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Cultures sylvicoles ou vivrières : quel équilibre pour les biocarburants? [FR]

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Publié 31 janvier 2007, mis à jour 14 décembre 2012

Le débat sur les biocarburants s'anime entre la Commission et les Verts, qui mettent en garde contre les éventuels impacts négatifs tels que des coupes dans la forêt amazonienne et la concurrence accrue entre la production sylvicole et agricole.

Dans son "paquet énergie et changement climatique" présenté le 10 janvier 2007, la Commission a proposé que 10% des carburants utilisés dans les transports soient produits à partir de biocarburants d'ici 2020, relevant l'objectif initial fixé à 5,75% pour 2010 par la directive sur les biocarburants adoptée en 2003.

Le biodiesel et l'éthanol, les biocarburants les plus utilisés à ce jour, sont principalement produits à partir de cultures agricoles : canne à sucre, graine de soja, graine de colza et maïs.

Toutefois, ces cultures consomment beaucoup d'eau, ce qui pose certains problèmes environnementaux liés à l'usage des terres et à la détérioration des sols. 

C'est pourquoi la Commission s'est prononcée en faveur des biocarburants dits "de deuxième génération", qui sont plus efficaces tout en posant moins de problèmes pour l'environnement. Ils sont généralement produits à partir de déchets agricoles et de sources 'ligneuses' comme la paille, le bois de construction, les copeaux de bois et le fumier (se reporter à la consultation publique sur les biocarburants de la Commission). Ils peuvent être transformés en produits à haute valeur ajoutée, comme les bioplastiques et autres matériaux écologiques, en ayant recours à des "procédés écologiques" (voir le LinksDossier d'EurActiv sur la chimie durable).

Toutefois, ces biocarburants plus efficaces sur le plan énergétique n'en sont encore qu'au stade de développement et il est nécessaire de construire des bioraffineries pour traiter ce genre de produits.

Le Danemark est à la pointe dans ce domaine et a annoncé en juin 2006 qu'il entamait la construction de ce qui sera la plus grande bioraffinerie d'Europe (13,4 millions d'euros, plus un financement du gouvernement de 26,8 millions d'euros) pour produire de l'éthanol cellulosique.

Réactions : 

Le groupe des Verts au Parlement doute de plus en plus du fait que les biocarburants puissent remplacer le pétrole de façon durable et écologique.

Le 30 janvier, ils ont lancé une campagne contre la promotion effrénée des 'carburants à base de plante' produits à partir de cultures agricoles. En effet, certaines études indiquent que l'énergie nécessaire pour produire ces carburants pourrait être plus importante que celle produite par ces derniers. 

Ils sont également de plus en plus préoccupés par l'impact sur l'agriculture. Selon eux, accroître la part des biocarburants pourrait signifier moins de terres pour le secteur agricole.

"Les carburants à base de plante sont présentés comme la solution aux problèmes de la dépendance au pétrole et du changement climatique, tout en étant discrètement introduits dans l'UE comme le moyen de supprimer progressivement les subventions de la PAC," a déclaré le député vert Friedrich Wilhelm Graefe zu Baringdorf, qui est également vice-président de la commission Agriculture du Parlement.

"Détourner des ressources alimentaires peu abondantes pour nourrir les réservoirs d'essence augmentera la pression sur les prix agricoles mondiaux et aggravera la famine dans les pays les plus pauvres," a-t-il ajouté.

Les Verts soutiennent qu'une production accrue des biocarburants en Europe aurait également un impact sur des pays comme le Brésil, où les forêts tropicales qui jouent un rôle essentiel pour absorber les gaz à effet de serre seraient anéanties pour libérer de la place pour les terres agricoles. L'éthanol ainsi obtenu devant être transporté en Europe, cette situation aurait pour résultat, selon eux, des forêts moins abondantes et des coûts de transport accrus, ce qui entraînerait une hausse des émissions de CO2.

"La production de carburants à base de plante consomme beaucoup d'énergie et émet souvent beaucoup de carbone, tandis que l'élimination des forêts tropicales pour faciliter la culture de plantes pour les biocarburants annihile les effets positifs de ces carburants sur notre environnement," a déclaré la porte-parole sur l'énergie des Verts, Rebecca Harms.

La Commission a les mêmes préoccupations que les Verts. Dans un discours le 29 janvier, le commissaire à l'environnement, Stavros Dimas, a déclaré : "Si l'utilisation accrue des biocarburants implique de réduire les forêts tropicales pour faire la place aux plantations, alors c'est inacceptable."

De même, a ajouté M. Dimas, "il est inacceptable de placer sur le marché des biocarburants obtenus grâce à un processus de production dont les émissions de CO2 sont tellement élevées qu'elles annulent les bienfaits des biocarburants à ce niveau."

"Il est donc impératif de prévoir un système pour soutenir la production de ces carburants qui empêche des pratiques de production non durables pour les biocarburants."

"Les biocarburants de seconde génération doivent pénétrer les marchés européens dès que possible car ils sont plus prometteurs en termes de potentiel énergétique et d'impact limité sur l'environnement."

Une autre préoccupation porte sur la concurrence accrue pour les ressources sylvicoles due à la production accrue de biocarburants.

Selon une étude présentée le 30 janvier par la Confédération européenne des industries de papier (CEPI), il est quatre fois plus rentable d'utiliser le bois pour le papier que pour l'énergie. 

"En raison de la gestion durable des forêts, l'augmentation de l'espace sylvicole européen équivaut à plus de 4000 terrains de football par jour," a déclaré CEPI.

Cependant, elle ajoute que "la concurrence accrue concernant l'utilisation du bois pour les bio-énergies et pour l'industrie du papier constitue un nouveau défi." Faisant référence à une étude de l'agence européenne pour l'environnement, qui a révélé un ralentissement de la croissance des forêts, CEPI se demande "comment atteindre des objectifs plus ambitieux concernant l'utilisation du bois pour les bio-énergies sans compromettre la viabilité générale des ressources agricoles et forestières en Europe." CEPI préconise une approche plus modérée : "L'une des principales matières premières de l'industrie du papier, le bois, vient de la biomasse, nous pouvons donc optimiser son utilisation dans le processus de fabrication et continuer alors à produire des énergies renouvelables."

Le groupe de biotechnologie EuropaBio a moins de réserves sur les biocarburants, estimant qu'ils "peuvent jouer un rôle important pour développer les biocarburants de seconde génération". "Produire de l'éthanol en dehors de la biomasse est déjà une réalité," souligne EuropaBio dans un document sur les biotechnologies dites "blanches". "Grâce à l'utilisation d'enzymes pour les décomposer, les ressources sous-utilisées des déchets agricoles et forestiers peuvent être exploitées," indique le groupe, ce qui permet "d'autres revenus agricoles".

Prochaines étapes : 

Une révision de la directive de 2003 sur les biocarburants devrait s'accompagner d'une nouvelle directive-cadre sur les énergies renouvelables fin 2007, a indiqué le porte-parole énergie de la Commission, Ferran Tarradellas Espuny.

La publication de cette nouvelle proposition dépendra de l'issue du sommet européen de mars, où les dirigeants européens décideront du sort du paquet énergie/changement climatique de la Commission. Suivant ce résultat, la Commission pourrait présenter une proposition en juillet ou septembre, selon M. Espuny. 

Contexte : 

Les bienfaits des biocarburants sont bien connus. Ses partisans insistent sur l'aspect "neutre en carbone" de cette source d'énergie - ils n'émettent pas plus de CO2 qu'ils n'en absorbent dans le processus de croissance des plantes.

Ils pourraient contribuer à réduire les émissions de CO2 produites par la combustion de l'essence pour les véhicules. Actuellement, le secteur des transports émet un tiers des émissions totales, dont 98% proviennent du pétrole, selon la Commission.

En outre, contrairement au gaz et au pétrole qui doivent être importés, les biocarburants peuvent être produits en Europe. Ils auraient enfin l'avantage de créer de nouvelles sources de revenus et des opportunités d'emplois pour les agriculteurs européens après la réforme de la PAC (Politique agricole commune).

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