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Une alliance d’acteurs du secteur énergétique veut contrer les opposants à des projets renouvelables

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Publié 07 décembre 2012, mis à jour 12 décembre 2012

Les ministres européens de l’énergie se sont associés à des opérateurs du réseau électrique et des organisations de défense de l’environnement afin de lutter contre les opposants à la construction d’une nouvelle infrastructure d’énergie renouvelable.

Des gestionnaires de réseaux de transport (GRT), des dirigeants de l'UE et des ONG ont ouvert la voie vers la création d'une alliance inhabituellement large le 5 décembre, avec le soutien de 11 ministres européens de l'énergie d’États comme l'Allemagne, le Danemark et le Royaume-Uni.

Le mois dernier, la Commission européenne a convenu d'une nouvelle procédure d'approbation de nouveaux pylônes électriques et de lignes de transmission. Ces infrastructures sont réellement nécessaires en vue d’intégrer les énergies renouvelables éoliennes et solaires dans les réseaux électriques européens.

« Le phénomène NIMBY a contraint les GRT [à rejoindre] la table et nous devons avoir le courage de le regarder dans les yeux », a déclaré Ariel Brunner, responsable de la politique européenne pour BirdLife Europe. Il a fait allusion à l'expression anglaise « Not In My Backyard », « Pas dans mon jardin », qui représente l’opposition de populations riveraines à l’implantation d’une nouvelle installation électrique.

Alors que de véritables inquiétudes pour la santé et l'environnement ont été soulevées, des problèmes tels que l'avis, les émotions et l'attachement de la population au paysage devaient également être pris en compte, a-t-il déclaré.

L'eurodéputé britannique Graham Watson (Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe) a affirmé que la résistance du secteur des carburants fossiles jouait aussi un rôle.

« Nous savons que les industries pétrolière et gazière dépensent beaucoup d'argent pour s'y opposer et plaider en faveur du gaz de schiste, mais j'estime que l'impulsion que nous donnons pour passer à l'énergie verte se concrétisera », a-t-il expliqué à EurActiv.

Renewable Grids Initiative

La Renewable Grids Initiative (RGI) concorde avec la réduction récente de la période d'appels à quatre ans maximum contre le développement de nouveaux réseaux électriques dans le paquet de l'UE relatif aux infrastructures énergétiques.

Pour apporter son aide, la RGI propose :

  • d’améliorer la transparence des procédures pour les données et les investissements en fournissant aux parties prenantes un accès à toutes les informations pertinentes ;
  • d’accorder une place importante au dialogue et à la consultation avec les communautés locales quand de nouvelles constructions sont prévues ;
  • d’offrir à ces communautés l'occasion de changer ou de modifier des propositions, surtout dans les phases précoces du projet ;
  • de s'engager à respecter les objectifs de décarbonisation de l'UE pour 2050.

D'après certaines critiques, des exploitants de réseaux proposaient dans le passé de nouvelles infrastructures qui étaient contrôlées par des régulateurs et élaborées par des GRT. Ces propositions de projet étaient ensuite présentées comme un fait accompli aux communautés locales, souvent méfiantes.

Un investissement prévu sur trois est actuellement bloqué en raison d'une procédure d'appel qui peut durer jusqu'à 25 ans.

Villageois excentriques

À l'aube du lancement de l'initiative, des cadres des plus grandes entreprises énergétiques européennes ont expliqué à EurActiv que même si une certaine hostilité du public était légitime, des plaintes imprévisibles et inhabituelles souvent dirigées par, ou imputées à, des villageois excentriques compliquaient la tâche du secteur.

« Si vous devez tenir compte des demandes irrationnelles provenant [parfois] de particuliers, le prix à payer serait un report de deux ou trois ans », a déclaré Jacques Vandermeiren, le directeur général du groupe belge Elia. « Peut-on se le permettre ? »

Une solution souvent mise en avant pour régler les oppositions à l'installation de nouvelles lignes de transmission sur des critères esthétiques et sanitaires pourrait être de les enfouir dans le sol.

« Nous enfuirons probablement la plupart des câbles », a déclaré M. Watson. « [L'enfouissement des câbles] engendre un coût plus élevé à court terme, mais il serait toujours inférieur à [celui de] la lutte contre des permis de construction. »

La procédure d’enfouissement des câbles pourrait être moins onéreuse que certains ne le pensent, mais les défenseurs de l'environnement affirment qu'elle menace la biodiversité.

Esthétique du paysage

« Pour l'esthétique du paysage, il est souvent préférable d’enfouir les câbles, mais, d'un point de vue environnemental, [les projets] devraient être analysés au cas par cas », a indiqué Ivan Scrase, responsable principal du changement climatique pour la Royal Society for the Protection of Birds.

« Si vous placez un câble en sous-sol, vous devez garder un espace tondu de 100 mètres [autour] », a-t-il expliqué à EurActiv.

M. Vandermeiren a déclaré que des lignes enfouies n'avaient de sens que dans les zones urbaines étant donné qu'il faudrait déterrer de vastes étendues dans les zones rurales.

D'autres représentants du secteur voulaient maintenir leurs options ouvertes. « Nous avons une approche différente », a indiqué Ben Voorhorst, directeur opérationnel du GRT néerlandais TenneT, l’un des cinq plus grands opérateurs de réseau en Europe.

« Si la tension est égale ou inférieure à 110 kilovolts (kV), cela n’a pas d’importance. Le câblage convient et les prix sont équivalents ces jours-ci. Si [la tension] est de 380 kV, les prix sont plus élevés et nous craignons pour la fiabilité du système », a-t-il expliqué à EurActiv. « Mais si la solution est sûre et que la société souhaite des prix plus élevés, ce n'est pas un problème pour nous. »

L'été dernier, l'agence de régulation allemande, Bundesnetzagentur, a mené une enquête sur TenneT concernant l'incapacité présumée à relier un parc éolien de la mer du Nord au réseau. Un manque de financement et des incertitudes réglementaires sur les risques de fiabilité ont été mis en cause.

Réactions : 

« Il est toujours difficile d'expliquer aux opposants locaux qu'ils doivent soutenir l'infrastructure puisque la sécurité d'approvisionnement fait partie de l'intérêt national », a estimé Jacques Vandermeiren, le directeur général du groupe belge Elia. « Mais si vous fournissez beaucoup d'informations à l'avance et impliquez l'ensemble ou la majorité des parties prenantes, vous diminuerez l'opposition », a-t-il ajouté.

« Pour certains projets, aucune opposition ne se manifeste et pour d'autres, elle est énorme, » a expliqué à EurActiv Boris Schucht, le PDG du GRT allemand 50Hertz. « Il n'y a pas de règles claires. Dans certaines régions, cela concerne des communautés particulières et nous avons évidemment des projets très importants pour l'intégration d'énergie renouvelable dans l'Allemagne de l'Est et pour les lignes de transport du nord au sud de l'Allemagne. Il est dommage que nous soyons confrontés à l'opposition du public surtout dans ces régions puisque nous devons traverser des zones magnifiques. Nous sommes de plus en plus confrontés à une situation où nous ne parlons plus des raisons [d'un projet], mais seulement des façons [de le réaliser].

« Les ONG nous ont appris à prendre davantage en compte le monde extérieur et à regarder ce qui est réellement nécessaire pour la société, au lieu de le considérer comme un problème technique », a constaté Ben Voorhorst, le directeur opérationnel du GRT néerlandais TenneT. « Nous avons appris que pour établir une coopération, vous devez investir dans la compréhension les uns des autres. [Il ne faut] non pas seulement expliquer ce que nous voulons atteindre, mais écouter ce que [les autres] veulent atteindre et essayer d'établir la confiance. »

Ariel Brunner, responsable de la politique européenne pour BirdLife Europe, a indiqué à EurActiv que les GRT répondent plus efficacement aux plaintes sur l'environnement que d'autres départements de l'industrie électrique en général. « [Les GRT] se sont certainement améliorés au cours des dernières décennies », a-t-il signalé. « Plus vous arrivez tôt dans le processus, plus ils seront disposés à reconsidérer des éléments. Une des choses liées à la RGI est de garantir aux deux camps que nous sommes en mesure d'intégrer les craintes environnementales dès le premier jour plutôt que de démarrer un conflit quand les plans ont déjà été fixés. Quand nous nous plaignons de projets existants qui sont modifiés, ils ont déjà été financés à moitié et les changements sont extrêmement onéreux. »

« Les GRT ne sont pas très homogènes », a indiqué Stephan Singer, le directeur international de la politique énergétique de WWF. « Ceux que vous voyez [à cette cérémonie] sont ceux qui souhaitent apporter un changement. Je pense que d'autres GRT surtout en Europe orientale ne sont pas encore à ce stade. Ils se soumettent aux régulateurs et aux gouvernements et font ce que le gouvernement les autorise à faire. Quelques GRT présents ont un intérêt à passer outre le gouvernement et essayent d'occuper un nouveau rôle conformément à la directive sur la libéralisation du marché qui a permis un découplage et les activités d'opération des réseaux ne font pas nécessairement partie de la planification des infrastructures. »

Il faut cependant établir des liens. « Étant donné que nous avons eu une mauvaise expérience avec la distribution d'énergie en Allemagne, d'autres doivent nous montrer comment ils peuvent contribuer », a déclaré Klaus Milke , le président de l'ONG Germanwatch. « Il faut renforcer la confiance mutuelle et l'approbation des différentes parties prenantes sur le terrain, non seulement avec les hommes politiques qui sont conscients des problèmes, mais aussi avec les entreprises, le secteur financier, les médias et la société civile. »

Prochaines étapes : 
  • Début 2013 : le Parlement européen et le Conseil des ministres de l'UE devraient donner leur approbation finale au paquet relatif aux infrastructures énergétiques
  • D'ici fin 2013 : la liste des projets d'intérêt commun sera finalisée
  • 2014 : entrée en vigueur prévue du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (MIE), dans le cadre duquel les projets d'infrastructure seront financés
Arthur Neslen - traduit de l'anglais par Aubry Touriel
The Renewable Grids Initiative
Contexte : 

Les propositions de l'UE visant à imposer un délai de trois ans aux autorités locales afin qu'elles délivrent des permis de construction pour de nouvelles lignes électriques se sont heurtées à l'opposition des 27 États membres de l'UE.

D'après les propositions de la Commission européenne publiées l'année dernière, les populations locales disposeraient de trois ans et demi pour essayer d'empêcher la construction de nouveaux projets de réseaux de transmission. Un délai supplémentaire de neuf mois est possible. Au-delà de ce délai, les projets en questions seraient lancés.

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