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Eau, économie et durabilité [FR]

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Publié 28 juillet 2008, mis à jour 21 mai 2012

Face à la pression grandissante sur les approvisionnements en eau en raison de son utilisation intensive et du changement climatique, l’UE a introduit des politiques de fixation des prix afin de persuader les consommateurs – agriculteurs, industries et ménages – d’économiser cette ressource précieuse. Parallèlement, de plus en plus de voix s’élèvent pour faire reconnaître l’accès à l’eau potable et à des installations sanitaires sûres comme un droit fondamental de l'homme.

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Résumé

L’augmentation de la demande en eau, alimentée par la croissance démographique et le développement économique, exerce une pression sur les prix à l’échelle mondiale.

Selon le Earth Policy Institute, les taux de consommation urbaine d’eau ont considérablement augmenté au cours des cinq dernières années, à hauteur de 27 % aux Etats-Unis, 32 % au Royaume-Uni, 45 % en Australie, 50 % en Afrique du Sud et 58 % au Canada. En Tunisie, le prix de l’eau d’irrigation a été multiplié par quatre au cours des dix dernières années.

En termes d’économie, l’eau peut également être une source importante de revenus. Un récent rapport de Transparency International estime que la valeur totale des contrats et des projets d’infrastructures en Europe occidentale, en Amérique du Nord et au Japon représente ensemble 210 milliards d’euros.

Les entreprises de services d’eau voient une opportunité dans l’augmentation de la demande en eau. Face à la hausse du développement économique et à l’expansion rapide des villes dans les pays asiatiques, la demande en installations de gestion de l’eau augmente également, laissant ainsi entrevoir la perspective de conclure de gros contrats.

Mais la hausse de la demande implique également d’accroître la responsabilité des entreprises, qu’elles prestent des services d’approvisionnement en eau ou qu’elles utilisent la ressource dans leurs activités quotidiennes. Selon le Conseil mondial des affaires pour le développement durable (WBCSD), face à l’augmentation de la population et à l’accélération du développement économique qui alimentent la demande en général, l’eau douce devient de plus en plus rare, et la valeur totale de l’eau devient de plus en plus apparente.

Enjeux

Halte au gaspillage : les agriculteurs en ligne de mire

En Europe, l’irrigation, les zones urbaines et les industries sont les sources principales de la demande en eau. Selon la Commission européenne, la consommation d’eau au niveau européen est répartie sur les secteurs suivants : 

  • agriculture: 69 % ;
  • service d’eau public : 13% ;
  • industrie : 10% ;
  • énergie (refroidissement dans les centrales électriques) : 8%.

Dans les pays d’Europe du sud, l’irrigation dans le secteur agricole est le seul plus grand consommateur d’eau, représentant plus de deux tiers de la consommation totale, affirme l’Agence européenne pour l’environnement (EEA). Dans les pays du nord et d’Europe centrale, l’eau est essentiellement utilisée pour le refroidissement dans la production énergétique, la production industrielle et les services publics d’eau.

Mais c’est bel et bien l’agriculture qui absorbe la majeure partie de l’eau dans certains pays. Selon l’Organisation mondiale de conservation WWF, les chiffres officiels sont en fait brouillés par des captages illégaux.

Dans un communiqué conjoint avec le Bureau européen de l’environnement (BEE), le WWF a déclaré que le prélèvement (ou captage) d’eau démesuré, non réglementé et illégal est répandu. Par exemple, en Espagne, jusqu’à 45 % de la nappe phréatique drainée pour irriguer les récoltes, les terrains de golf et les développements urbains est prélevée illégalement.

D’après l’ONG, les agriculteurs doivent rarement payer pour le coût total de l’eau qu’ils consomment. Il existe également des subventions explicites et implicites qui privilégient l’agriculture sur l’industrie et les consommateurs nationaux. Elle affirme qu’actuellement, les agriculteurs sont peu incités à utiliser l’eau de manière efficace.

Selon l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), les agriculteurs sont souvent encouragés à gaspiller l’eau dans la mesure où les subventions réduisent considérablement les prix pour l’agriculture comparé aux autres secteurs. Comme l’a écrit Tom Jones, un fonctionnaire de l’OCDE, dans un article de 2003 pour l’observateur OCDE, alors que les structures de fixation des prix pour les services d’eau municipaux et industriels reflètent de plus en plus les coûts totaux liés à la prestation de services, la consommation agricole d’eau – principalement pour l’irrigation – reste en grande partie subventionnée, ce qui encourage une utilisation inefficace de ressources souvent rares.

M. Jones admet cependant que les comparaisons entre les secteurs ne sont pas totalement justes parce que les normes de qualité pour la consommation d’eau dans l’agriculture sont inférieures à celles appliquées pour l’eau potable.

Fixer des objectifs d’efficacité pour l’eau ? 

Mais l’agriculture n’est pas le seul secteur à causer des migraines aux responsables politiques. Dans les villes, les infrastructures désuètes ou de mauvaises qualité entraînent des pertes d’eau considérables. A Londres, les fuites et les pertes représenteraient le volume de 300 piscines olympiques par jour et seraient principalement dues à des conduites d’eau vieillissantes, comme l’a indiqué le WWF dans un rapport intitulé « Les pays riches pauvres en eau » et publié en 2006.

Ce problème a amené Ofwat, le régulateur des compagnies des eaux, à proposer de fixer des objectifs exigeant de ces compagnies qu’elles réduisent la consommation individuelle d’eau à 130 litres par personne par jour, par rapport aux 150 litres actuels. Les objectifs seraient à l’origine fixés pour une période de cinq ans, à compter de 2010.

La proposition, présentée en juin 2008, en est encore au stade de la consultation mais reflète les craintes grandissantes sur le sujet. Les compagnies des eaux, a déclaré Ofwat, devront faire des économies réelles en fournissant des informations aux foyers et aux clients des entreprises pour une consommation responsable de l’eau et pour promouvoir l’utilisation d’appareils économiseur d’eau. 

Selon George Day, directeur de la régulation du réseau de Ofwat, la nouvelle approche des objectifs d’efficacité de l’eau proposée sera remise en cause par les compagnies mais contribuera à réduire la consommation abusive d’eau. Cela devrait permettre de réduire les coûts et donc les factures des consommateurs et c’est une bonne nouvelle pour l’environnement, a-t-il ajouté.

Fixation des prix de l’eau : faire payer les consommateurs

Au niveau européen, la directive cadre sur l’eau, adoptée en 2000, appelle les pays de l’UE à imposer des politiques de fixation des prix d’ici 2010 afin d’encourager une consommation plus efficace de l’eau.

Alors que des politiques de fixation des prix ont déjà été introduites dans de nombreux Etats membres de l’UE, d’autres en sont dépourvus. C’est particulièrement le cas des anciens pays communistes d’Europe centrale et orientale, où l’eau étaient généralement subventionnées et entièrement gratuite.

Le prix de l’eau reflète les services prestés par les compagnies des eaux, notamment :

  • l’investissement dans l’infrastructure et la maintenance ;
  • le transport de la source au consommateur (un processus qui peut absorber d’importantes quantités d’énergie, en particulier si l’eau doit être drainée jusqu’aux villes situées en haute altitude – par exemple Mexico), et ;
  • la collecte et le traitement des eaux (notamment l’épuration, le traitement des eaux usées et la désalinisation). 

Les prix reflètent également d’autres facteurs, tels que :

  • l’intégration des coûts environnementaux comme la baisse des niveaux de l’eau et le déversement de polluants dans les rivières et les lacs, ce qui pourrait nuire aux écosystèmes et affecter la santé humaine (principe du pollueur-payeur), et ;
  • les subventions qui font de l’eau une ressource plus rentable pour certaines catégories de population ou certaines industries (l’agriculture par exemple). Pour couvrir ces coûts, la directive cadre de l’UE sur l’eau appelle les autorités nationales à effectuer une analyse économique de la consommation de l’eau, notamment ses coûts en termes d’environnement et de ressources. Le texte stipule également que cette analyse doit être effectuée « conformément au principe du pollueur-payeur » (article 9).

Mais les pays de l’UE sont lents pour transposer les règles et seule une poignée d’Etats membres ont intégré des analyses économiques dans leurs plans de gestion de l’eau. Au terme du premier semestre 2007, seuls 14 Etats membres avaient fourni les informations sur la récupération des coûts liés à l’eau pour les foyers. L’industrie et l’agriculture sont bien plus mal loties : 17 pays européens ne fournissent aucune information sur le niveau de récupération des coûts pour les services d’approvisionnement d’eau dans l’agriculture (lire le rapport de mise en œuvre de la directive cadre dans le domaine de l’eau, p.34 ). 

L’eau « n’est pas un bien marchand »

Néanmoins, mettre un prix sur l’eau n’implique pas de considérer cette ressource comme n’importe quelle matière première. C’est le principe directeur de la directive cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l’eau. Dans le premier paragraphe, le texte stipule : « L'eau n'est pas un bien marchand comme les autres mais un patrimoine qu'il faut protéger, défendre et traiter comme tel ».

Cela est particulièrement vrai quand il s’agit d’assurer un approvisionnement en eau pour tous, quel que soit les niveaux des revenus. La Commission estime que « les foyers devraient avoir accès à un approvisionnement en eau adéquat, indépendamment de leurs ressources financières ». 

D’un point de vue juridique, cela implique que l’approvisionnement des services d’eau est régi par le droit européen comme « un service d’intérêt général », défini dans une communication spéciale de la Commission. Selon le texte de ce document, cela signifie que les autorités publiques peuvent décider de prendre en charge le service ou de le confier à d'autres entités, publiques ou privées, et quipeuvent agir de manière lucrative ou non lucrative.

L’accès à l’eau potable salubre : un droit de l’homme fondamental ?

Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies est néanmoins allé encore plus loin. En mars 2008, il a créé un groupe d’experts indépendant pour étudier la possibilité de faire de l’accès à l’eau potable salubre et aux services d’assainissement un droit de l’homme fondamental.

Le groupe d’experts disposera de trois ans pour présenter son rapport. Il compilera les meilleures pratiques et effectuera une évaluation des obligations des droits de l’homme liées à l’absence de discrimination dans l’accès à l’eau potable salubre et à l’assainissement. 

La résolution de créer le groupe d’experts a été sponsorisée par l’Espagne et l’Allemagne et fait partie d’une tendance qui semble prendre de l’essor en Europe. Peu de temps avant la création du groupe, le ministre néerlandais des Affaires étrangères Maxime Verhagen a annoncé que les Pays-Bas reconnaîtraient l’accès à l’eau comme un droit de l’homme.

Le Royaume-Uni avait déjà ouvert la voie en novembre 2006 en annonçant sa décision de reconnaître le droit de l’homme à l’eau. Cette annonce est survenue en réponse à un rapport de l’ONU intitulé « Beyond scarcity: power, poverty and the global water crisis » accompagné d’une proposition de plan d’action mondial sur l’eau, qui appelait à accroître l’investissement dans l’eau et l’assainissement dans les pays en développement.

Selon la secrétaire d’Etat au développement international Hilary Benn, dans de nombreux pays en développement, les compagnies des eaux approvisionnent les riches avec de l’eau subventionnée mais souvent, elles ne parviennent pas du tout jusqu’aux pauvres. Elle estime aussi que reconnaître le droit à l’eau contribuera à changer cette tendance et permettra à tous les citoyens de demander plus à leurs gouvernements.

Financer l’eau : le public contre le privé

Dans ce contexte, le transfert des services de distribution de l’eau à des entreprises privées en Europe et dans le monde a suscité de fortes critiques. Les services privatisés d’approvisionnement en eau ont largement été encouragés par des agences internationales, notamment la Banque mondiale, le FMI et même l’Union européenne, comme une solution destinée à accroître les besoins en investissement dans les services de l’eau, comme l’affirme le Corporate Europe Observatory et le Transnational Institute dans une campagne conjointe.

Mais il semblerait que la roue se met à tourner, pour reprendre l’expression des deux ONG. Comme elles l’ont écrit sur un site Internet traquant la « remunicipalisation » des services d’eau dans le monde, la hausse des droits de douane et l’échec d’apporter les améliorations promises ont soumis les multinationales des eaux à une opposition grandissante. 

D’après leurs recherches, près de 40 municipalités en France seule ont nationalisé de nouveau les services d’eau au cours des dix dernières années. A Paris, les services d’eau seront de nouveau gérés par l’Etat à la fin 2009, date d’expiration des contrats actuels. Même la France, jadis connu comme le cœur de la privatisation de l’eau, est aujourd’hui partisane de la gestion publique, écrivent les deux ONG.

Cependant, les autorités locales, particulièrement dans les pays en développement, ne sont pas toujours en position de financer les infrastructures de l’eau et d’assainissement. Elles auront bien souvent besoin de recourir à d’autres moyens, notamment le financement du secteur privé et l’expertise.

En 2003, l’ancien responsable du FMI, Michel Camdessus, a présidé un panel international qui explorait les options pour financer l’infrastructure de l’eau. Le rapport « Financer de l’eau pour tous », publié en mars dernier, stipule que les investissements dans le secteur de l’eau doivent presque doubler si les pays veulent diviser par deux la proportion de personnes qui ne bénéficient pas d’un accès à l’eau potable salubre et à l’assainissement d’ici 2015, l’un des principaux objectif du Millénaire pour le développement. 

Cependant, il a déclaré qu’aucune source de financement ne sera suffisamment grande pour combler ce fossé à elle seule. Selon lui, il faudrait que l’argent provienne de différentes sources : les marchés financiers, les autorités de l’eau par les droits de douane, les institutions financières multilatérales (IFM) et les gouvernements.

Pour ce qui est de la controverse public/privé, le jugement du panel était réservé. Il a déclaré que de nombreux projets dans le secteur de l’eau, malgré des débuts réussis, sont en proie aux difficultés. Il a notamment fait référence aux crises actuelles dans des pays comme l’Indonésie, les Philippines et l’Argentine, qui ont plongé certaines entreprises dans une situation financière difficile.

Mais le panel a également fait savoir qu’il était généralement convaincu de l’importance vitale des disciplines, du savoir-faire et des compétences de gestion du secteur privé pour réformer le secteur de l’eau. En effet, la plupart des opérations privées ont réalisé de réels progrès en termes d’efficacité et, à la demande des autorités et dans le cadre de leurs contrats, ont pu desservir les zones pauvres pour un coût abordable. 

Au final, le panel a conclu qu’opter pour un financement privé ou public rend nécessaire une approche pragmatique des coûts et des bénéfices dans chaque cas et a noté qu’il existe de nombreux moyens différents d’impliquer le secteur privé.

En effet, la privatisation complète en Europe n’a eu lieu qu’au Royaume-Uni, où le gouvernement a confié l’infrastructure de l’eau au secteur privé en 1989. Pour sa part, la France a opté pour un système dans lequel l’Etat et les municipalités restent chargés de fixer les prix et de définir les obligations du service public pour les services de l’eau qui peuvent être déléguées à des opérateurs privés.

La corruption « à la source » du problème

D’autres questions de gouvernance ont été isolées dans un récent rapport  publié en juin 2008 par Transparency International. Le rapport, rédigé par plus de 20 experts, a découvert que la corruption dans le secteur de l’eau est la « cause profonde » du manque d’eau, en particulier dans les pays en développement. 

A titre d’exemple, le rapport estime que la corruption augmente de 25 % le coût des contrats d’irrigation en Inde, ce qui impliquent des prix de l’eau plus élevés et des rendements plus faibles pour les agriculteurs et qui, à son tour, alimente d’autant plus la crise alimentaire mondiale. En Chine, l’ONG estime que la corruption est responsable de la pollution de 90 % des terrains aquifères dans les villes et de 75 % des rivières urbaines.

Transparency International affirme que le phénomène concerne à la fois les services privés et publics de l’eau et qu’il est apparent dans les pays riches comme dans les pays pauvres. Pour limiter la corruption, l’organisation suggère un certain nombre de principes de base pour une bonne gouvernance en matière d’eau :

  • Renforcer la surveillance réglementaire indépendante ; 
  • Garantir une concurrence loyale pour les contrats liés à l’eau, et ; 
  • Promouvoir la transparence et la participation dans les politiques de l’eau.

Changement climatique : inciter davantage à économiser l’eau

Dans une communication de juillet 2007, la Commission a cherché à ouvrir le débat sur la façon de faire face au manque d’eau et à la sécheresse, deux problèmes de plus en plus récurrents dus au changement climatique (EurActiv 16/07/07). 

Même si elle estime qu’une combinaison d’options pourrait probablement apporter de meilleurs résultats, la Commission a déclaré que la fixation des prix de l’eau devrait être « au cœur » des mesures politiques sur la question. En ce sens, elle propose d’introduire des programmes obligatoires de comptage de la consommation d'eau pour mettre un terme aux pertes ou au gaspillage inutiles de l’eau.

L’économie d’eau est en fait identifié comme le principal domaine dans lequel de nombreuses améliorations sont possibles dans l’UE. « Selon les estimations, l'Europe gaspille près de 20 % de ses ressources en eau, mais des données récentes indiquent que ce chiffre pourrait s'élever jusqu'à 40 % », a déclaré la Commission

De plus, elle a suggéré d’introduire une « hiérarchisation claire des solutions possibles pour résoudre le problème de l'eau » afin de répartir la consommation de l’eau entre les différents secteurs économiques. Outre ce principe, il ne faudrait envisager la construction d’infrastructures supplémentaires nécessaires à l’irrigation des zones asséchées qu’après avoir épuiser toutes les autres options, notamment la fixation de prix et le comptage de la consommation d’eau, a affirmé l’exécutif européen.

« Il est primordial d’intégrer davantage les enjeux liés à l’eau dans les politiques sectorielles relatives à l’eau afin de s’orienter vers une culture des économies d’eau », a déclaré la Commission.

D’autres mesures sont attendues dans le cadre de la stratégie de la Commission sur l’adaptation au changement climatique

Réactions

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon avertit qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour résoudre la question du manque d’eau dans la mesure où les prévisions suggèrent que près d’un tiers de la population mondiale vivra dans des régions confrontées à une grave pénurie d’eau d’ici 2025. En s’adressant au Forum économique mondial en janvier 2008, M. Ban Ki-Moon a déclaré que ce n’est pas une question d’être riche ou pauvre, du Sud ou du Nord, faisant référence par exemple au fait que le manque d’eau touche un tiers des Etats-Unis et un cinquième de l’Espagne.

Les entreprises, a-t-il ajouté, deviennent désormais de plus en plus une partie de la solution et non du problème à la crise de l’eau imminente en apportant des solutions novatrices pour conserver l’eau ou la purifier.

Il a néanmoins déploré le fait que seule une poignée d’entreprises avaient jusqu’ici signé le mandat mené par l’ONU sur l’eau pour les dirigeants d’entreprises. Lancé en juillet 2007, le CEO Water Mandate (« Mandat des chefs d'entreprises pour l'eau ») encourage les entreprises à prendre un certain nombre d’engagements sur leur consommation d’eau, notamment :

  • Leurs propres activités :  fixer des objectifs liés à la conservation de l’eau et au traitement des eaux usées qui sont encadrés dans une stratégie sur la consommation de l’eau et une production plus propre.
  • La chaîne d’approvisionnement : encourager les fournisseurs à améliorer la conservation de l’eau, notamment en reportant les progrès vers les objectifs à atteindre.
  • La gouvernance : soutenir les structures locales de gouvernance de l’eau et s’engager auprès des organisations locales de la société civile et des agences des Nations unies.
  • La transparence :  publier et partager les stratégies d’entreprises dans le domaine de l’eau, notamment en traitant avec les gouvernements.

Quelque 29 entreprises ont jusqu’à présent signer le mandat, une goutte d’eau dans l’océan, a déploré M. Ki-Moon (pour consulter la liste complète, cliquez ici). 

L’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), soutient largement l’appel de la Commission européenne en faveur de politiques de fixation des prix de l’eau. Comme l’a affirmé Tom Jones de l’OCDE dans un article publié en mars 2003, les systèmes de fixation des prix présentent des mesures incitatives pour une consommation de l’eau et une protection de la qualité de l’eau efficaces. En ce sens, insiste-t-il, le comptage de la consommation d’eau est une condition requise pour appliquer des politiques de fixation des prix efficaces.

Cependant, tout en soulignant les questions principales de l’accès et des prix abordables de l’eau, l’organisation reconnaît également que les politiques de fixation des prix pourraient se heurter à la résistance du public. D’après le Earth Policy Institute, les politiques de fixation des prix de l’eau pourraient en effet impliquer des compromis politiques à court-terme, mais pourraient aussi entraîner des améliorations de l’efficacités substantielles sur le long-terme et éliminer une fuite perverse dans les budgets gouvernementaux.

Veolia Environnement, le leader mondial français dans la prestation de services liés à l’eau, partage cet avis. Même s’il estime que l’approche vers un système où les prix reflètent l’impact environnemental de l’abstraction et d’autres externalités est essentielle, il avertit également que cela pourrait considérablement augmenter les taxes pour les consommateurs et que cette hausse pourrait à son tour susciter des questions d’accessibilité économique.

Eureau, une association commerciale représentant les entreprises de services européens d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées, estime que les bénéfices économiques du comptage pour permettre de contrôler la demande en eau sont limités dans les ménages. Dans un document de prise de position, elle cite deux raisons principales :

  • le coût du comptage des logements individuels comparé à celui du comptage des immeubles d’appartements pourrait être trop élevé par rapport à la valeur de la réduction impliquée dans la consommation d’eau ;
  • les structures tarifaires ont une composante fixe élevée, ce qui réduit les effets incitatifs du comptage à une petite partie de la facture du consommateur.

D’après Eureau, pour qu’un mécanisme de fixation des prix fonctionne correctement, les clients doivent être capables de contrôler leur consommation et en récolter les bénéfices financiers sous la forme de réduction du montant de leurs factures. Mais avec les pratiques actuelles de comptage, ces réductions pourraient être trop faibles pour engendrer des effets incitatifs efficaces. En conséquence, l’association estime que les opérateurs individuels devraient pouvoir déterminer dans quelle mesure et de quelle manière le comptage de la consommation d’eau est justifié en tant qu’outil de gestion de la demande.

Copa-Cogeca, l’association européenne commerciale représentant le secteur agricole, met en garde contre le fait d’attribuer la demande croissante aux agriculteurs au moment où les prix alimentaires élevés sont au somment de l’agenda politique.

Dans un document de prise de position sur le manque d’eau et la sécheresse, l’association affirme que l’alimentation, tout comme l’eau potable à bien des égards, est un besoin fondamental pour l’homme et que la production agricole doit devenir prioritaire.

Copa-Cogeca reconnaît que le secteur agricole est un grand consommateur d’eau, particulièrement dans le sud de l’Europe, mais affirme que la tendance à la hausse de l’utilisation de l’eau pour l’irrigation a ralenti dans plusieurs pays ces dernières années. Elle indique également que dans les régions du sud, l’irrigation offre aux agriculteurs la possibilité de cultiver d’autres produits et ainsi d’éviter la pratique de la monoculture.

Copa-Cogeca défend les progrès réalisés par les agriculteurs dans l’économie d’eau, affirmant qu’en fait, chaque année on constate des améliorations de l’efficacité de la consommation d’eau grâce à la modernisation des systèmes d’irrigation. Elle estime que les nouvelles technologies comme les capteurs d’humidité du sol, qui permettent de mieux adapter l’irrigation aux plantes, doivent maintenant être étendues. Elle cite également les bonnes pratiques agricoles comme l’irrigation nocturne pour réduire l’évaporation.

Pour conclure, Copa-Cogeca déclare que répondre à la liste croissante des demandes de la société est un grand défi, en particulier dans le contexte de la pression considérable des négociations actuelles de l’OMC et des réductions potentielles des subventions européennes qui pèsnte sur le secteur agricole. L’association appelle donc les décideurs politiques à agir avec prudence pour ne pas créer un effet de débordement. 

Un rapport du WWF, intitulé « Les pays riches pauvres en eau », insiste sur le fait que la crise de l’eau affecte de plus en plus les nations développées, une conséquence du changement climatique, de la sécheresse et de la mauvaise gestion des ressources en eau. En Europe, affirme le rapport, les pays bordant l’Atlantique subissent des périodes récurrentes de sécheresse alors que le tourisme à forte consommation d’eau et l’irrigation de l’agriculture menacent les ressources en eau dans la Méditerranée. 

Aquafed, la fédération internationale des compagnies des eaux privées, affirme que les gouvernements devraient intensifier leurs efforts pour se conformer à leur obligation de fournir un accès à l’eau potable et à l’assainissement à leur population et atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement de l’ONU. Comme l’a récemment déclaré l’organisation lors de la Commission des Nations unies sur le développement durable, il est urgent d’étendre les réseaux d’eau potable et d’assainissement à toutes les zones urbanisées afin de faire des droits de l’homme à l’eau une réalité pour tous (à un prix abordable).

Elle estime qu’il faut intensifier les efforts destinés à approvisionner les zones rurales en eau afin de réduire les distances que les populations, souvent les femmes ou les jeunes filles, doivent parcourir chaque jour pour trouver de l’eau. Le nombre de projets d’eau potable et d’assainissement dans le monde est absolument insuffisant pour répondre aux besoins. Il est indispensable de renouveler les efforts rapidement, a-t-elle ajouté, en espérant probablement que les compagnies des eaux membres de la fédération pourraient présenter de nouveaux contrats.

Face au contexte des objectifs de la lutte contre la pauvreté, Gérard Payen, président d’Aquafed, affirme que les arguments sur les mérites des compagnies des eaux publiques versus privées sont inutiles. Comme il l’a écrit dans l’Observateur OCDE de mars 2006, nous sommes actuellement confrontés à une urgence et le statut quo est inacceptable. Ceux qui attendent un accès à l’eau ont besoin de l’engagement de toutes les parties prenantes, qu’elles soient publiques ou privées.

En Europe, un groupe constitué d’entreprises, d’ONG et d’institutions, notamment des ministères nationaux, des régions et la Direction générale Environnement de la Commission, s’est engagé dans une vision à long-terme en faveur de l’eau, la European Water Vision for 2030 (vision européenne de l’eau à l’horizon 2030). 

Le document se présente sous la forme d’un engagement en dix points et reconnaît  l’accès aux services d’approvisionnement en eau potable salubre et aux services d’assainissement de base comme un droit de l’homme (point 2). Il contient également un objectif visant à parvenir à une véritable démocratie de l’eau axée sur des principes tels que la transparence et la solidarité et dans laquelle les gens profitent de leur possibilité de participer activement à la gouvernance de la gestion et des services de l’eau. La fixation des prix de l’eau est mentionnée comme un outil au service d’une consommation durable de l’eau, guidée par la transparence, la durabilité, l’efficacité ainsi qu’une approche sociale et environnementale.

L’initiative vise à promouvoir un débat sur l’eau, en particulier au niveau régional, par des ateliers et des consultations sur Internet. Une version finale de la vision sera présentée lors du Forum mondial sur l’eau en mars 2009 à Istanbul.

Dates clés

  • 5 sept. 2008 : Journée européenne sur les problèmes de la rareté des ressources en eau et de la sécheresse. La Commission doit présenter une communication à l’exposition internationale de Saragosse en Espagne.
  • Déc. 2008 : la Commission doit présenter un livre blanc sur l’adaptation au changement climatique.
  • 12-13 fév. 2009: réunion internationale « Peace with Water » au Parlement européen.
  • Mars 2009 : Forum mondial de l’eau à Istanbul.
  • 2-3 avril 2009 : 2e conférence européenne sur l’eau. Thème central : participation du public et plans de gestion de district hydrographique.
  • 16-22 août 2009 : Semaine mondiale de l'eau à Stockholm.
  • Janv. 2010 :les Etats membres européens doivent introduire des politiques de fixation des prix de l’eau.
  • 5-11 sept. 2010 : Semaine mondiale de l'eau à Stockholm.
  • Fév. 2011 : Le réseau de l'empreinte hydrique publie une norme de l'empreinte en eau.
  • Mars 2011 :un groupe d’experts des Nations unies doit présenter un rapport sur les droits humains à l’accès aux services d’approvisionnement en eau potable salubre et aux services d’assainissement.

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