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L’UE réduit le budget d’aide alors que la Turquie et la Corée l’intensifient

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Publié 06 février 2013

La Corée du Sud et la Turquie, candidate à l’adhésion à l’UE, ont vu leur propre fortune grimper en flèche en une génération. Ces deux pays augmentent les programmes d’aide pour les nations pauvres alors que de telles dépenses sont menacées en Europe, révèle une analyse d’EurActiv des statistiques d’aide.

La Turquie et la Corée du Sud figurent parmi les quelques pays qui accordent plus d'aide aux pays pauvres. Dans le même temps, les poids lourds traditionnels comme l'UE, les États-Unis et le Japon, sont confrontés à des problèmes budgétaires à l'échelle nationale et réduiront probablement leurs engagements à l'étranger.

Les dirigeants de l'UE, qui se réunissent à Bruxelles cette semaine, examineront les mesures d'austérité qui pourraient réduire les dépenses d'aide à l'étranger de l'UE de 11 % dans le budget pour 2014-2020. Plusieurs États membres ne respecteront probablement pas leurs engagements en faveur des pays désavantagés.

Sylvia Tiryaki, la vice-présidente du département des relations internationales de l'université Kültür d’Istanbul, a déclaré que la Turquie était de plus en plus active en matière de développement à l'étranger, non seulement à travers l'aide à l'étranger, mais également par l’intermédiaire des organisations non gouvernementales et caritatives.

« L'une des raisons, c'est que la Turquie elle-même devient de plus en plus riche et la situation économique y est plus favorable que dans d'autres pays. Nous pouvons donc nous le permettre », a-t-elle indiqué dans un entretien depuis Ankara. Le pays « est indubitablement un acteur régional et aimerait être considéré comme un acteur mondial à l'avenir », a-t-elle ajouté.

La Turquie a apporté son soutien à l'Égypte après le printemps arabe ainsi qu'à la région sensible de la Somalie afin de stabiliser le voisinage d'un point de vue politique et économique, car « la pauvreté alimente le radicalisme », selon Mme Tiryaki.

Grosses augmentations des budgets

La Corée du Sud a pratiquement triplé ses dépenses entre 2006 et 2011, distançant aisément d'autres pays donateurs, alors que la Turquie a quasi doublé son budget de l'aide à l'étranger au cours de la même période. Leur statut de donateurs émergents est la conséquence d'une forte croissance économique au cours de la période qui a suivi la guerre froide et de la montée des pays en tant que puissances régionales économiques et politiques.

Michael Ward, un politologue principal à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a déclaré que l'augmentation du budget d'aide de la Corée du Sud découlait de sa force économique et de ses intérêts régionaux. Le pays a également apprécié l'aide reçue au cours des décennies qui ont suivi la guerre civile dévastatrice du début des années 1950.

« Il existe un sentiment très fort en Corée, et certainement au sein du gouvernement, car le pays a énormément bénéficié des aides après la guerre civile », a indiqué M. Ward lors d'un entretien téléphonique depuis le siège de l'OCDE à Paris. « L'ancienne génération se souvient de la pauvreté de la Corée et du rôle joué par l'aide internationale. »

La Turquie, cible de critiques

Les deux donateurs émergents ont cependant un long chemin à parcourir pour rejoindre la cour des grands, révèlent des données de l'OCDE et d'organisations de contrôle du développement.

La Corée du Sud a fourni 1,33 milliard de dollars (0,98 milliard d'euros) d'aide à l'étranger et la Turquie 1,3 milliard de dollars (0,95 milliard d'euros) en 2011, pour un total mondial de 125,1 milliards de dollars (92,3 milliards d'euros). Les chiffres de l'aide internationale sont généralement exprimés en dollars américains.

Mesurée en termes de revenu national brut (RNB), l'aide équivaut à 0,12 % du RNB de la Corée du Sud en 2011, non loin de son objectif de 0,13 %, et à 0,13 % du RNB de la Turquie. Dans l'ensemble, les 24 pays membres du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE ont alloué 0,31 % du RNB à l'aide à l'étranger. L'objectif de l'UE pour 2015 s'élève à 0,7 %.

La Turquie utilise généralement son aide à l'étranger afin de soutenir des pays principalement musulmans qui ont des liens historiques avec son passé ottoman, en Asie centrale, dans les Balkans et le Caucase. L'Agence turque de coopération et de coordination a toutefois commencé à étendre sa portée à l'Afrique en 2003, notamment en Éthiopie, en Somalie et au Soudan. Elle a également mené des opérations de secours en Haïti, dévasté par un tremblement de terre.

La Turquie est cependant la cible des critiques, car elle dépense de l'argent à l'étranger tout en restant une bénéficiaire importante de l'aide européenne et internationale au développement.

Dans un rapport accablant sur l'aide européenne, la commission du développement international du Parlement britannique a précisé que l'octroi de fonds à un pays « relativement riche » comme la Turquie discréditait les efforts d'aide des pays pauvres.

« Il est inacceptable que seuls 46 % de l'aide déboursée grâce aux institutions européennes parvienne aux pays à faible revenu. Le concept d'aide est dévalué lorsque autant d'aide publique au développement (APD) revient à des pays relativement riches comme la Turquie », peut-on lire dans ce rapport publié en avril 2012.

L'initiative européenne pour la stabilité, basée à Berlin, estime que les fonds de préadhésion, dont le développement rural et régional, pour la Turquie se sont élevés à 899,5 millions d'euros en 2012, environ deux fois plus qu'en 2007. La Turquie était le 20e plus grand bénéficiaire de l'aide au développement en 2010. Elle a reçu 1,1 milliard de dollars (0,81 milliard d'euros) de l'OCDE et de la Banque mondiale, selon des données.

Sylvia Tiryaki, qui est également directrice adjointe du Global Political Trends Centre à Istanbul, a rejeté les critiques sur le double rôle de la Turquie : bénéficiaire de l'aide et donateur. L'aide à l'étranger de la Turquie révèle que le pays comprend le concept d’aide aux pauvres. « [...] Vous devez donner une partie de vos recettes, une partie de votre revenu à ceux qui n'ont rien. »

Des réformes vivement conseillées en Corée du Sud

Contrairement à la Turquie, la Corée du Sud ne bénéficie pas d'aide. Dans un rapport publié le mois dernier, l'OCDE a toutefois exhorté le pays à réviser son programme d'aide, dont l'agence de développement KOICA, afin d'améliorer la coopération avec d'autres donateurs internationaux et de découpler l'aide des contrats avec des entreprises sud-coréennes.

La Corée du Sud aide plus de 20 pays, dont plusieurs se situent dans l'est et le sud de l'Asie. Le rapport de l'OCDE recommande que le pays se concentre sur moins de pays.

« Apporter votre aide à trop de pays [...] n'est pas aussi efficace que se concentrer sur les ressources », a indiqué Michael Ward. « Ils ont encore 26 pays prioritaires, ce qui est vraiment de trop pour un donateur de leur taille. »

La Corée du Sud se retrouve toutefois généralement en bonne position dans le classement de l'OCDE sur l'efficacité de l'aide et répond positivement aux recommandations de l'organisation.

Réactions : 

Le ministre sud coréen de la stratégie et des finances, Jaewan Bahk, a annoncé en octobre 2012 l'ouverture d'un nouveau siège de la Banque mondiale en Corée afin de trouver des solutions de développement durable pour les pays émergents. Lors de la cérémonie de lancement, il a déclaré : « La Corée est l'un des quelques pays bénéficiaires de l'aide au développement qui a réussi à devenir un donateur principal et la 13e plus grande économie mondiale. Elle comprend donc les difficultés auxquelles les pays en développement sont confrontés aujourd'hui. La Corée est prête à partager la connaissance et le savoir-faire acquis au cours de son développement. »

Les dirigeants de l'UE se réunissent les 7 et 8 février afin de discuter du budget 2014‑2020, dont une proposition de réduction du financement de l'aide au développement à l'étranger. Des défenseurs de l'aide et des organisations caritatives ont appelé les dirigeants à reconsidérer les coupes proposées :

« Lorsqu'ils négocieront à huis clos cette semaine » a déclaré Natalia Alonso, la directrice du bureau international d'Oxfam situé à Bruxelles. « Les dirigeants de l'UE devraient penser aux visages des personnes derrière les budgets qu'ils souhaitent réduire. L'aide de l'UE n'est pas seulement un bon investissement dans notre avenir commun, c'est aussi un acte de solidarité qui apporte une aide qui sauve des vies et sort des millions de personnes de la pauvreté dans le monde. Et tout cela coûte moins d’une tasse de café par semaine par citoyen européen. »

Kathrin Wieland, la directrice générale de Save the Children en Allemagne, a déclaré : « Au cours de ces dernières années [nous avons assisté] à une variété de défis mondiaux, dont le printemps arabe, des sécheresses généralisées et persistantes en Afrique orientale et dans le Sahel, un certain nombre de tremblements de terre et de tempêtes sévères, et maintenant à l'instabilité et aux conflits actuels en Syrie et dans le Sahel. Nous ne devrions pas nous lier les mains et empêcher des réponses collectives à de tels défis jusqu'à la date lointaine de 2020. Nous avons déjà demandé à nos dirigeants, dont la chancelière Angela Merkel, de garantir que l'UE et ses budgets favorisent le rôle mondial de l'Union au cours de la période 2014-2020. »

« Si les États membres poursuivent les coupes draconiennes dans le budget d'aide de l'UE, il y aura probablement des conséquences négatives disproportionnelles pour les filles et les jeunes femmes. De nouvelles recherches révèlent, par exemple, que la pauvreté familiale a plus d'incidences sur la survie des filles que sur celle des garçons. De manière choquante, une baisse d'un pour cent du PIB augmente la mortalité infantile de 7,4 décès pour mille naissances de filles contre 1,5 pour les garçons. Les budgets d'austérité qui affectent le plus les enfants et les jeunes risquent de sacrifier la prospérité future au profit d'objectifs à court terme », a déclaré Karen Schroh, la responsable de Plan Europe.

« L'aide humanitaire et au développement de l'UE est considérée comme l'une des plus efficace [...] et transparente au monde. Elle a permis à 50 millions de personnes dans plus de 50 pays d’éviter la famine ces trois dernières années. Elle a offert un accès à l'enseignement primaire à plus de 9 millions d'enfants et a garanti l'accès à l'eau potable à plus de 31 millions de personnes. L'Europe peut être fière de ce que l'aide de l'UE a atteint et peut atteindre. Les dirigeants ne doivent pas utiliser le budget de l'aide comme un outil de marchandage dans les négociations de cette semaine », a déclaré Ben Jackson, le directeur général de Bond, le réseau d'ONG du Royaume-Uni.

En amont des négociations sur le budget de l'UE, Mikaela Gavas, une chercheuse de l'Overseas Development Institute (ODI) à Londres, a déclaré :

« Si les dirigeants de l'UE voulaient vraiment en avoir pour leur argent, ils réexamineraient les propositions actuelles qui réduisent les dépenses d'aide de manière disproportionnée. Des recherches de l'ODI indiquent un retour positif sur investissement pour l'économie européenne de 20 % d'ici 2020 à partir des dépenses de l'UE dans l'aide au développement. Les dirigeants continuent pourtant de protéger la politique agricole commune aux dépens de l'aide à l'étranger, même si la PAC est moins rentable pour les contribuables. »

« Tout le monde accepte qu'il faille équilibrer les comptes, mais les gens sont moins susceptibles d'accepter un accord insensé et non viable. »

Prochaines étapes : 
  • 7-8 févr. : sommet européen sur le budget à Bruxelles

Timothy Spence - Article traduit de l'anglais
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A Turkish doctor helps an infant at a Somali refugee camp in Kenya. (Photo: IHH Humanitarian Relief Foundation)
Contexte : 

La Corée du Sud, qui compte près de 50 millions d'habitants, est l'un des pays les plus prospères au monde. Elle se classe à la 15e position de l'indice 2012 de développement humain des Nations unies. La Turquie, candidate à l'adhésion à l'UE, compte près de 73,6 millions de personnes et figure en milieu de classement, à la 92e place sur 187 pays.

La Corée a rejoint le Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE en 2010, alors que la Turquie n'en est pas membre.

La Turquie a fourni plus d'aide en 2011 que l'Autriche (0,8 milliard d'euros), le Luxembourg (305, 5 millions d'euros) et à peu près autant que la Finlande (1,03 milliard d'euros), selon des chiffres de l'OCDE. L'UE dans son ensemble est le plus grand donateur : les gouvernements nationaux et les institutions de l'UE ont fourni 86 milliards de dollars (66 milliards d'euros), soit 55 % du total mondial en 2011.

Seule l’Arabie saoudite a dégagé plus d'aide à l'étranger (3,7 milliards d'euros) que la Turquie au sein des 22 membres de la CAD de l'OCDE, qui inclut les douze nouveaux membres de l'UE depuis 2004 ainsi que l'Islande, pays candidat.

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