour lesquelles ce message est arrivé aussi clairement à tous les autres donateurs européens, dont un certain nombre font réellement pression en faveur, c'est que le Royaume-Uni est un membre fort du club. »
« Il n'aurait pas le même poids s'il n'en était pas membre. Il n'aurait pas eu le droit de vote, ce qui est extrêmement important », a ajouté Mme Gavas, qui a travaillé pour l'agence d'aide du gouvernement britannique (DFID) et le Parlement européen.
Le rôle de Tony Blair à l'échelle mondiale
La Grande-Bretagne a joué un rôle central en matière d'aide au développement au cours des 10 ans de Tony Blair au poste de premier ministre. M. Blair a créé une commission pour l'Afrique et a fait appel au chanteur irlandais Bob Geldof et à des dirigeants africains pour faire pression en faveur d'un engagement plus ferme des donateurs envers les pays les plus pauvres de la planète. Son influence était également décisive pour que les pays riches s'engagent à financer la lutte contre la pauvreté dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement.
Malgré ses propres problèmes bancaires et économiques, Londres a tenté de se montrer à la hauteur de ses promesses en vue de maintenir suffisamment d'aides alors que d’autres capitales européennes ont réduit ou ralenti les budgets alloués à l'aide, selon des données de l'Organisation de coopération et de développement économiques.
La Grande-Bretagne a alloué un plus grand pourcentage de son revenu national brut (0,56 %) à l'aide que l'Allemagne (0,40 %) et que deux anciennes puissances coloniales en Afrique, la Belgique (0,53 %) et la France (0,46 %). La Grande‑Bretagne et l'Allemagne, la puissance économique européenne, ont plus ou moins fourni le même montant d'aide au développement en 2011, respectivement 10,5 et 11 milliards d'euros. La France arrive en troisième position avec 9,9 milliards d'euros.
Même si les conservateurs et les eurosceptiques britanniques prennent l'avantage et réduisent la relation du pays avec l'Europe, la Grande-Bretagne pourrait continuer à participer aux débats sur les politiques de donateurs, à l'instar de la Suisse qui ne fait pas partie de l'Union européenne.
Mme Gavas a également précisé que Londres continuerait probablement à jouer un rôle déterminant dans le Fonds européen de développement. Ce fonds, créé en 1959, fournit des aides à l'étranger, des subventions et des services à plusieurs des 54 pays membres du Commonwealth, en majorité d’anciennes colonies britanniques.
Une Grande-Bretagne en dehors de l'Europe « perdrait l'emprise de l'UE à l'échelle mondiale [et] le fait est que l'UE atteint certains pays très stratégiques et importants pour le Royaume-Uni que l’aide britannique [n'atteint pas] », a-t-elle poursuivi. Ces zones comprennent un certain nombre de pays du Commonwealth, l'Afrique du Nord, les Caraïbes, le Moyen-Orient et « d'autres zones importantes pour le ministère britannique des affaires étrangères ».





