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Efficacité sur la question de l'eau : sauver l’or bleu

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Publié 15 décembre 2010, mis à jour 15 novembre 2012

La Commission européenne prévoit des mesures visant à contrôler l’utilisation de l’eau, en mettant particulièrement l’accent sur les économies dans l’agriculture, la construction et les processus industriels.

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Résumé

En 2006 et 2007, la Commission européenne a mené une évaluation approfondie sur la rareté de l'eau et la sécheresse au sein de l’Union européenne.

Selon une étude soutenue par la Commission (voir partie 1 et partie 2), l'utilisation rationnelle de l'eau en UE pourrait être améliorée de près de 40 %, uniquement par le biais d’améliorations technologiques. Des changements dans le comportement humain ou dans les modèles de production pourraient encore augmenter ces économies, peut-on lire dans cette étude.

L'exécutif de l'UE a ensuite présenté un ensemble d'options stratégiques visant à faire davantage d'économies d'eau et a souligné le besoin d'améliorer le financement dans les politiques sectorielles existantes.

Les idées présentées comprenaient l'amélioration de la politique d'aménagement de l'espace rural afin de prendre en compte la question de l'eau en utilisant davantage de techniques de comptage et de tarification dans les ménages et dans l'agriculture, ainsi qu'en promouvant les systèmes favorisant l'utilisation rationnelle de l'eau. Des campagnes d'éducation et de communication sont également en cours pour que les citoyens s'intéressent plus à la question de l'eau.

Un rapport et un document de suivi publiés en 2008 résument les progrès réalisés et font la liste d'une série d'initiatives potentielles au niveau de l'UE pour encourager les technologies et les pratiques favorisant l'utilisation rationnelle de l'eau afin de promouvoir l'émergence d'une culture d'économie d'eau.

Enjeux

La Commission européenne devrait présenter « programme visant à sauvegarder les eaux européennes » en 2012.

Ce programme sur l'eau sera rédigé sur la base de la révision de divers textes législatifs et d'initiatives sur l'eau :

L'objectif de la Commission est d'introduire une « culture de l'économie d'eau » en Europe et de créer une « société résistante à la sécheresse » dans le contexte du changement climatique.

Le document se concentrera sur l'augmentation des économies d'eau dans tous les domaines, avec un accès particulier sur l'agriculture et l'amélioration de la rétention d'eau en opérant des changements dans l'utilisation des terres et de leur gestion. Des gains d'efficacité sont également prévus dans les infrastructures d'approvisionnement en eau et dans le secteur du bâtiment.

Ce résultat pourra être obtenu en gérant la demande en eau, y compris les politiques de tarifications, afin d'assurer suffisamment d'eau pour tous les besoins essentiels.

Gérer la demande

Une communication de la Commission sur la rareté de l'eau publiée en 2007 présente une hiérarchie selon laquelle la gestion de la demande en eau arriverait en première place et où les options d'approvisionnement alternatives ne devraient être prises en compte qu'une fois le potentiel des économies d'eau et de l'efficacité épuisées.

Janez Potočnik, le commissaire européen chargé de l'environnement, semblait du même avis lorsqu'il a déclaré plus tôt cette année que l'UE n'avait pas encore considéré suffisamment les mesures axées sur la demande comme la tarification et l'efficacité.

Alors que la directive-cadre de l'UE sur l'eau (DCE) demande déjà aux Etats membres d'introduire des politiques de tarification de l'eau avec des encouragements pour l'utilisation efficace de l'eau, elle ne s'occupe pas de la question de la gestion de la demande.

Dans une étude menée en 2009, l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) a fait remarquer que l'Europe s'était jusqu'à présent concentrée sur l'augmentation des ressources en eau plutôt que sur l’exploration de moyens visant à réduire la demande. L'Agence souhaite que les gouvernements européens adoptent des politiques pour contrôler la demande en eau dans la mesure où les niveaux de vie ont pour conséquence une consommation d'eau supérieure aux niveaux viables.  

L'Agence est persuadée que quelques pratiques simples pourraient réduire la consommation d'eau, comme par exemple s'assurer que la population paye l'eau en fonction du volume utilisé. Il serait également bénéfique de conscientiser la population afin de modifier les habitudes et les styles de vie des consommateurs, d'installer des compteurs d'eau dans les maisons et de pénaliser l'extraction illégale.

Diminuer les fuites

La Commission, qui travaille sur le plan 2012, étudie actuellement différentes options visant à établir un système de distribution d'eau plus efficace afin de réduire le gaspillage et les pertes économiques qui y sont liées.

Environ 21 % de l'eau douce en UE est extraite pour les approvisionnements publics en eau, mais des études de la Commission montrent que les fuites d'eau des réseaux de distribution atteignent 50 % dans certaines zones d'Europe.

Selon le European Water Partnership, les taux de fuite en Allemagne sont très bas alors que certaines villes italiennes atteignent des taux de 70 % et Londres 35 %.

Performance des bâtiments en matière de consommation d'eau

Ce mouvement de sauvegarde de l'eau couvre également les économies d'eau dans les bâtiments.

Selon la Commission européenne, près de 30 % du volume d'eau consommée dans les bâtiments pourrait être économisée dans certaines régions. Une étude accréditée par l'exécutif de l'UE affirme que des modifications techniques des robinets, des toilettes, des douches et des équipements consommateurs d'eau, comme les lave-vaisselle, pourraient réduire la demande en eau et générer des économies d'eau pouvant atteindre les 80 %.

Dans le même temps, selon ce rapport, seuls quelques Etats membres ont déjà inclus des normes d'économie d'eau dans les réglementations sur les bâtiments nationaux.

La Commission a déclaré que des règles contraignantes pourraient être envisagées pour promouvoir les économies d'eau dans les bâtiments publics et privés. Elle envisage donc de présenter une nouvelle directive européenne sur la performance des bâtiments en matière de consommation d'eau similaire à celle qui avait déjà été adoptée sur la performance énergétique  des bâtiments.

Inspiré par la législation sur les exigences en matière d'écoconception applicables aux produits consommateurs d'énergie, l'exécutif de l'UE prévoie également d'introduire des normes d'efficacité pour les dispositifs consommateurs d'eau.

Une étude européenne sur le sujet a été clôturée l'année passée, mais la Commission évalue toujours les différentes options concernant l'utilisation rationnelle de l'eau dans les bâtiments et devra mener des analyses coût-bénéfice sur les propositions avant de les présenter.

Ce processus pourrait mener à un water efficiency labelling scheme (WELS), à savoir un système d'étiquetage des produits qui utiliseraient rationnellement l'eau.

Les eaux usées

Toutefois, la performance des bâtiments en matière de consommation d'eau concerne également l'utilisation des eaux usées (ou de l'eau des toits) pour les toilettes ou l'arrosage des jardins. Selon la Commission, l'utilisation des eaux usées pourrait réduire la pression sur les rivières et les lacs et donc permettre d'économiser de l'eau en général.

Une étude de la Commission laisse entendre que la récolte de l'eau de pluie pourrait satisfaire jusqu'à 80 % des besoins ménagers d'une famille standard dans le Sud de la France.

Cependant, installer des systèmes d'utilisation des eaux usées demanderait certains changements de comportement pour s'adapter à ces nouveaux systèmes, remarque la Commission. En outre, même si ces systèmes sont faciles à installer dans les nouvelles constructions, les coûts et les difficultés de réaménagement pourraient les rendre plus compliqués à installer dans des bâtiments existants, peut-on lire dans l'étude.

L'utilisation des eaux usées pourrait également nécessiter un important investissement dans le traitement, ce qui pourrait entraver le développement de l'utilisation directe des eaux domestiques.

L’industrie se centre sur l’agriculture

Selon les données de l'UE, l'eau prélevée pour le refroidissement dans la production d'énergie représente 44 % du captage total d'eau en Europe, alors que l'agriculture ne représente que 24 % (jusqu'à 80 % dans certains Etats membres du Sud).

Néanmoins, l'impact de l'agriculture sur les réserves d'eau revêt des conséquences beaucoup plus important dans la mesure où toutes les eaux de refroidissement retournent dans des plans d'eau.

Par conséquent, la Commission a désigné l'agriculture comme le secteur prioritaire pour lequel l'utilisation rationnelle de l'eau devrait être améliorée afin d'éviter une pénurie. L'AEE laisse entendre que l'éducation des agriculteurs sur méthodes d'irrigation et les cultures pourrait être une bonne solution.

L'exécutif de l'UE souhaite également intégrer une saine gestion de l'eau dans les mesures environnementales prises en considération dans le contexte de la Politique agricole commune post-2013. Il prévoit de s'attaquer à la tarification de l'eau dans l'agriculture lors d'une conférence spéciale qui aura lieu en Pologne en 2011.  

Environ 11 % de l'eau douce en UE est captée par l'industrie manufacturière, une moitié étant utilisée pour le refroidissement et l'autre moitié pour le traitement.

Les industries chimiques et les raffineries de pétrole utilisent près de la moitié de toute l'eau extraite par l'industrie manufacturière, les secteurs du métal, du papier et de l'alimentation consommant la majorité de la quantité restante. Selon la Commission, l'utilisation d'eau dans l'industrie pourrait être réduite en recyclant et en réutilisant l'eau, en modifiant les processus de production, en utilisant une technologie plus efficace, en réduisant les fuites et en développant des traitements sur site.

Réactions

Janez Potočnik, le commissaire européen charge de l'environnement, a souligné que la stratégie de l'UE sur la pénurie d'eau et la sécheresse mettait l'accent sur l'importance d'une hiérarchisation de l'eau. « La gestion de la demande en eau devrait venir en premier et les options de ressources alternatives ne devraient être prises en considération qu'une fois que les options concernant les économies d'eau et l'utilisation rationnelle auront été épuisées. »

Une politique intégrée de gestion de l'eau influencerait également les autres politiques européennes, selon M. Potočnik. L'initiative phare de la Commission européenne sur l'efficacité des ressources, qui est actuellement développée dans la Stratégie UE 2020, fait des mesures relatives à l'économie de l'eau et à son utilisation rationnelle une priorité, a-t-il ajouté.

Faisant référence à l'aspect économique, Karl Falkenberg, le directeur général de la DG environnement de la Commission européenne, remarque que le coût total des épisodes de sécheresse des trente dernières années s'élève à environ 100 milliards d'euros et que les coûts moyens annuels sont multipliés par quatre au cours de la même période.

M. Falkenberg a expliqué que la quantité d'eau « perdue » dans le service public d'approvisionnement atteignait 50 % en Europe, ce qu'il a qualifié de « financièrement désastreux ». Il a insisté sur la nécessité de réduire les pertes et d'instaurer des mesures d'atténuation, comme la réparation des tuyaux percés et du système public d'approvisionnement.

Jacqueline McGlade, directrice exécutive de l'Agence européenne de l'environnement, a déclaré que la solution à court terme pour palier à la pénurie d'eau était de capter encore plus d'eau de surface et souterraine. La surexploitation n'est pas durable. Elle a un lourd impact sur la qualité et la quantité de l'eau restante et sur l'écosystème qui en dépend. Nous devons réduire la demande, diminuer la quantité d'eau captée et améliorer son utilisation, explique-t-elle.

Peter Gammeltoft, chef d'unité protection de l'eau à la Commission européenne, note que l'UE doit encore s'occuper de l'utilisation des sols, de la gestion des terres et de leur impact sur la disponibilité de l'eau. Il a attiré l'attention sur l'inefficacité des politiques de tarification de l'eau, sur le gaspillage et sur une intégration partielle des problèmes de l'eau dans les politiques sectorielles ainsi que sur le manque de données comparables en Europe.

Derk Kuiper, directeur exécutif de l'ONG Water Footprint Network, pense également que des données précises sur l'utilisation de l'eau aideront bientôt les agriculteurs et les décideurs politiques à prendre de meilleures solutions sur les endroits où planter leurs cultures.

M. Kuiper laisse entendre que les méthodes d'empreinte de l'eau pourraient aider les dirigeants à élaborer de meilleurs politiques sur les différents bassins, tout comme une meilleure information sur l'utilisation de l'eau pourrait les aider à comprendre la consommation en eau de tous les secteurs économique autour d'une rivières ou d'un lac en particulier.

Cette méthode permettra de comparer la valeur socio-économique apportée à la société par les différents secteurs et de développer des stratégies pour faire face à la pénurie d'eau et à la pollution, explique-t-il.

Le European Water Partnership (EWP), une organisation publique-privée, est en train de tester des projets de normes standards pour une gestion durable de l'eau dans les processus de la production industrielle.

Friedrich Barth, vice-président du EWP, a déclaré qu'il espérait que le projet pour 2020 de la Commission sur l'eau prendrait en considération le Water Stewardship Programme du groupe, car il apporte des réponses concrètes ainsi que des outils que l'industrie pourrait utiliser afin d'améliorer son utilisation rationnelle de l'eau.

Toutefois, l'utilisation rationnelle de l'eau n'est pas suffisante pour M. Barth. « Il faut prendre en compte l'utilisation durable de l'eau », dit-il. Même si les agriculteurs peuvent utiliser l'eau de manière rationnelle, ils peuvent tout de même le faire d'une façon qui n'est pas durable, explique-t-il, laissant entendre que des légumes qui nécessitent beaucoup d'eau devraient être cultivés ailleurs qu'en Espagne du Sud où ils doivent être arrosés.

« Une des questions qui devra être analysée de près est l'aménagement du territoire », qui, selon lui, fait partie des réponses les plus importantes à apporter à la gestion de l'eau.

La vision de l'EWP concernant l'eau pour l'Europe en 2030 souligne le rôle de la tarification pour atteindre une utilisation rationnelle de l'eau, expliquant que les services relatifs à l'eau doivent avoir un prix. « Nous payons pour des services et pour leur utilisation et nos politiques de tarification sont guidées par la transparence, la durabilité et l'efficacité, tout comme notre approche sociale et environnementale. Nous utilisons la tarification de l'eau ainsi que d'autres instruments économiques pour atteindre une utilisation durable de l'eau », peut-on lire dans leur vision.

Peter Erik Ywema, d'initiative pour une agriculture durable (IAD), une plateforme de l'industrie alimentaire, pense que l'utilisation durable de l'eau dans l'agriculture fait partie de la question stratégie de la sécurité de l'approvisionnement futur. Les entreprises s'intéressent à l'utilisation rationnelle de l'eau dans la mesure où ils souhaitent aussi acheter des produits agricoles à l'avenir, explique M. Ywema.

Les sociétés membres de cette plateforme ont rationalisé leurs diverses requêtes en matière de durabilité pour les agriculteurs et sont en train d'examiner quel type d'indicateurs les agriculteurs pourraient utiliser pour montrer leurs progrès relatif à l'économie d'eau.

Selon M. Ywema, le principal problème pour une utilisation durable de l'eau dans l'agriculture est qu'il n'y a pas de demande immédiate pour construire sur les résultats très prometteurs obtenus suite à divers projets pilotes, y compris l'utilisation de l'irrigation au goutte à goutte, par exemple, malgré le rapide retour sur investissement qu'offrent de tels systèmes.

Eureau, l'Union des associations des distributeurs d'eau de pays membres des Communautés européennes, pense qu'un des éléments clés réside dans le recyclage et la réutilisation de l'eau, autant que possible. En faire plus avec la même quantité est un mécanisme qui doit être étudié attentivement et mis en œuvre partout où cela est possible, expliquent-ils.

Antoine Frérot, administrateur général de Veolia Environnement, une société mondiale privée qui travaille dans le secteur de l'eau, pense que pour faire face au défi de la pénurie d'eau, le monde doit « déshydrater » l'économie, lutter contre le gaspillage et mieux utiliser les ressources alternatives comme les eaux usées.

Il souligne la nécessité d'appliquer la directive-cadre de l'UE qui stipule que tous les bénéficiaires de la politique de l'eau doivent contribuer à son financement proportionnellement à leurs bénéfices. En outre, le financement et la tarification de la gestion de l'eau et des services pourraient être fondés sur des indicateurs de performances et d'efficacité d'utilisation de l'eau, ajoute-t-il.

Il est également possible de déconnecter l'extraction d'eau de la consommation. « Par exemple, si nous réutilisons de l'eau, il y a consommation d'eau potable, mais pas d'extraction, donc nous devrions sans doute payer plus lorsque nous extrayons de l'eau que lorsque nous ne faisons que la consommer », explique M. Frérot.

La WWF, une ONG environnementale, met en exergue le rôle du recyclage. « Des procédés novateurs pour le recyclage et la récupération des eaux usées joueront un rôle vital pour alléger les pressions qui pèsent sur les rivières et les aquifères. Par exemple, la ville de Singapour satisfait 30 % de sa demande en eau potable en utilisant des eaux usées récupérées. Ce procédé consomme également moins d'énergie dans la mesure où l'eau ne doit être purifié qu'une fois ».  

Le Bureau européen de l'environnement (BEE), une ONG environnementale, croit en la tarification obligatoire de l'eau continuer sur le chemin d'une utilisation rationnelle de l'eau. Il pense également que la consommation d'eau devrait s'aligner sur des limites environnementales : il ne faut pas toujours augmenter l'approvisionnement mais gérer la demande et s'occuper des fuites.

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