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7 juillet 2008
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“L’ère de l’alimentation à bas prix est révolue” [FR][en][de

Publié: mercredi 23 avril 2008   

Selon les fonctionnaires de l’UE et les eurodéputés qui ont débattu la question au Parlement de Strasbourg hier (22 avril), les consommateurs européens devraient s’habituer à ce que les produits alimentaires soient plus coûteux étant donné que les prix de la viande, des céréales et d’un choix de matières premières agricoles doivent encore augmenter. La demande actuelle en biocarburants de l’UE a été examinée à plusieurs reprises lors du débat.

Contexte:

La soudaine augmentation des prix des produits alimentaires ces derniers mois a déclenché des émeutes dans un certain nombre de pays, dont Haïti, le Mexique, l’Egypte, le Maroc, le Sénégal, l’Ouzbékistan, les Philippines, le Bangladesh, la Thaïlande et l’Indonésie. Les consommateurs européens ont également observé une hausse spectaculaire des prix des aliments de base.

La croissance de la population mondiale, la demande alimentaire, les mauvaises récoltes liées au changement climatique, l’envolée des prix des carburants et des engrais, les spéculations sur le marché des matières premières, le mauvais fonctionnement des marchés agricoles mondiaux et la production croissante de biocarburants sont largement considérés comme contribuant à cette crise.

Les politiques européennes, notamment les subventions à l’exportation dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) et, plus récemment, l’objectif proposé par l’Union visant à augmenter l’utilisation des biocarburantsexternal  de 10 % d’ici 2020, sont également très attentivement examinés. Des inquiétudes émergent selon lesquelles l’effet combiné de ces mesures agit comme un frein à une croissance plus importante de la production agricole dans des pays en développement, notamment en Afrique.

A lire aussi:

Autres articles:

Louis Michel, le commissaire européen au Développement et aide humanitaire a déclaré lors d’un débat avec les eurodéputés à Strasbourg, qui se sont réunis pour discuter de la crise alimentaire mondiale le 22 avril, que « Les prix des produits alimentaires ne reviendront pas à leur niveau d'antan ».

Selon M. Michel, qui a annoncé une augmentation des dépenses de l’UE concernant l’aide alimentaire, la hausse considérable des prix de l’alimentation constitue une menace à la stabilité mondiale.

Cependant, M. Michel a également précisé que la résolution de la crise va bien au-delà des seules capacités européennes, soulignant des problèmes structurels dans les marchés agricoles mondiaux et notamment, une absence de pouvoir d’achat dans les pays les plus pauvres. 

Ventres vides

D’après la Banque mondiale qui constate une augmentation particulièrement considérable pendant les six derniers mois, la moyenne mondiale des prix alimentaires a augmenté de 83 % au cours des trois dernières années. Tandis que les citoyens européens doivent plus mettre la main au porte-monnaie, dans de nombreuses nations, où des millions de familles et d’individus vivent avec moins d’un euro par jour, on entend par la hausse la différence entre la pauvreté et la famine.

Josette Sheeran, la directrice exécutive du Programme mondial de l’alimentation (PMA) des Nations Unies, a comparé la crise à celle du tsunami asiatique en 2004 et, par conséquent, exige une action à grande échelle et de haut niveau menée par la communauté mondiale concentrée sur des solutions d’urgence et à long terme.

La crise soulève également des craintes selon lesquelles l’objectif des Nations Unies de diminuer de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015, appelé Millénaire pour le développement, ne sera pas satisfait.

« Hedge foods »

La demande croissante pour de la viande jusque-là à un prix inabordable et d’autre produits alimentaires « luxueux » dans des pays qui se développent rapidement comme en Chine, Inde et au Brésil est souvent mentionnée comme un des principaux éléments moteurs de l’envolée des prix.  

Cependant, pendant leur débat, un certain nombre d’eurodéputés ont également souligné l’augmentation de la spéculation concernant les matières premières alimentaires et la réalisation de bénéfices excessifs suite à l’effondrement récent des marchés financiers mondiaux. Selon certains eurodéputés socialistes en particulier, cela sous-entend que les acteurs sur la scène des marchés financiers se sont rués pour trouver de nouvelles sources de profits et ont délibérément réduit les approvisionnements alimentaires tout en poussant la demande afin de stimuler le prix des matières premières alimentaires.

Des demandes en faveur d’une meilleure régulation des marchés financiers ont lancé des avertissements à Bruxelles où le commissaire européen en charge du Commerce, Peter Mandelson, a récemment mis en garde contre l’utilisation de la crise comme d’une excuse pour aller en direction d’un protectionnisme agricole plus important (EurActiv 21/04/08external ).

Dénigrement des biocarburants

Beaucoup se disent inquiets quant à une évolution profonde de la production alimentaire vers la production de biocarburants à partir de biomasse qui aggravera davantage la pénurie alimentaire et les inquiétudes concernant les prix.

Le Premier ministre italien sortant, Romano Prodi, a récemment abordé la question lors du Forum international de l’énergie à Rome le 22 avril. La concurrence entre l’alimentation et les carburants engendre un conflit qui pourrait avoir pour effet des conflits sociaux désastreux et des résultats écologiques douteux.

Le gouvernement de Gordon Brown, le Premier ministre britannique, a également promis le 22 avril de demander un changement dans la politique de l’UE en matière de biocarburants si une étude du gouvernement britannique trouve que la politique est contre-productive en termes de prix alimentaires et de durabilité écologique.

Parallèlement, Bruxelles continue à défendre ses propositions sur les biocarburants.

Le commissaire européen à l’Energie, Andris Piebalgs a expliqué dans un article publié dans un blog le 28 mars que les biocarburants sont devenus un bouc émissaire en raison de l’augmentation récente des prix des matières premières qui ont d’autres origines – des récoltes médiocres à l’échelle mondiale et une demande alimentaire en hausse provoquée par une amélioration des niveaux de vie en Chine et en Inde.

Certains eurodéputés ont également mis en garde contre le fait de « jeter le bébé avec l’eau du bain », en soutenant que les biocarburants ont seulement un impact marginal sur la hausse des prix alimentaires et que les changements culturels apportés aux marchés mondiaux de l’alimentation ainsi que le développement de la production agricole en Afrique annuleraient largement l’impact des prix alimentaires sur la production des biocarburants.

La solution des OGM ?

Alors que la plupart des eurodéputés ont approuvé pendant leur débat que le développement de la productivité agricole est nécessaire pour aborder la crise, les points de vue divergent considérablement quant aux avantages d’utiliser les biotechnologies et les cultures génétiquement modifiées (GM) afin de stimuler les récoltes au sein de l’UE et dans les pays en développement.

Certains spéculent que l’étendue de la hausse des prix peut encourager les consommateurs européens à adopter en général une position plus favorable concernant les cultures GM. Le International Herald Tribune a rapporté les propos de  l’eurodéputé Neil Parish, président de la commission du Parlement responsable de l’agriculture, qui, selon lui, les citoyens européens peuvent avoir « leurs cœurs à gauche, mais leurs poches sont à droite ».

Néanmoins, un nombre de consommateurs européens, d’exploitations agricoles familiales et de groupes écologiques restent opposés aux cultures GM. Dans le cadre du débat, les groupes ont déclaré aux eurodéputés que les preuves selon lesquelles la réduction du régime des OGM en Europe abordera la crise sont insuffisantes. La hausse des prix s’est produite partout dans le monde – même aux Etats-Unis qui a le système le plus permissif en matière d’approbation des GM.

Positions:

Le 22 avril, les partis politiques ont exprimés leurs différentes positions pendant le débat à Strasbourg.

L’eurodéputé chrétien démocrate français Joseph Daul, président du groupe PPE-DE a déclaré qu’on ne doit pas reprocher aux agrocarburants (ou biocarburants) d’être les responsables de la crise, notamment en Europe, où la production d’agrocarburants représente seulement 2 % du total de la production agricole de l’UE. Il a ajouté que l’Europe a sérieusement besoin d’envisager les cultures GM.

Le dirigeant des socialistes (PSE), l’eurodéputé allemand Martin Schulz s’est concentré sur la spéculation considérable qui se produit dans les marchés mondiaux de l’alimentation. Le capitalisme de casino siège à la table des pauvres. L’immoralité est portée à l’extrême. M. Schulz a ajouté lors d’une conférence de presse que c’est la raison pour laquelle il est nécessaire de mettre en place des mécanismes internationaux pour contrôler les marchés financiers. 

L’eurodéputé britannique Graham Watson, président des libéraux (ALDE) a demandé une réforme plus large de la politique agricole commune (PAC) de l’UE qu’il considère comme la cause sous-jacente du problème. M. Watson a également affirmé que le débat est trop centré sur les biocarburants. Selon lui, alors qu’il est vrai que les biocarburants augmentent la demande en faveur des cultures et supplantent la production alimentaire, les raisons qui expliquent les hausses actuelles des prix alimentaires sont nombreuses et diverses et donc, doivent constituer la réponse de la communauté internationale.

Cependant, l’eurodéputé britannique indépendant Graham Booth a demandé à l’UE de changer complètement et immédiatement sa politique en matière de biocarburants, en soutenant qu’il s’agit d’un facteur clé dans l’envolée des prix alimentaires dans le monde.

L’eurodéputé Vert allemand Rebecca Harms a eu une position légèrement plus mesurée sur la question. Selon elle, on ne peut pas reprocher uniquement aux agrocarburants d’être les responsables de la hausse des prix alimentaires mais ils ont exacerbé la crise actuelle. Les agrocarburants ont seulement du sens quand ils participent à la protection du climat et ce n’est pas le cas à présent.

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