D'abord annoncés comme une solution face à la hausse des émissions de dioxyde de carbone du trafic routier (qui ont grimpé de 26 % entre 1990 et 2008), les biocarburants font à présent les gros titres depuis que l'on s'intéresse aux conséquences négatives que les cultures réservées au biodiesel, par exemple, pourraient avoir sur le climat de la planète.
Cet impact est lié au changement indirect d'affectation des sols (CASI) qui se produit lorsque les terres arables sont consacrées à la production de biocarburants et que les cultures vivrières sont « déplacées » vers des terres déboisées, des zones humides et d'autres habitats naturels.
Les biocarburants du futur à base de déchets agricoles ou d'algues n'entrent pas en concurrence avec la production alimentaire et jouent un « rôle crucial » dans l'atténuation des émissions de dioxyde de carbone, selon un nouveau rapport.
Ce rapport averti toutefois qu'il faudra y accorder une attention particulière et que davantage de fonds européens seront nécessaires pour exploiter ces produits en évitant certaines conséquences involontaires.
« Des initiatives ambitieuses de la part de l'UE sur les biocarburants avancés permettraient de répondre aux préoccupations quant aux effets du CASI qui augmente les émissions de gaz à effet de serre et entre en concurrence avec l'utilisation productive des terres ou la production alimentaire », a déclaré Jason Anderson, un porte-parole du World Wildlife Fund (WWF).
Le rapport commandé par le WWF, « Smart Use of Residues », propose d'enquêter sur les effets de l'élimination des résidus sur la biodiversité, les matières organiques du sol, les émissions de gaz à effet de serre et l'évaporation.
Cette étude, financée par l'entreprise de bioénergie Novozymes, a été réalisée par le centre allemand de recherche sur la biomasse et l'Öko Institute.
Les feuilles, les graines, la paille, les tiges et le chaume qui restent après la récolte forment les résidus dont les partisans des biocarburants sont si friands. Ces résidus sont transformés en source d'énergie.
Résidus agricoles
Ces résidus ne nécessitent pas plus de terres. Une étude de Bloomberg New Energy Finance publiée cette année a estimé que 17,5 % des résidus actuellement disponibles pourraient être utilisés en tant que matière première dans la production de biocarburants avancés.
« Avec cette quantité, suffisamment de biocarburant avancé pourrait être produit pour remplacer plus de 50 % de la consommation d'essence prévue pour 2030 », a affirmé Steen Riisgaard, le directeur exécutif de Novozymes.
En mai dernier, l'entreprise danoise a inauguré une usine d'enzymes de 161 millions d'euros, la plus grande à ce jour, consacrée exclusivement aux biocarburants avancés.
Le WWF estime que d'ici 2050, environ un quart de l'énergie primaire mondiale sera issu des résidus agricoles. Mais son rapport semble tout de même inciter à la prudence.
Les écosystèmes sont un tissage fragile et complexe de facteurs interdépendants. Le moindre changement peut provoquer une « dette de carbone » ou l'utilisation excessive de la capacité de stockage de carbone des sols, de la végétation et des océans.
Dette de carbone
« La dette de carbone est la suite logique du CASI », a déclaré à EurActiv un fonctionnaire de l'UE. « Nous prenons le risque de voir l'histoire se répéter avec les bioénergies, mais les conséquences seront pires. »
Les biocarburants avancés pourraient contribuer à la dette de carbone de plusieurs manières.
Les animaux et les insectes utilisent les habitats agricoles pour s'abriter, s'accoupler et construire des nids. La faune souterraine dépend elle aussi des matières organiques. La production dépendant souvent de la faune, l'élimination des résidus agricoles peut menacer les rendements et avoir des conséquences sur l’utilisation des terres.
La matière organique du sol, l'humus, absorbe le carbone en stockant des composés chimiques et en améliorant la structure du sol. L'élimination des résidus des récoltes pourrait entraîner l'appauvrissement progressif des sols, ce qui porterait atteinte à la fertilité et à la faculté de stockage du carbone.
Les sols moins couverts seront donc plus exposés à l'évaporation et au soleil, ce qui affectera leur taux d'humidité. Les cultures seront moins bien protégées contre les événements météorologiques.
Lars Christian Hansen, le président de Novozymes en Europe, a salué ce rapport qui prouve que les biocarburants avancés représentent « une opportunité pour l'Europe de prendre les rênes de la décarbonisation du secteur des transports à l'échelle mondiale en créant une croissance verte et des emplois sur le continent ».
« Mais nous devons nous attacher à bien faire les choses dès le début », a-t-il poursuivi. « Les décideurs politiques doivent reprendre le flambeau et soutenir les biocarburants avancés en garantissant leur durabilité. »
Les sols renferment la plus grande réserve de carbone. L'élimination des résidus agricoles pourrait augmenter les émissions de gaz à effet de serre et l'utilisation d'engrais qui émettent du CO2 et de diesel lorsque la paille est enlevée.







