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Des millions de personnes affamées à cause de l'objectif biocarburant de l'UE ?

Publié 15 février 2010
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Une nouvelle controverse a vu le jour au sein de l'UE concernant les biocarburants et leur impact involontaire sur les forêts tropicales et les zones humides, selon un document.

Dans un document de l'exécutif de l'UE, qui a fait l'objet d'une fuite, la Commission européenne indique que les biocarburants issus de l'huile de palme pourraient être dynamisés grâce au nouveau critère environnemental en développement.

Mais un autre document met en garde : prendre totalement en compte l'empreinte carbone des biocarburants pourrait tuer une industrie européenne dont les revenus annuels se montent à environ 5 milliards de dollars.

L'UE souhaite qu'un dixième de ses carburants proviennent de sources renouvelables d'ici la fin de cette décennie. Elle a cependant fait l'objet de critiques sur le fait que les biocarburants puissent pousser à la hausse les prix alimentaires et faire plus de bien que de mal dans le combat contre le changement climatique.

La majeure partie de l'objectif de 10 % sera atteinte grâce aux biocarburants, créant un marché convoité par les nations agricoles européennes, qui produisent environ 10 milliards de litres par an, ainsi que par des exportateurs comme le Brésil, la Malaisie ou l'Indonésie.

Des écologistes ont affirmé que les biocarburants issus des céréales et oléagineux forçaient les agriculteurs à étendre le territoire agricole en empiétant sur les forêts tropicales et en asséchant les zones humides, connues sous le nom de changement indirect de l'utilisation des sols (ILUC).

Dégager et brûler les forêts envoie quantité d'émissions de carbone dans l'atmosphère, ce qui fait que l'UE risque de promouvoir des dommages au climat en créant un marché d'une telle valeur.

Pour contrer ce risque, de stricts critères environnementaux ont été mis en place.

La Commission envisage également d'introduire de nouvelles règles pour réduire l'impact de l'ILUC, mais ses efforts ont été compliqués par des divergences d'opinions entre spécialistes du commerce, de l'agriculture, de l'énergie et de l'environnement.

Les enjeux sont importants pour les producteurs de biocarburant européens.

Lumière négative

Une utilisation sans contrôle de l'ILUC pourrait tuer les biocarburants en Europe, a affirmé un fonctionnaire de la DG Agri dans une lettre consultée par Reuters à un fonctionnaire important de la DG énergie.

Dans le cadre de ses recherches, l'exécutif de l'UE a reçu de nouveaux rapports scientifiques jetant une lumière négative sur les biocarburants, en raison de leur impact indirect sur l'utilisation des sols, sans toutefois les rendre publics, a déclaré le groupe environnemental T&E.

Le groupe a porté une requête juridique devant la Commission pour prendre connaissance de ces documents, mais, après un délai trois fois plus important que le délai de 30 jours obligatoire, il ne les a toujours pas reçus.

Ces rapports doivent être rendus publics pour que l'opinion ait une pleine connaissance des faits, a déclaré le militant de T&E Nusa Urbancic. Ce qui est particulièrement inquiétant, c'est que l'on voie une tendance à la manipulation de la science.

Des fonctionnaires de la Commission ont déclaré que leur recherche incluait des milliers de documents, ce qui rendait difficile de répondre à la requête de T&E.

La Commission prend très au sérieux les changements indirects d'utilisation des sols en raison des biocarburants, et elle mène un grand nombre de travaux, incluant des travaux de modélisation, afin de comprendre cette question avec le meilleur de la science disponible, a déclaré Marlene Holzner, porte-parole pour le commissaire à l'énergie Guenther Oettinger.

Si les résultats finaux de cette étude montrent que les émissions dues au changement indirect d'utilisation des sols en raison des biocarburants sont significatives, alors la Commission devra envisager ce qu'il convient de faire en termes de réponse politique, a-t-elle ajouté.

Un document récent de la Commission sur les biocarburants a semblé s'attarder sur l'industrie de l'huile de palme, qui est accusée de réduire les forêts tropicales en Malaisie et en Indonésie pour faire de la place aux plantations.

Un changement tel que celui là, des forêts aux plantations d'huile de palme, ne constituerait pas en soi une violation du critère, affirme le document consulté par Reuters (EurActiv 03/02/10).

Mme Holzner a mis en garde : il ne faut tirer aucune conclusion d'un projet non définitif.

La politique de l'UE promeut seulement les biocarburants qui contribuent positivement à notre ambition de décarboniser nos systèmes énergétiques, a-t-elle ajouté.

(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv).

Prochaines étapes : 
  • Mars 2010: Présentation par la Commission du critère de durabilité pour les biocarburants dans l'UE
Contexte : 

En décembre 2008, les dirigeants européens sont parvenus à un accord sur une nouvelle Directive énergie renouvelable, qui demande à chaque Etat membre à ce que 10 % des besoins en carburant proviennent de source d'énergie renouvelable, notamment les biocarburants, l'hydrogène et l'électricité verte, d'ici 2020 (EurActiv LinksDossier).

La directive établit également un critère de durabilité pour les biocarburants. Il oblige l'Union à s'assurer que les biocarburants offrent au moins 35 % d'économies d'émissions de carbone en moins comparé aux carburants fossiles. Le chiffre monte à 50 % en 2017 et 60 % en 2018 (EurActiv 05/12/08).

Cependant, des inquiétudes ont grandi sur le fait que la production supplémentaire de biocarburants entraînerait une déforestation massive et aurait des implications sévères pour la sécurité alimentaire, alors que les cultures pour l'énergie remplacent d'autres utilisations des sols (changement indirect de l'utilisation des sols).

La Directive énergie renouvelable et la Directive qualité du carburant, adoptée dans le cadre du paquet énergie climat de l'UE en décembre de l'année dernière, demande à la Commission européenne de produire un rapport vérifiant l'impact des changements indirects d'utilisation des sols sur les émissions de gaz à effet de serre et de chercher des moyens de minimiser cet impact.

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