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7 juillet 2008
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Biocarburants : le "bouc émissaire" dans le conflit sur les prix alimentaires [FR][en][de

Publié: mercredi 7 mai 2008   

La commissaire européenne en charge de l’Agriculture, Mariann Fischer Boel, a rejeté les allégations selon lesquelles les politiques européennes en faveur des biocarburants sont à l’origine de la hausse des prix alimentaires, suite aux demandes des Nations Unies de réduire considérablement les programmes de soutien aux agrocarburants.

Contexte:

En mars 2007, les dirigeants européens se sont engages à augmenter la part de biocarburants dans les transports de 10% d’ici 2020 par rapport au niveau actuel d’environ 2%, en réponse aux inquiétudes grandissantes sur la hausse des prix de l’essence, la sécurité énergétique et le changement climatique.
L’objectif a ensuite traduit en propositions juridiques, présentées le 23 janvier 2008 par la Commission dans le cadre d’une directive plus vaste sur les énergies renouvelablesexternal .
Le projet de directive introduit une série de « critères de durabilité » pour les biocarburants, afin de faire face aux inquiétudes grandissantes sur les risques liés à leur  production massive, notamment la déforestation, l’envolée des prix des aliments et le manque d’eau.

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Lors d’une conférence le 6 mai, la commissaire européenne a déclaré que ceux qui considèrent les biocarburants comme l’élément à l’origine de la hausse récente des prix alimentaires négligent non pas un, mais deux éléments considérables.

Selon Mme Fischer Boel, l’augmentation de la demande ainsi que l’évolution des habitudes alimentaires pour la viande dans les pays émergeants comme la Chine et l’Inde ainsi que les mauvaises conditions climatiques qui ont frappé l’UE, les Etats-Unis, le Canada, la Russie, l’Ukraine et l’Australie en 2006 et 2007, ont chacun eu un impact énorme sur les marchés des matières premières.

La forte spéculation sur les produits alimentaires de base est, selon elle, un autre facteur influent. Elle fait référence aux investissements multipliés par 15 dans les indices des produits de base au cours des dix dernières années. En février 2008 uniquement, 140 produits financiers liés aux produits de base ont été lancés, a-t-elle constaté, estimant qu’il s’agit du chiffre le plus important jusqu’à maintenant, et qu’il double le nombre de produits lancés chaque mois en 2006 et 2007.

Ses remarques sont survenues un jour après que Jeffrey Sachs, conseiller spécial auprès du secrétariat général des Nations unies, a déclaré aux membres du Parlement européen qu’il faudrait repenser les politiques de l’UE et des Etats-Unis visant à promouvoir l’utilisation des biocarburants. Selon lui, ces programmes étaient compréhensibles lorsque les prix alimentaires étaient beaucoup plus bas et que les réserves de denrées alimentaires étaient plus importantes, mais qu’ils n’ont désormais aucun sens dans les conditions actuelles de pénurie alimentaire mondiale.

D’après lui, un tiers des récoltes de maïs aux Etats-Unis en 2008 seront utilisées pour remplir les citernes d’essence, portant ainsi un coup considérable à l’approvisionnement mondial en denrées alimentaires.

Une goutte d’eau dans l’océan

Néanmoins, Mme Fischer Boel a insisté sur le fait que la contribution de la politique européenne en matière de biocarburants à la crise alimentaire mondiale actuelle est une simple « goutte d’eau dans l’océan ». L’UE utilise actuellement moins de 1% de sa production céréalière pour fabriquer de l’éthanol, a-t-elle indiqué. De plus, même si l’Union utilise les deux tiers de ses récoltes de graines de colza pour fabriquer du biodiesel, la production européenne de colza ne représente que 2% de la demande mondiale en graines oléagineuses, a-t-elle déclaré, ce n’est donc pas un élément qui perturbe les marchés.

Elle a également souligné que l’UE est en mesure d’atteindre son objectif consistant à remplacer 10% des carburants conventionnels dans les transports par des biocarburants d’ici 2020 sans exercer de pression excessive sur les ressources en sol ou les marchés de produits alimentaires ou de matières premières de l’Europe. Les hausses des rendements et l’abolition des jachères dans l’UE devraient permettre de produire 46 millions de tonnes de céréales supplémentaires chaque année d’ici 2020, a-t-elle déclaré, ajoutant que les pays comme la Russie, le Kazakhstan et l’Ukraine pourraient également accroître leur apport en céréales de 70%.

Enfin, l’UE met actuellement en place des clauses de sauvegarde environnementales pour s’assurer que la production de biocarburants soit durable. Cependant, les pays de l’UE doivent encore convenir d’une définition du terme « durable » - un aspect sur lequel leurs représentants devraient commencer à travailler aujourd’hui, 7 mai. (pour plus d’informations, lire EurActiv 01/04/08  et notre LinksDossier sur les biocarburants, le commerce et la durabilité).

Une génération future

Mme Fischer Boel et M. Sachs considèrent tous deux les biocarburants de seconde génération, fabriqués à partir de matériaux non alimentaires tels que les déchets agricoles, les feuilles et la paille, comme une composante clé du débat sur les biocarburants.

Selon la commissaire, la politique européenne en matière de biocarburants devrait permettre que ces nouveaux carburants prometteurs couvrent 30% de la demande en biocarburant en 2020.

Pour soutenir le développement de ces technologies, Mme Fischer Boel a déclaré qu’elle comptait supprimer une subvention actuelle sur les cultures énergétiques de 45€ par hectare – amenant ainsi les agriculteurs à transférer massivement leur production vers les agrocarburants – et réinvestir l’argent dans la R&D en faveur des biocarburants de seconde génération (EurActiv 18/10/07). 

L’initiative devrait survenir dans le cadre des propositions, prévues le 20 mai, concernant la révision de la politique agricole commune (PAC) de l’Union – appelée le « bilan de santé ».

Des prix élevés – « pas totalement mauvais » pour les pauvres ?

Sur le long terme, les hausses de prix ne sont pas totalement une mauvaise chose, en particulier pour les pays en développement, où beaucoup dépendent de l’agriculture comme moyen de subsistance, a affirmé la commissaire. Même si reconnaître que l’envolée des prix a récemment été source de problèmes dans les zones urbaines des pays en développement, elle a déclaré qu’une aide rapide pourrait contribuer à résoudre le problème.

M. Sachs a néanmoins critiqué la réaction ad hoc de l’UE à la crise alimentaire mondiale, affirmant que les pays pauvres ont besoin de solutions structurelles. Selon lui, plutôt que de se contenter d’envoyer une aide alimentaire coûteuse, il faudrait aider les plus pauvres des pauvres à cultiver plus de denrées alimentaires.

Prochaines étapes:

  • 22 mai 2008 : le Parlement européen devrait adopter une résolution sur les hausses des prix alimentaires lors de sa session plénière.

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